EST
96. Q. — Maintenant que vous nous avez donné cette assurance, nous serons heureux d’avoir encore quelques explications sur le lien qui existe entre nous et ces vieilles histoires bibliques, car, a force de nous être
dites et redites, elles ont perdu, pour nous, de leur saveur, et nous avons pris l'habitude de les considérer comme des récits dupasse qui n’ont rien à faire avec notre présent.
R. — Nous croyons positivement que tous les faits historiques qui sont contenus dans la Parole peuvent être vrais dans le sens de la lettre, et que si ce sens était enlevé Tàme de la Parole serait privée de son corps ; et il ne peut pas y avoir de corps plus approprié que ces récits pour manifester ce qu’on a voulu donner à entendre, ni pour correspondre avec les choses qui sont dans l’homme. Et si on n’applique pas cette lettre aux choses qui sont dans l’homme, ces récits ne sont rien de plus que des histoires ordinaires dans lesquelles la providence de Dieu est toujours apparente aux yeux des esprits éduqués. S’n'edenho7’g, le grand voyant spirituel du siècle dernier, nous dit que : « dans toute la lettre de la parole il y a un sens intérieur, même une chaine continue du commencement à la im qui est contenue au dedans de la lettre comme l’âme d’un homme dans son corps. » Or, s’il en est ainsi, représentez-vous ce qu’éprouverait un homme si on lui enlevait quelques-unes des parties de son corps
pour les remplacer par d’autres choses d’une nature différente? Ce serait comme un homme à qui on aurait mis une jambe de bois; et il est évident que Tarne ne pourrait pas correspondre ni communiquer avec les parties ainsi remplacées. Il en serait de même si on supprimait une partie de la lettre de la Parole.
97. Q. — La correspondance qui existe entre Vesprit et la lettre de la parole est-elle révélée aujourd'hui pour la première fois aux enfd.n.ts des hommes ?
R. — Nullement : mais aujourd’hui elle est révélée ouvertement à tous, parce que l’esprit de vérité dont l’avènement a été promis et annoncé par notre Seigneur Jésus-Christ, comme l’Ange de la Dispensation nouvelle, est maintenant parmi nous, et il est ordonné que ces mystères, autrefois cachés, soient ouvertement communiqués à tous ceux qui sont prêts pour les recevoir. Mais pour ceux qui ne sont pas prêts ils seront toujours des mystères ; car ceux-là sont comme des sourds qui entendent mais ne comprennent pas, ou des aveugles qui ne distinguent pas ce que l’on met devant leurs yeux.
98. Q. — Croyez-vous, par exemple, que ces mystères qui sont contenus dans les livres sacrés ont été connus et compris des Pères de l’Eglise
R. — Plusieurs des Pères de l’Eglise étaient certainement pénétrés de l’Esprit de Vérité car ils ont écrit que les Evangiles étaient des livres symboliques qui avaient besoin d’être interprétés. Parmi eux Origène est celui qui a parlé le plus positivement dans ce sens, mais St Augustin, St Jérôme, St Jean de Jérusalem, Grégoire le Grand, St Théophile d’Antioche, St Cyrille d’Alexandrie, Stirénée ont tous plus ou moins affirmé cela. Origène dit : « Les Ecritures sont de peu d’utilité pour ceux qui les prennent comme elles ont été écrites... » La source de beaucoup de maux est dans le fait que l’on s’attache à la partie charnelle et extérieure des Ecritures. » Et ailleurs : « Cherchons donc l’esprit et les fruits substantiels de la Parole qui sont cachés et mystérieux. » La même autorité dit encore : « Il ÿ a des choses qui sont rapportées comme étant historiques qui ne se sont jamais passées, qui n’auraient jamais pu se passer en tant que faits matériels ; et d’autres qui auraient bien pu se passer mais qui ne se sont
pas passées. » St Hilaire s’exprime ainsi : « Il y a plusieurs passages historiques dans le Nouveau Testament qui, pris littéralement, sont contraires au bon sens et â la raison (!) et par conséquent il est de toute nécessité qu’il y ait une interprétation spirituelle. »
Et saint Augustin dit ; «Dans les œuvres et les miracles de notre Sauveur, il y a des mystères cachés qui ne peuvent s'interpréter imprudemment et selon la lettre, sans que nous tombions dans l’erreur et commettions de lourdes fautes ». Saint Jérôme, dans son épître à Paulin déclare avec encore plus d’insistance : « Prends garde, mon frère, au chemin que tu suivras dans la Sainte Ecriture. Tout ce que nous lisons dans la Parole Sainte est lumineux et rayonne aussi extérieurement ; mais la partie intérieure est encore plus douce. Celui qui veut manger le noyau doit briser la coquille ». « Découvre mes yeux, afin que je regarde aux merveilles de ta loi » (Ps. CXIX), nous dit David. Si ce grand prophète confesse son ignorance, quelle ne doit pas être la nôtre, nous qui ne sommes que de petits enfants à côté de lui?
