LUNE D'AOUT
A Jean-Charles Canin.
Entre tous les pays que mon rêve regagne, Je me souviens surtout de ce pays lointain... C'est la pleine août. Il est trois heures du matin. La nuit épaisse et chaude accable la campagne.
Comme dans un bois sombre aux halliers fabuleux Brille un fruit riche et lourd qui fait ployer la branche, Pendue à je ne sais quel rameau noir qui penche, La lune descendait dans le ciel nébuleux.
La lune d'août roulait, énorme, jaune et ronde, Qui bientôt s'alluma d'une rouge splendeur, Et, dans la chaude nuit, il flottait une odeur De moisson, de fruit mûr et de terre féconde.
Mais il venait aussi des plus proches coteaux L'haleine du miel, âme exquise de la lande, Prise aux bouquets de lys, de thym et de lavande Piétines par la course errante des troupeaux.
Ivre et las d'avoir bu ces suaves haleines, Je voyais dans la lune alors à son couchant Les fleurs de la colline et les moissons du champ, Semences de hasard et cultures humaines.
Symboles d'abondance et de fécondité,
Le raisin et l'épi, le miel et Munie fine,
Je les ai vus briller dans ta face divine
Qui ruisselait d'or pur, Lune. Alors, j'ai chanté.
J'ai voulu t'exalter par un épithalame, Et des mots de cantique ont jailli de mon cœur : vigne somptueuse, ô gerbe blonde, ô fleur, Grand lys d'or, lampe douce et clair buisson de flamme.
Ta lumière bénit de la plaine au vallon L'épanouissement de la flore sauvage Et le travail humain, libre et fier, sans servage, Qui rend sainte la terre et noble le sillon.
Et je te sais aussi prodigue de caresses, Pitoyable et de bon accueil à nos douleurs, Et que tes yeux d'aïeule attendrie ont des pleurs Pour tous les désespoirs et toutes les détresses.
O grande amie, à qui nous adressons nos vœux, Sais-tu combien ton influence et ton mystère Ont fait parler de cœurs qui préféraient se taire Et parmi des sanglots fait éclore d'aveux?
Langueur de l'exilé, soupirs d'âme oppressée, Espoir d'amour, cruel souci de l'avenir, L'hymne et la plainte vont en toi se réunir, O Lune, talisman de paix, ô caducée !
Lune qui fais songer avec un doux émoi A la fleur des genêts qu'on porte en des corbeilles, Comme à la ruche va l'essaim roux des abeilles, Tous les rêves humains montent-ils pas vers toi ?
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