SILENCE
Silence. Est-il un silence.
Nous sommes au temps d'une genèse, quand l'esprit
du Dieu vole sur les sons chaotiques.
En dépit de la cataracte des tonnerres graves qui se
répercuteront éternellement à travers le temps et de la
roideur des cris acérés quand l'acier écartèle ses atomes,
par delà je perçois un silence.
La terre est abandonnée.
Voici les conquêtes de la désolation.
Vastes espaces abstraits.
Acharnement au défrichement du fer fouilleur. Toutes les parcelles de l'humus sont brassées et tamisées par les successives explosions afin que tout germe soit tué.
Le terroir est dépouillé et les fracassements s'obstinent sur sa carcasse.
Sous les frénétiques flagellements, la totale stérilité est obtenue.
INTERROGATION Silence. II n'est pas de silence.
Le parfait silence n'est pas, car de toutes parts la vie est vigilante et bruissante. Un brin d'herbe jaillissant fait un bruit énorme et menaçant comme un 420 qui éructe vers le ciel.
Mais il est une paix
quand les sons familiers se concertent. Leur accord n'est plus écouté et on entend une douceur inouïe. Tout ce vallon est vide comme cette rue de province qui manqua me désespérer de la vie.
Un petit homme court au coin du bois.
La terre bouillonne à côté de lui. Culbute. Tacite enveloppement.
Il y a des chutes de silence. Hiatus béant entre les
lignes sonores qui barrent l'horizon.
On va entendre tomber une pierre dans ce puits
d'épouvante.
Y a-t-il un ennemi ?
Une mort profuse est là venue on ne sait d'où.
Suspension.
Le poing du Dieu se suspend sur le tambour de
guerre : sa peau est le ciel tendu sur le rebord de l'ho-
SILENCE rizon et il résonne de toute la profondeur du monde sur la terreur des hommes.
Dans ce creux, je trouvais trente hommes qui étaient trente petits enfants agglutinés par la terreur. Je suis venu chercher la gloire.