VARIATIONS
Sur ïair : « Si je meurs, que Ton m'enterre. »
Si je meurs, je veux qu'on m'enterre Sous des glaïeuls et des roseaux, Dans quelque vallon solitaire Penché vers de dormantes eaux.
Je voudrais mon étroit royaume, Sous le regard du grand ciel pur, Près le bois de la Sainte-Baume, Parmi mes montagnes d'azur.
Car je sais que la sylve immense Bercera d'un rêve enchanté, Comme elle a bercé mon enfance, Mon sommeil de l'éternité.
Je voudrais un champ où les brises M'apporteraient du val pierreux Le parfum des lavandes grises Et la fraîcheur des lieux ombreux.
Une source désespérée De sa plainte longue emplirait Le silence et la paix sacrée Du vallon et de la forêt ;
Sur ma tombe délicieuse Où s'effeuillent de grands lys blancs, Le tilleul, le cyste et l'yeuse Croiseraient des rameaux tremblants ;
Avec ses doux yeux de pervenche, Avec ses yeux frais et naïfs . .
L'aube qui tremble,, bleue et blanche, Sourirait à travers mes ifs ;
La gloire des soirs sans nuage Se coucherait sur mes glaïeuls ; Le rossignol du bois sauvage Viendrait chanter dans mes tilleuls ;
$p SOUS LA LUNE D'AUTOMNE
A l'heure où l'étoile s'allume, H chanterait, triste et joyeux, Et des larmes sans amertume Monteraient des âmes aux yeux.
Tourmenté d'un mal ineffable, Il chanterait, ivre et pâmé, Au fond de la nuit adorable, De l'adorable nuit de Mai.
La nuit en serait attendrie Et pleine de frémissements ; Vers ma solitude fleurie Viendraient s'égarer les amants.
Je voudrais mille fleurs écloses, Toutes les fleurs sous mes cyprès !
Je voudrais des roses, des roses, Des violettes ! je voudrais
Que ma tombe blanche et petite Exhalât un parfum de miel, Un parfum si doux qu'il invite Toutes les abeilles du ciel.
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INTERMEDES