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I. Le livre des Chroniques

I 399. Dans l'A. T. hébreu et dans la littérature juive extra-biblique, le titre de ce livre porte les mots que nous avons déjà vus figurer dans celui des deux sources si fréquemment citées par le livre des Rois et que nous avons traduits par < livre des Annales > ou «des Chroniques». C'est dire que la nomenclature adoptée sur ce point par les Bibles modernes est tout à fait conforme à l'hébreu. Ce n'est pourtant pas qu'on soit arrivé à ce résultat par la filière habituelle, qui passe par la Bible grecque et la Bible latine. Les Septante en effet donnent au livre des Chroniques (qu'ils partagent en deux) le nom de Ilapaietnôfisvay que Jérôme a également adopté en le latinisant, Paralipomena. Cette désignation n'a point disparu; elle est encore employée de nos

jours, surtout par des écrivains appartenant à l'Eglise romaine, lesquels citent les Chroniques comme I et II Paralipomènes. Que signifie ce terme? Il peut être interprété de deux façons différentes. Les uns y voient simplement l'équivalent du latin transmissa^ choses transmises; les autres l'expliquent par le latin prœtermissa^ choses omises. Dans le premier cas, il s'agirait seulement de caractériser l'ouvrage comme un recueil de documents, passant de génération en génération, et ce ne serait pas une mauvaise traduction du titre hébreu. Dans le second cas, le rôle attribué au livre en question serait celui d'un ouvrage complémentaire, destiné à combler les lacunes des écrits antérieurs. Dans cette hypothèse, il n'y aurait plus aucun rapport entre le titre hébreu et le titre grec. Du reste ce dernier se justifierait assez bien si l'on réfléchit que les Septante ont placé les Paralipomènes immédiatement à la suite de Samuel et des Rois. Cette juxtaposition peut avoir fait naître la conception d'après laquelle le dernier de ces livres serait le complément des deux précédents, ou vice versa.

Les versions grecque et latine paraissant avoir assuré le succès définitif du terme Paralipomènes, d'où vient notre mot Chroniques? Par une curieuse coïncidence, il provient du même Jérôme qui avait, il est vrai, accepté la désignation grecque, mais qui, dans un de ses écrits, a dit que le livre en cause pourrait être appelé plus exactement Chronicon totius divinœ historiasy la Chronique de toute l'histoire divine. Celte expression a été recueillie et adoptée par Luther, et elle est devenue le terme usuel au sein du protestantisme*.

I 400. Le livre des Chroniques est, de tous les livres de l'A. T., celui dont le contenu embrasse la période la plus longue : il commence avec Adam et finit avec l'édit de Cyrus (538). Il court donc parallèlement à toute la série des livres du Pentateuque et des Nebiim rischonim, et naturellement présente avec eux de fréquents points de contact. En en faisant l'analyse, nous aurons constamment à faire la comparaison des données fournies par les Chroniques avec celles

^ Les Allemands l'emploient au singulier comme Jérôme ; les Français et les Anglais se servent du pluriel.

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des livres antérieurs. Il importe, avant de commencer ce travail, de poser quelques jalons préalables.

Cherchons d'abord à fixer l'époque où vécut l'auteur du livre des Chroniques ou, comme nous l'appellerons dorénavant pour abréger, le Chroniste *. Le passage I 3 i9-î4 contient la généalogie de la race davidique à partir de Zorobabel, le contemporain de la restauration de 538, et la conduit jusqu'à la sixième génération de ses descendants, ce qui, en comptant la génération à 30 ans, mène en tout cas jusqu'au milieu du iv« siècle. Si, au lieu de suivre le texte hébreu qui présente ici de nombreuses défectuosités, on voulait prendre pour base les Septante, on aboutirait à la onzième génération au lieu de la sixième, c'est-à-dire vers l'an 200 av. J.-C *. Ce fait suffit pour prouver que la composition du livre des Chroniques n'est certainement pas antérieure à l'an 350, qu'elle pourrait être postérieure à la chute de l'empire perse et que peut-être même elle ne remonte pas plus haut que la fin du in« siècle avant l'ère chrétienne.