Tous ceux qui ont étudié les Pères savent
que ces différentes significations, ou applications des Ecritures, étaient généralement acceptées par l’Eglise primitive qui en comprenait les principes, mais qu’elles ont été tenues secrètes. Cependant si on veut voir la fondation ou le principe de l’interprétation ésotérique de l’Ecriture, qu’on lise l’exposé très bref, mais très clair, qu’en a fait Thomas d’Aquin. Summ Theol. pt I, Qu. I. Art. iO.
99. Q. — Sait-on où les Evangiles ont été primitivement écrits et par qui ?
R. — Les Evangiles ont été écrits par des thérapeutes qui résidaient à Alexandrie. C’est avec beaucoup de raison que la scène a été placée à .lérusalem, parce que cette ville était le quartier général des prêtres mondains de l’époque, qui, parleurs traditions, avaientrendu la Loi sans effet ; et c’est eux qui furent considérés comme les meurtriers de l’esprit personnifié dans le Christ, c’est-à-dire de la doctrine que la lettre tue. Et cependant fesprit de vérité se lève de nouveau et apparaît à ses disciples, ce qui est le privilège de ceux qui ont foi en la Sainte Loi de Dieu, laquelle est le véritable Christ, dit saint Paul.
Dans l’histoire, ou les histoires, du Christ, ■ nous avons une représentation de la Vie, ou de l’Esprit des livres sacrés des Hébreux, selon l’idée des membres de cette fraternité secrète décrite par Josèphe sous le nom de Esséniens, et auxquels Philon fait aussi allusion en parlant d’eux avec plus de détails comme thérapeutes ou médecins de l’âme. On sait que plusieurs des premiers pères de l’Eglise étaient membres de cette fraternité, qui prêtait serment de garder secrète la doctrine de l’esprit, parce qu’on considérait la majorité des gens comme incapables de comprendre cette doctrine spirituelle, c’est-à-dire la Vérité essentielle qui était enseignée symboliquement à travers le Christ ; et c’est pour cette raison qu’il était dit de ne pas jeter les perles aux pourceaux, et de ne pas donner le pain des enfants aux chiens ; et il nous est déclaré avec insistance que le Christ ne parlait qu’en pai’aboles. Il est hors de doute que les Esséniens avaient un mystère secret, et qu’ils avaient prêté serment de ne pas le divulguer, et de ne jamais en parler dans leurs écrits, sauf sous forme d’allégorie ou de symbole. Aussi longtemps qu'ils respectèrent ces engagements, ils vécurent amicalement avec
TEglise juive. Ce ne fut que lorsque saint Paul^ et d’autres, eurent augmenté leur nombre (( du dehors » (les membres extérieurs qui n’avaient pas été complètement initiés à la doctrine, et qui, par conséquent, n’avaient pas prononcé le serment du secret), que la prédication devint peu à peu publique, et que l’association reçut un nouveau nom, celui de « chrétienne Ce nom lui fut d’abord décerné à Antioche et ce fut le commencement de TEglise chrétienne visible ; dès lors ses membres n’eurent plus de paix et les persécutions (‘.ommencèrent. Ceci nous permet de comprendre l’allusion aux mystèi^es cachés sous serment qui se trouve dans l’apologie de Tertullien, où ce Père défend les chrétiens contre leurs ennemis par qet argument : « Si nous avons toujours gardé le secret, comment peuton donc savoir ces choses que l’on prétend que nous commettons? Car il va sans dire que tous les mystères sont sous serment de secret. Les mystères de Samothrace et d’Eleusis sont cachés (par un serment), par conséquent bien plus secrets doivent être ceux qui, s’ils étaient découverts, provoqueraient la justice des hommes et pourraient encourir celle de Dieu. »