INTRODUCTION
Îl y à encore quelques années, seule la culture industrielle était à l'honneur sur le plateau du Vexin normand : blé et betteraves sucrières. Dominant tout sur l'étendue du plateau se dressent de loin en loin les cheminées des sucreries et des distilleries qui transforment chaque année des milliers de tonnes de betteraves, Dans ce paysage industrialisé à l’extrème : traction animale remplacée par le moteur, machines agricoles, nombreuses et excessivement perfectionnées, la dernière note bucolique était apportée par le
« Berquet » entouré de ses moutons et de ses chiens.
Nombreux sont, sur le plateau, les troupeaux, fort importants d’ailleurs : 3 à 500 brebis, ce qui arrive à représenter au printemps des troupes de 1.000 têtes. Ces troupeaux sont formés de moutons d'Ile de France souvent de noble origine ; certains propriétaires peuvent montrer leurs livres
de bergeries datant de 50 ans et plus.
On pratique indistinctement suivant les troupes: l'agneau gris, l'agneau blanc et la brebis antenaise à vendre pour la
reproduction.
Maintenant, du fait des circonstances économiques, la trilogie : blé, betteraves sucrières et moutons s’est augmentée de deux facteurs : lait et betteraves fourragères. Les fermiers ont en effet monté de grandes vacheries de Normandes et de Hollandaises, ces dernières prenant d'ailleurs le pas sur les Normandes. D'autre part, on a noté le retour offensif des bœufs et des chevaux contre le tracteur. Peut-être verrons-nous d'ici quelques années la physionomie du plateau complètement changée.
Les moutons vivent sur le pays pendant la bonne saison et l'hiver à la bergerie où les éleveurs les nourrissent de
betteraves, de pulpe et de fourrages récoltés dans l’année.
C’est en Octobre, au moment de la récolte des betteraves, qu'il nous est donné de voir des accidents d’intoxication par les fanes de betteraves. La betterave déterrée est séparée d’un coup de serpe en deux parties : d'un côté les feuilles et le collet coupé à 1 em. environ, de l’autre la betterave proprement dite. La betterave emportée, les fanes restent sur place. Les moutons sont amenés dans ces champs pour y pâturer. C'est à la suite d'ingestion de ces fanes que nous avons pu voir cette intoxication dans des conditions
que nous allons essayer de préciser.
L'accident, vu surtout sous des formés avortées auparavant, a été particulièrement net en 1934. La littérature professionnelle est muette sur ce point, aussi nous a-t-il paru
intéressant de relater ces quelques observations.
Circonstances de l’Iintoxication
C'est un des traits curieux de l’intoxication que les cir-
constances excessivement bien définies où celle-ci se produit.
Nous allons essaver de les mettre bien en lumière.
En Octobre, il n’y a pas grand chose à faire paître aux moutons si ce n'est les chaumes, aussi dès la récolte des betteraves les met-on dans les fanes. C'est à cette époque
seulement que l'on constate les accidents.
C'est dans les premiers repas et assez souvent après le
premier repas que l’intoxication se voit.
Mais c’est surtout après un repas excessivement abondant que les accidents apparaissent. Venant des chaumes, les moutons sont très heureux de trouver de la verdure et si l’on n'a soin de les rationner, ils se gavent de feuilles. Mais au bout de plusieurs jours ils s'accoutument ; leur gloutonnerie diminue et ils se rationnent d'eux mêmes. À ce moment, on ne voit plus d'accidents, C’est la gloutonnerie des pre-
miers repas qui est à incriminer.