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IN MEMORIAM

Jam toties mortui sumus.

Séneque.

De la bouche du mort, une fleur a poussé :

c'est la parole qu'il n'a pas pu dire avant de

mourir.

Henri Michel.

Celui-là dont parfois l'ombre errante me touche, H est mort. Son esprit au loin s'est envolé.

La verveine a fleuri sur son cœur désolé, Doux et funèbre un lis a poussé sur sa bouche.

Il est mort. Il est mort. Son tourment est calmé. Et, pareille au parfum que versa Madeleine, Voici que de mon cœur comme d'une urne pleine Ma douleur se répand sur son tombeau fermé...

C'est pour moi qu'aujourd'hui s'emplissent mes paupières De larmes. Tant de fois déjà nous sommes morts !

Sur l'âme de jadis se penche mon remords, Sur cette âme d'enfant pleine de hontes fières.

Ah! ce regret de moi, puissé-je le nourrir, Puissé-je le garder brûlant comme une flamme ! Le deuil de l'âme ancienne est le meilleur de l'âme. Tout l'orgueil qui me reste est de me souvenir.

O divination profonde de l'enfance

Par le cœur vulnérable et par le regard clair !

Abîmes entrevus comme dans un éclair,

La vie, espoirs et deuils, l'amour, joie et souffrance.

O nuits de la jeunesse où palpite le cœur Scrutant sa destinée en une angoisse étrange, Et les soirs d'amertume et de douceur, mélange D'austérité rêveuse et de chaste langueur!

Il était anxieux des rencontres fatales, Peureux de l'aventure en l'ivresse de Mai.

Il aimait trop l'amour et n'avait pas aimé, Mais pleurait, écoutant les flûtes nuptiales.

Détourné du plaisir facile qui s'offrait,

Des voluptés par qui la tendresse est blessée,

Il espéra longtemps la vierge fiancée

Et tint close son âme en un jaloux secret,

Dans l'attente de l'heure unique, solennelle, Où les époux s'étant reconnus dans les yeux Et croisant un regard d'espoir mystérieux, Notre âme épanouit tout ce qui germe en elle.

Mais un précoce esprit de crainte le rongea.

Il soupçonna trop tôt qu'espérer, c'est folie. Devant les longs regards de sa mélancolie Le Futur paraissait comme passé déjà.

Qu'est-ce toute la vie? Une étreinte rompue.

Où sont les yeux chéris ? Où sont les chères voix ? La fleur penche. L'hiver effeuille les grands bois- Le soleil meurt. Tout fuit d'une fuite éperdue

La douleur d'un adieu naît avec un désir.

Et l'ivresse d'atteindre et d'embrasser le rêve, Poignante d'être si menacée et si brève, S'assombrit du penser des regrets à venir.

Il aimait la beauté des étoiles cruelles, Le désert de la mer, l'éternité des deux ; Mais, hélas ! il aimait aussi d'un cœur pieux L'humble douceur qu'on sent dans les choses mortelles.

Les roses qui sourient encore en se fanant, La femme, fleur qui tremble, et son amour fragile, L'émoi profond des cieux d'où la clarté s'exile, De tout ce qui s'en va le charme frissonnant.

Il aimait les pays à la tristesse immense, Les jardins où fleurit la grâce de la mort.

Et l'Automne, la mendiante en haillons d'or Qui chante dans le vent sa peine et sa démence.

La route solitaire et les lieux délaissés

Que console la lune aux pâles lueurs blanches,

Et ces veuves maisons qui dorment sous les branches

Où pleuvent des rayons défaillants et lassés...

Il chercha sa patrie en les vagues Bohèmes Et parmi la splendeur plaintive des beaux soirs,

Et ses yeux s'emplissaient d'orgueilleux désespoirs Sur la mer verte où s'égarent les voiles blêmes.

Encor que retenue en le doute fatal, Son âme revenait s'enivrer de cantiques Aux forêts de granit des églises gothiques, De même que l'oiseau revole au bois natal ;

Et s'enivrer aussi de pourpre et de ténèbres Aux siècles où voyaient les peuples et les rois Des annonciations de malheurs et d'effrois Dans la lune sanglante et les astres funèbres.

Maintenant ta mémoire est mon trésor caché, Ame d'automne née en l'automne des âges, Aux yeux toujours partis en de lointains voyages, Cœur errant et fidèle et partout attaché.

Le charme de la Mort et celui de la Vie Mêlaient leur influence en toi, cœur inquiet, Ardent, mais indécis et faible, et que ployait De la Terre et du Ciel l'égale nostalgie.

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