‹ Intoxication arsenicale par le vinChapitre 12 sur 39 · ROLE · texte numérisé non relu

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à part une épidémie qui sévit en 1844 et 1845 à Bruxelles et dans les prisons de Gand et de Namur, et une autre observée par Tholozan sur les troupes de Crimée.

Une pénétrante description clinique de Genest ®) nous montre que. l’acrodynie était surtout caractérisée par trois groupes de symptômes : nerveux, gastro-intestinaux et cutanés. | è

Les premiers sont les plus constants et les plus frappants : Fourmillements aux mains et aux pieds, avec élancements douloureux, chaleur brûlante et extrême hyperalgésie au moindre contact. Les malades marchaient en traïnant la pointe du pied et des paralysies partielles s’installaient : Les fonctions intellectuelles restaient intactes.

Dès le début, on observait une anorexie complète, des vomissements assez passagers, puis une diarrhée cholériforme, qui persistait longtemps et était la cause de la mort dans les cas graves.

Quant aux symptômes cutanés, c’étaient : la bouffissure de la face, les mains et les pieds devenaient rouges et gonflés. L’érythème était fréquent. L’épiderme des mains et des pieds était épaissi et desquamait en grands lambeaux. Enfin, la peau prenait souvent une teinte brune et noirâtre prédominant au cou, à l’abdomen et aux plis articulaires, et cette teinte faisait contraste avec la teinte claire et rosée de l’épiderme nouveau lorsque l’ancien se détachait.

De la description de Genest (40), que M. le Professeur W. Dubreuilh a résumée dans le Journal de médecine de Bordeaux (1), une concordance clinique avec les phénomènes de l’arsenicisme était si frappante que Barthélemy, en 1889, en rapportant l’épidémie d’Hyères, identifia les deux maladies. Voici la conclusion qu’en tire M. le Professeur W. Dubreuilh : « L’acrodynie de 1828 était donc tout simple-

(9) Genest, Arch, gén. de\méd., t.-XNIIT, p. 232, 1848. (10) Genest, Arch. gén. de méd., t. XNIII, p. 232, 1828 (11) 25 maï 1902, n° 21 : Acrodynie et arsenicisme, p. 325.

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ment une épidémie d'empoisonnement arsénical. Bien qu'elle ait sévi sur les soldats avec une sévérité particulière, on ne peut mettre en cause le pain ou les autres aliments fournis par la manutention, parce que les casernes ont été très inégalement atteintes...

» Si nous remarquons, en outre, que l'épidémie n’a sévi qu'en été, et que pendant les trois ou quatre ans qu’elle a duré elle à régulièrement disparu en hiver, il devient très vraisemblable qu’elle est due au vin vendu dans les débits de la ville et notamment dans les cantines des casernes.

» Il est probable qu’en 1828 il est arrivé sur le marché de Paris un fort lot de vin arseniqué,; que ce vin, acheté par les débitants de vin et les cantiniers, et consommé surtout en été, a provoqué l'épidémie à rechutes estivales, qui a graduellement diminué d'intensité et a cessé quand tout le lot de vin toxique a été consommé. » (2).

Enfin, cette année même, les journaux nous ont appris qu'une nouvelle épidémie a sévi à bord de nombreux bateaux de deux compagnies différentes. Voici la relation d’un journal (2) : « Depuis plus de trois mois, des marins, présentant des symptômes d'intoxication, étaient hospitalisés à leur arrivée au Havre; d’autres, plus atteints, avaient dû être débarqués, en cours de séjour. Plusieurs centaines de marins furent ainsi intoxiqués. À l'hôpital, on constata qu'après la bouffissure du corps, de la tête et des membres, des callosités se formaient sur la peau; les yeux étaient larmoyants, et l’on conclut à l’empoisonnement par l’arsenic. Jusqu'à présent, on a enregistré deux décès. Beaucoup de malades ont quitté l'hôpital. L'état, de ceux qui y sont encore ne paraît pas inquiétant.

(2) L’acrodynie actuelle, bien décrite cliniquement chez l'enfant et qu'on tend à rattacher à l’action probable d’un virus neurotrope encore inconnu, se traduit par des phénomènes éruptifs, des douleurs, sensation de brûlure des extrémités, dépression mélancolique (Sabrazès, Gaz. hebd. des sciences méd. de Bordeaux, 14-21 juin 1931.

(13) La Petite Gironde, 24 avril 1932.

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Une enquête médicale fut aussitôt ouverte. Le Docteur Vincent, qui dirige à l'Hôpital général les laboratoires de bactériologie, interrogea chacun des malades et constata bientôt que les hommes de chauffe étaient plus touchés que ceux du pont. Leur régime alimentaire ne différant que par le nombre des rations de vin, le Docteur Vincent, ayant opéré des prélèvements de vin d'équipage, fit des analyses qui furent négatives.

Deux autres navires débarquèrent à ce moment un important contingent de malades. Or, le vin était fourni par le même concessionnaire.

Le Docteur Vincent persista donc dans ses recherches. Dans les deux cas, on avait trouvé des traces d’arsenic, dont on ne peut révéler la présence que par une analyse spéciale.

De nouvelles analyses firent alors apparaître que le vin, livré à la consommation des équipages, contenait de 3 à 5 milligrammes d’arsenic par litre. »

Certains de ces marins ont été soignés à Bordeaux, soit à l'Hôpital Saint-André, soit à la Clinique maritime et colo- .niale, et, grâce à l’obligeance des chefs de service, nous avons pu recueillir leurs observations, que nous allons maintenant reproduire, avec celles, particulières, qui nous sont parvenues de plusieurs régions de la France et de l'étranger.

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