GAS D’INTOXICATION
La première chose qui frappe lorsqu'on jette un coup d'œil d'ensemble sur les cas d'intoxication arsenicale par le vin, c'est le caractère périodique de ces manifestations pathologiques.
Comme l’a dit M. le Professeur de Léobardy à propos des polynévrites arsenicales dues au vin (), ces accidents sévissent par « épidémies », terme très employé, bien qu’en bonne logique tout à fait impropre.
L’épidémie la plus connue et la plus étudiée, nous la citons quoiqu'elle ne corresponde pas exactement au titre de notre sujet, doit être l’épidémie de bière de Manchester en 1900. Nous avons cru qu'il n’était pas hors de propos d’en dire quelques mots ici, car elle offre un exemple frappant d'in: toxication arsenicale par les boissons.
Il y eut à Manchester 2.000 cas observés, et dans d’autres régions de l'Angleterre septentrionale, à Liverpool, 4.000 cas. On croit avoir pu établir un peu plus tard que des cas de cette nature se sont produits également dans cette région pendant les années antérieures.
L'épidémie de 1900 fut provoquée parce que l’on se servit d'acide sulfurique impur pour traiter du glucose et du sucre interverti utilisés dans la fabrication de la bière. L’acide sulfurique, selon Reynols ®, contenait jusqu’à 1,4 p. 100 d’ar-
(4) Médecine générale française, n° 6.
(2) Reynolds (E. $.), Brit. med. Journ., 1900, IT, p. 1492 et 1769; 1901, 1, p. 396.
senic, le glucose jusqu’à 0,08 p. 100 et la bière jusqu'à 4 milligrammes par litre, mais selon une indication de Raw, Barendt et Warrington %), jusqu'à 65 milligrammes par litre (ce dernier renseignement est peut-être de nature un peu incertaine). Les phénomènes morbides qui se manifestèrent ont surtout été décrits par Reynolds, qui le premier en montra la nature et les causes.
Tous les auteurs sont d'accord sur ce fait que la polynévrite a occupé la place la plus importante parmi les phénomènes pathologiques. Reynolds représente, en outre, les altérations de la peau comme très fréquentes, surtout la pigmentation qui a été précédée, quelquefois du moins, par de l’érythème, mais quelquefois aussi par de la kératose. Le zona se produisit aussi, mais pas très souvent, alors que la diarrhée et la conjonctivite étaient communes.
Niven indique (# pour ces cas de polynévrite l'existence d'éruptions papuleuses, d’urticaire, ainsi que d’œdèmes, de boutons et, en outre, une certaine augmentation de cas de zona par rapport à’la normale. Barendt &) indique la pigmentation anormale comme l’altération caractéristique de la peau, et il la cite pour toutes les parties du corps, sauf pour le visage.
L'épidémie d'Hyères se manifesta en 1887 et 1888 et porta sur 400 cas. On crüt pouvoir l’attribuer à ce fait qu'un marchand de vin mit par méprise de l’acide arsénieux dans le vin au lieu de plâtre. Dans son Précis de médecine légale, Thoinot @) écrit : « M. de V... avait acheté en 1881, pour faire des essais de fumure contre le phylloxera, quatre barils d'acide arsénieux de 150 kilos chacun. Les essais furent infructueux et il resta 75 grammes d’arsenic dans un baril. En 1887, ce baril fut placé dans le même local que le plâtre
(3) Raw (N.), Medico-chirurgical Transactions, vol. LXXXIV, p. 448, 1901.
(4) Niven (J.), Brit. med. Journ., 1900, II, p. 1723. b .
(3) The skin lesions due to the presence of arsenic,in beer, The Brit: Journ. of Derm., avril 1901; p. 148, London, H. K. Lewis.
(6) Thoinot (L.), Collection Testut, 2 vol., p. 544.
* destiné au plâtrage des vins, et l’acide arsénieux fut employé par erreur avec le plâtre. ».. « L'analyse de ce vin, faite par le Docteur Sambuüc, y montra de 1 à 16 centigrammes d'As*0* par litre. » Vidal, qui s’est occupé de décrire cette épidémie (), retient que les symptômes principaux ont consisté en troubles de la digestion, en diarrhée, symptômes qui ne semblent pas avoir été graves et, en outre, en paralysies « qui sont d’une telle nature que l’on peut en toute sécurité les diagnostiquer comme de la polynévrite ». Le troisième symptôme essentiel était constitué par des altérations de la peau du type érythémateux et, en partie, papuleux. Il indique, en outre, que la toux, la conjonctivite et l’œdème partiel (notamment au visage, genoux et malléoles) se sont souvent présentés.
Au Havre, il se produisit de 1886 à 1888 une épidémie de 15 cas 8), dont 3 morts, qui avait une origine criminelle et que l’on considéra comme ayant été provoquée par un mélange d’arsenic dans le vin. Les symptômes consistèrent en polynévrite, vomissements, parfois diarrhées, maux de tête; en outre, enflure des paupières, toux, coryza, phénomènes inflammatoires du larynx, érythème et pigmentation anormales.
Parlons de |’ « acrodynie ». En 1828, apparut, à Paris, une maladie qui prit une telle extension qu’en six mois 40.000 personnes en furent atteintes. On l’appela acrodynie en raison d'un de ses symptômes prédominants : la douleur brûlante des extrémités. Cette épidémie diminua pendant l'hiver, pour reprendre en mai 1829, et disparut pendant l'hiver suivant. Mais quelques cas furent encore observés en 1830, 1831 et 1832. ;
De distribution irrégulière, cette maladie atteignit surtout les casernes et certaines agglomérations. Après la grande épidémie parisienne, on n’a plus observé que des cas isolés,
(1) Vidal-Marquet et Dubesaudy, Bull. de l’'Acad. de méd., 1888, série 2,