Cette conclusion, assignant au Chroniste une date tardive, est d'ailleurs amplement confirmée par tout l'ensemble de son œuvre. Non seulement on sent partout l'esprit du judaïsme postexilique et l'influence prépondérante de la législation sacerdotale, mais encore on s'aperçoit qu'il s'est écoulé du temps depuis l'époque d'Esdras et que les institutions dues à ce dernier ont pu jeter leurs racines dans le sol et revêtir déjà l'aspect vénérable que donne l'ancienneté. En d'autres termes, le Chroniste n'est pas un contemporain d'Esdras, un témoin et un collaborateur de ses efforts réformateurs. Il

^ Ce mot n'est point françab, mais son emploi présente Tincontestable avantage d'éviter la constante répétition d'une périphrase fatigante. Il est d'usage courant dans la littérature théologique allemande, anglaise et américaine. On pourrait, il est vrai, dire *le Chroniqueur» ; mais ce terme, applicable à beaucoup d'écrivains d'époques diverses, constituerait une désignation moins claire.

^ On verra plus loin que le Chroniste est également l'auteur des livres d'Ësdras et de Néhémie; or, dans Néh. 12 10-H, 22, la série des grands prêtres est prolongée jusqu'à Jaddua, arrière-petit-fils du contemporain de Néhémie, et connu pour avoir exercé le souverain sacerdoce au temps d' Alexandre-le-Grand .

appartient à une époque plus récente, où la vie politique et religieuse de la communauté juive, marquée du sceau sacerdotal, a pris un caractère stable et définitif. Le Chroniste envisage Thistoire du passé d'Israël à la lumière des croyances de son propre temps, et ne conçoit pas l'antiquité autrement que l'époque même où il vit. Il projette ainsi ses propres idées en arrière, aussi bien que les mœurs, les lois, les rites auxquels il est accoutumé. En conséquence, il raconte les événements tels qu'à son avis ils ont dû se passer. Sa bonne foi est entière, elle ne saurait être suspectée, alors même que fréquemment sa façon de présenter les faits est faussée par ses idées préconçues. Il convient donc, en présence de ses récits, de procéder avec précaution, de se défier de la tendance exclusive et des anachronismes qui caractérisent cet auteur, et surtout de contrôler soigneusement ses données au moyen des précieuses sources d'informations qne nous possédons dans les livres bibliques antérieurs.

Le Chroniste est dirigé, on peut même dire dominé par une série de préoccupations et de préférences. En premier lieu il est Juif, c'est-à-dire ressortissant de l'ex-royaume de Juda, et tout ce qui concerne les autres tribus, et par conséquent le royaume de Samarie, n'a pas d'intérêt à ses yeux.

Secondement, il est légitimiste, royaliste convaincu, fervent adepte de la dynastie davidique, pour laquelle il déploie un zèle infatigable et quelque peu partial.

Troisièmement, il faut relever l'intérêt presque passionné que lui inspire la tribu de Lévi. Tout ce qui concerne le sacerdoce, et par conséquent le culte, le temple et Jérusalem, la ville sainte, revêt à ses yeux une importance particulière. Le grand prêtre et les prêtres aaronites n'accaparent pas du reste son attention aux dépens des simples lévites ; ceux-ci sont tout aussi bien l'objet de sa sollicitude, et parmi eux il accorde volontiers une mention spéciale à ceux qui jouaient un rôle comme musiciens. Tout cela est si frappant qu'on arrive involontairement à se dire : Le Chroniste n'était-il pas un chantre lévitique du temple de Jérusalem?

