PART DU FEU
« Notre-Dame de Reims s'écroule au souffle des obus ».
Par la foi de nos cerveaux
quand cesserons-nous de pleurer l'écroulement des
vieux temples ?
Laissons ces eaux aux vieillards, qui ne sentent pas
dans leurs têtes débiles la force de concevoir des chefs
d'œuvre neufs ?
Mais nous, jeunes hommes ne tremblons pas parmi
l'écroulement des beautés vieillies, d'où s'est retiré le
sang des hommes qui créent.
Ou que la mort qui nous tient nous garde.
Et attendons joyeusement ceux d'entre nous qui se
lèveront avec l'offrande dans leurs prunelles de dessins
étonnants.
A leur signe nous nous mettrons au travail et des
monuments imprévus se dresseront sur la Terre en
INTERROGATION éternelle mue qui satisferont Torgueil de nos générations.
Leurs lignes nouvelles-nées combleront soudain d*une beauté bienvenue le besoin de notre intelligence. Ne regrettons pas, pour l'amour de notre vie, pour l'amour du Présent, (o vie inmanquablement libérale), les vieilles pierres que broient nos inénarrables canons. Demain nous dresserons des grues plus hautes que nos canons béants derrière les montagnes, et avec des tonnes de fer et de ciment nous édifierons les Monuments de notre Paix aussi grande que notre guerre. La jeune et haletante histoire humaine nous apprend une maxime dont nous supporterons allègrement la dure économie.
« Il faut faire la part du Feu ».
La mort est un masque sous quoi le ver ronge prestement ce qui est empreint de la risible sénilité. Les grands actes humains sont durs, cassants et incendiaires.
Le Génie est dévastateur, homicide puis fécond et dorloteur.
Le matin c'est un ^massacreur qui enjambe jusqu'à l'horizon les cadavres alignés.
PART DU FEU Le soir c'est un tendre père qui enveloppe de langes délicats une jeune humanité qu'il accoucha de chairs sanglantes.
France, mère ardente et asséchée, tâte ton ventre et ton cerveau.