‹ InterrogationChapitre 11 sur 18 · RESTAURATION DU CORPS · texte numérisé non relu

RESTAURATION DU CORPS

Tous les hommes, tous les êtres qui sont dans le règne humain qu'ils sachent : Qu'une rude loi fut récemment édictée.

Voici que sur la planète humaine, l'esprit n'est point

seul.

Un double événement le destitue de la prééminence.

Le corps est restauré dans la puissance et la majesté.

Double événement qui marquera le vestige de notre

génération, qui tracera l'initiale de notre chapitre dans

les annales du monde :

Restauration du corps par le sport et la guerre.

Sport, élan qui enlève l'homme.

Bond soudain irrépressible qui enchaîne des bonds

inconnus.

Regain dune vieille méditation humaine. L'imperfec-

INTERROGATION tion de l'ascète intellectuel est dénoncée et sa pénurie corporelle cause immonde de mainte erreur. On reconnaît que l'athlète porte dans son cerveau sobre une part de la vérité humaine. Il est dangereusement vanté comme le Germain fut vanté par Tacite. La barbarie fraîche et sanglante fascine encore les civilisés.

Eternelle asymptote du rêve. De rares hommes imaginent un accord qui conclue et somme l'effort humain. Cerveau intense et muscles denses.

Autrefois, c'était une utopie du passé : on exaltait un moment qu'on appelle la Grèce.

Mais la foule, avec son odorat atavique, flaire la barbarie.

Sa masse pèse et bascule dans l'excès.

Foule qui te lamentes aujourd'hui sous la meule de la guerre tu l'as voulu.

Le souvenir des temps rouges de l'espèce est remonté à ta tête, frelaté par l'âge et c'est un sadisme dont tu t'es saoulée, immense prostituée.

Tu t'es ruée au spectacle des cognants combats de boxe, aux piétinantes mêlées de rugby parce que tu en retirais une fausse peur jouissante.

RESTAURATION DU CORPS Mais tu ne savais pas que tes hurlements d'excitation cruelle saluaient la guerre.

Certes il était autre chose dans nos solennités corporelles du premier temps de ce siècle : cet appétit, cette louange de la domination par quoi la foule avoue sa perpétuelle défaite et l'élite fête son inévitable triomphe.

Ah ! quand le ballon entre les deux paumes, un joueur s'élance parmi les poursuivants, alors je perçois l'essentiel mouvement du monde.

On voit la foule féminine bienheureuse de louer un vainqueur qui la viole. Et l'élite se satisfait dans ce symbole offert à sa nécessité.

Mais dans l'enflure autour des gestes des athlètes de la louange sonore, un événement s'enfante. De nouveau l'esprit de lutte se lève parmi les hommes. La force est désirée, la force est exaltée.

Après le signe, le fait se signifie.

Il ne se fît pas attendre.

Et le premier obus s'essora dans le ciel d'Europe,

INTERROGATION comme, au début de la partie, le ballon neuf gonflé de jeunesse et vibrant d'un coup de pied passionné. La foule s*étonna de ce qui était né en elle.

La loi de la Force étend son règne.

Maintenant il est .honteux d'être .faible et de ne pouvoir offrir à l'ennemi une digne proie. Certes, maint lâche secrètement se félicite de demeurer par la faiblesse de son corps au-dessous du niveau de mort.

Mais la voix publique est décisive et prononce derechef une vieille maxime.

Il y a deux ordres de mâles : les guerriers et les autres.

Le premier ordre est souverain. Tout l'honneur lui est dévolu avec tout le labeur.

La plupart des femmes approuvent cette décision de l'événement, qui aiment que l'homme soit le plus fort.

Et gare à ceux qui n'ont que leur esprit. Leur domination demeurait incertaine. La masse des Corporels, des Manuels n'avait cessé de regimber sous l'avantage de l'Intellect.

RESTAURATION DU CORPS Aujourd'hui gare.

Car les hommes, à cette heure, pâlissent à la guerre à cause de leur force. Demain, ils reviendront. Saufs, ils laisseront là-bas, dans le pays où les autres n auront pas été voir, leur peur et le désespoir qui les possédait d'être les plus forts voués à la douleur. Allégés, ils se vanteront et seront féroces. Au jour de la paix, les temps inquiets ne seront pas finis.

Car peut-être la vie, fatiguée d'avoir tant pensé dans ces derniers temps, va-t-elle maintenant demander la jouvence au bain de sueur et de sang, dans un délassement séculaire de Sport et de Guerre.

Page 1