§ 401. Cet homme s'est donc proposé d'écrire l'histoire de sa race, ou plutôt de la récrire, car elle existait déjà et il

Tavail entre les mains. II est hors de doute que le Pentateuque lui était connu ; il y a fait des emprunts, ainsi qu'au livre de Josué. Quant aux Juges, il n'y a pas de points de contact entre eux et les Chroniques, en sorte qu'on pourrait supposer que le Chroniste en était privé ; mais cette supposition n'est guère vraisemblable. Enfin, Samuel et les Rois étaient certainement devant lui quand il a composé son ouvrage; il les a largement utilisés, quoique sa manière de faire à leur égard ne laisse pas d'être pour nous un perpétuel sujet d'étonnement. On a tenté de soutenir que le Chroniste n'avait pas à sa disposition les livres de Samuel et des Rois, et que les nombreux passages où il donne un texte plus ou moins identique au leur s'expliquent par la consultation des mêmes sources. Mais cette hypothèse, qui aurait pour résultat de présenter l'attitude du Chroniste sous un jour très peu différent, vient se heurter à une difficulté qui nous paraît insurmontable. En effet, ce n'est pas seulement au point de vue de leur contenu que les données du livre des Chroniques sont semblables sur tant de points à celles de Samuel et des Rois ; c'est encore au point de vue de leur groupement et de l'ordre dans lequel elles ont été placées. En outre, le Chroniste introduit fréquemment dans son œuvre des phrases qui proviennent de l'auteur du livre des Rois et non pas des sources que celui-ci a consultées.

Si, ce qui nous semble plus qu'invraisemblable, on voulait soutenir que le Chroniste, ne possédant pas Samuel et les Rois, puisait dans une source distincte de ces deux livres, il faudrait du même coup reconnaître que cette source d'une part, les livres de Samuel et des Rois d'autre part, se ressemblaient comme deux frères jumeaux. Et la position dépendante du Chroniste demeurerait évidente. Tout au plus pourrait-on dire qu'il n'a pas connu la rédaction dernière de Samuel et des Rois; mais il faudrait pour le moins avouer qu'il était familier avec les matériaux que ces livres renferment, et cela sous une forme déjà très rapprochée de leur texte définitif. On s'en rendra compte en constatant que le Chroniste reproduit certaines particularités du texte des livres canoniques antérieurs, lesquelles ont leur raison d'être dans

ces derniers et n'en ont pas chez lui. En voici quelques exemples.

Dans II Sam. 5 13-I6 il est question des femmes que David épousa « encore » après son établissement à Jérusalem, et des enfants qui lui naquirent « encore »; ces deux « encore >► s'expliquent par un passage qui précède (II 3 î-s) et qui parle des femmes et des enfants de David à Hébron. Or le livre des Chroniques (I 14 3-8) reproduit II Sam. 5 13-16, y compris les deux « encore >; mais, éliminant de propos délibéré tout ce qui concerne le règne de David à Hébron, il a omis de reproduire II Sam. 3 2-5, et les deux < encore » ne se rapportent plus à rien*.

Dans I Chron. 20 1 il est dit que « David resta à Jérusalem >, ce qui semble en contradiction flagrante avec les deux versets suivants. Mais qu'on se reporte à II Sam. 11 1, 12 30-31, et Ton s'apercevra que le Chroniste, voulant retrancher l'épisode de Bath-Schéba, n'a laissé subsister que le début et la fin d'une longue narration en faisant disparaître la transition indispensable.

II Chron. 10 15 mentionne comme déjà connue une parole de l'Eternel adressée par Achija à Jéroboam, et dont il n'a point été parlé auparavant ; la même mention se trouve dans le passage parallèle, textuellement identique, de I Rois 12 15, mais là elle s'explique tout naturellement par un récit antérieur (11 29-39), que le Chroniste a passé sous silence.

Enfin, dans un domaine quelque peu difl^érenl, on peut encore comparer II Chron. 7 21 avec I Rois 9 8. Ce dernier passage renferme une erreur de copiste que le Chroniste et les Septante ont eue sous les yeux et qu'ils ont cherché à réparer *.

* Il est naturellement question ici de la portion narrative du livre des Chroniques^ consacrée au règne de David (I 11-29). Dans la partie généalogique (I 1-10) on trouve, bout à bout, les deux listes des fils de David (3 1-9), conformes à I Sam. 3 2-5, 5 14-16, mais avec omission de la mention des femmes et suppression des «encore».

* Le texte du Chroniste ne se comprend que comme essai de corriger une phrase fautive. Nos versions ne permettent pas de se rendre compte de Tétat des choses. La traduction qu'elles donnent de I Rois 9 8 est incompatible avec le texte tel qu'il nous est parvenu.

