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avec une apparente raison; le caractère de ses réponse démontrait que sous cette inertie toute physique ne résidait aucun état vraiment mélancolique. Mais dès le deuxième jour iléprouvait des hallucinations de l'ouie. Il entendit d’abord la voix d'un de ses amis, puis celle de plusieurs personnes qu'il connaissait ; enfin, des voix étrangères et inconnues ce firent entendre. Ces voix lui apprenaient qu'il était appelé à de grandes découvertes industrielles et l'engageaient spécialement à inventer des appareils d'électricité (1). D.. conversait avec ces voix et discutait avecelles. Parfois il leur répondait en articulant ; mais parfois aussi, alors qu'il entendait résonner sa propre voix, personne dans son entourage ne paraissait s’en apercevoir.
Ces hallucinations duraient tout le jour. Ce sont les seules qu'ait éprouvé le malade. Il n'eut jamais d’hallucinations de la vue, ni des autres sens, ni cauchemars.
Les conceptions délirantes qui se sont développées chez lui sous l'empire de ces hallucinations se réduisent à des idées ambitieuses. Mais ces idées, sans trace de systématisation, étaient instables, changeantes et eontradictoires; c'étaient tantôt du délire des grandes inventions, construction d'appareils d'électricité ; tantôt du délire des grandeurs : pendant quelques jours, paraît-il, il croyait être Napoléon; tantôt enfin du délire à prétentions absurdes, comme d'inventer une mêche pour percer la lune.
Contrairement à ce qui a été observé chez tant d’autres malades, D... n’a jamais présenté de signes d’affaiblissement intellectuel. Loin de rencontrer chez lui de l’amnésie, on pourrait plutôt trouver de l’hypermnésie. Sa conscience est restée intacte pendant toute la durée de la crise et actuellement D..., complètement guéri, vient de nous raconteïr avec une netteté et une précision parfaites toutes les circonstances de sa maladie.
(4) Le malade avait autrefois travaillé chez un constructeur de machines et appareils électriques.
Notons enfin que l’émotivité ne présente chez lui aucune exagération,
Comme symptômes physiologiques, en dehors de la céphalalgie du début, nous n'avons relevé qu’un tremblement rapide, vibratoire, plus rapide peut-être que le tremblement alcoolique et rappelant celui de la maladie de Basedow. C'est le seul symptôme qui persiste actuellement avec une diminution du reflexe patellaire. Il n’a présenté à aucun moment des signes d’hystérie ; les stigmates ont d’ailleurs été recherchés avec soin.
Tombé malade le 17 décembre 1891, admis à Ste Anne le 19, est transféré à Ville-Evrard le 28 duimême mois, il quitta l'asile le 13 février 1892.
Nous avons revu le malade le 12 février 1892. Il ne présentait plus aucun trouble intellectuel depuis trois semaines. La crise a donc duré un mois environ.
L'histoire de ce malade est intéressante à plusieurs points de vue. Les accidents qu’il a présentés, provoqués sans nul doute par l’intoxication, paraissent assez particuliers. En effet, sauf le cas de M. Proust et celui de Huguin, nous n’avons trouvé aucune autre observation qui puisse en être rapprochée.
Les symptômes psychiques communément observés jusqu'ici, ne vont guère sans d’autres symptômes physiologiques. Or, chez ce malade, à part la céphalalgie d’invasion et le tremblement, les troubles des fonctions organiques ont été presque nuls. D’autre part, l’'amoindrissement intellectuel, l’'amnésie et autres signes de démence, constituent la note dominante des états psychiques relatés dans les auteurs ; de même l’état mental spécial : émotivité exagérée et irritabilité extrême ;de même enfin les rêves terrifiants et les hallucina-
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tions de la vue. Rien de semblable chez D... dont l’état d’aliénation est uniquemnt constitué par des hallucinations de l’ouïeet du délire des grandeurs avec un faible degré de réaction dépressive.
Le type de folie qu’il présente n'offre aucune analogie avec les folies toxiques et se rapproche plutôt du délire des dégénérés : malgré l'absence d’antécédents héréditaires nous croyons légitime de considérer D..., comme un dégénéré, nous nous expliquons ainsi comment le poison a pu chez lui déterminer des accidents psychiques à forme spéciale. Il nous suffit pour avancer cette opinion d’invoquer celle de M. Magnan relative à l'alcoolisme. Cette intoxication en effet, d’après ce dernier auteur peut provoquer soit un délire vésanique chez un dégénéré. Il faudrait donc faire chez D... la part de l’intoxication et celle de la dégénérescence mentale.
L'association de causes dans l’étiologie des maladies mentales n’a rien qui doive étonner : comme M. Ballet l’a démontré dans une de ses lecons cette association est indispensable à la compréhension des cas complexes observés en clinique.
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