PAROLES AU DÉPART
Et le rêve et Taction.
Je me payerai avec la monnaie royale frappée à croix et à pile du signe souverain.
La totale puissance de l'homme il me la faut. Point seulement l'évocation par l'esprit mais l'accomplissement du triomphe par l'œil et l'oreille et la main.
Je ne puis me situer parmi les faibles. Je dois mesurer ma force.
Si je renonce mon cerveau meurt. Je tuerai ou je serai tué.
La force est devant moi, pierre de fondation. Il faut que je sente sa résistance, il faut qu'elle heurte mes os. — Que je sois brisé.
Je veux la comprendre avec mon corps.
Nécessité alimentaire : là-bas je vais chercher ma vie, la vie de ma pensée.
Peut-être je ne suis pas fort si j'ai besoin de cette expérience corporelle.
D'autres connaissent la force spirituelle dans les maisons qui sont loin de la guerre. Je hais que le vulgaire les appelle lâches.
Mais moi, il faut que je sente la guerre avec mes entrailles.
Quand la colique de la peur les agrippe et les tord d'une poigne acharnée
Alors si je dis encore « vive la France » si je signifie encore « vive la guerre »
Alors je suis à mon affaire, je connais la condition du monde autour de moi, je sais ce que je vaux et ce qu'est la valeur.
De nouveau règne l'action.
L'audace d'une génération s'est levée que la gageure a séduite de jumeler par son vouloir le rêve et l'action. Non je ne puis être celui qui renonce à une gloire de la vie et qui se satisfait par la magnificence secrète que confine le rêve derrière les deux yeux. 0 mon idée, je pousserai plus avant dans la saisissante réalité ta rectitude. L'événement va mordre sur
PAROLES AU DEPART le trait que tire mon vouloir, comme l'eau-forte sur l'image de cuivre. Morsure atroce déjà connue, encore cuisante dans ma chair.
J'ai dit.
Et je vais être seul parmi les troupes d'hommes aux chagrins sourds, aux désespoirs acres comme leurs pipes mâchées dans l'angoisse.
Je serai sur les terrains vagues et abstraits où toute végétation depuis ce lointain début fut extirpée par l'obus piocheur.
Là, toute vie est broyée au centre de l'explosion, ou déchiquetée à l'extrême jet de l'éclat. Je vais me retrouver dans la terre mouvante, oscillante, écrasée sous ses propres masses retombantes et lapidée par ses propres cailloux, et dans cet air vivant qu'on sent pâtir autour de la tête comme l'épaisseur sensible d'une chair. Brusquement, à une gare, je reconnaîtrai que je suis dans le pays où s'est exilée la jeunesse des hommes pour méditer une douleur neuve et le sens de son effort inconnu.
Là, retirés du monde qu'ils ont créé, les hommes vivent parmi les cadavres.
INTERROGATION Là, toute vie, toute vérité s*est retraite. Fait décisif qui se pose en borne cogneuse à la frontière de ce royaume :
II n*est aucune vie à l'Arrière, aucune vérité. Tout y est marqué par la totale ignorance.
De ce côté-ci se manifeste l'inénarrable révélation. Je plains les Habitants de l'Arrière, frappés de la mort, coupés de ce temps, précipités au néant. Et nul miracle de l'esprit ne peut les transmuer et les transposer.
Entre dans les ordres — infanterie, artillerie, génie, aviation.
Prends cellule dans le poste d'écoute ou la sape — là tu es en présence de la mort, là menace l'abominable souffrance liminaire.
Ou élève-toi, si tu en es digne, dans l'avion Au sommet du champ de bataille, à la clef de la voûte sonore, au comble du son humain.