Outre les livres canoniques de TA. T., le Chroniste disposait d'autres sources auxquelles il renvoie fréquemment ses lecteurs. En voici l'énumération :

1® Le livre des rois de Juda et d'Israël (II 16 il, 25 26,

2<> Le livre des rois d'Israël et de Juda (II 27 7, 35 27, 36 8).

3* Le livre des rois d'Israël (I 9 i, II 20 34).

4® Les Actes des rois d'Israël (II 33 18) *.

5* Le midrasch du livre des Rois (II 24 27).

6® Les Annales du roi David (I 27 24) *.

7® Les paroles de Samuel le voyant et les paroles de Nathan le prophète et les paroles de Gad le voyant (I 29 29).

8® Les paroles de Nathan le prophète et la prophétie d'Achija de Silo et la vision de Iddo ^ le voyant concernant Jéroboam, fils de Nebath (II 9 29).

9® Les paroles de Schemaja le prophète et de Iddo le voyant * (II 12 15).

10* Le midrasch du prophète Iddo (II 13 22).

11® Les paroles de Jéhu, fils de Hanani, qui sont insérées dans le livre des rois d'Israël (II 20 34).

12® Un écrit d'Esaïe, fils d'Amots, le prophète, contenant € le reste des actions d'Ozias, les premières et les dernières >►

13® La vision d'Esaïe, fils d'Amots, le prophète 5, dans le livre des rois de Juda et d'Israël (II 32 32).

* Le mot traduit ici et ailleurs par Actes est le même qui est fréquemment rendu, avec tout autant de raison, par paroles ; il signifie à la fois acta et dicta.

* Il est aussi question des « derniers actes (ou dernières paroles) de David », I 23 27.

' Le texte hébreu porte Yedi ou Yedo ; mais il s'agit sans doute du même prophète Iddo que dans 12 15 et 13 22.

* L*hébreu ajoute « pour enregistrer ». Il est tout à fait arbitraire de traduire cela, comme le font nos versions françaises, par « aux généalogies » ou « parmi les registres généalogiques ». Le texte est probablement fautif. Les Septante ont : « et ses actions », ce qui est une leçon plus plausible.

^ Il se pourrait qu'il fallût, avec certains manuscrits des Septante, lire ici la conjonction et entre les mots « prophète » et « dans » ; en ce cas il s'agi* rait de deux ouvrages distincts.

14® Les paroles de Hozsû ou, moyennant une légère correction de texte, « des voyants » ou « de ses voyants >► (II 33 19); le verset précédent (l8) mentionne « les paroles des voyants qui parlèrent à Manassé au nom de l'Eternel ».

15* Un recueil de poèmes^ intitulé < les Complaintes* »

I 402. Cette longue liste d'ouvrages soulève plusieurs questions dont voici les principales : Les sources 1-5 constituent-elles une pluralité de documents ou bien un seul ouvrage? Quelle relation faut-il établir entre les livres cités comme concernant les rois et ceux qui portent des noms de prophètes? Quel rôle faut-il assigner aux midrasch par rapport aux autres sources ?

La solution la plus simple de ce problème est préconisée de nos jours par plusieurs savants éminents. D'après eux les cinq sources du Chroniste, renfermant sous divers noms une histoire des rois, seraient un seul et même ouvrage; les sources dont la composition est assignée à des prophètes seraient les diverses parties du dit ouvrage sur les rois. Enfin l'ensemble de l'œuvre porterait le caractère du midrasch, tel que nous l'avons défini plus haut (I, p. 319 ; voir aussi II, p. 198). Reprenons ces conclusions point par point.

Sous sa forme la plus complète le titre du « livre des rois » cité par le Chroniste est tantôt < de Juda et d'Israël », à propos d'Asa, d'Amatsia, d'Achaz et d'Ezéchias, tantôt « d'Israël et de Juda >, pour Jotham, Josias et Jéhojakim ^ ; tous ces souverains appartiennent au même royaume, à celui de Juda. De même quand le titre sous des formes variées (livre des rois, Actes des rois, midrasch du livre des rois) est abrégé et renferme seulement la mention d'Israël, c'est encore de rois de Juda qu'il s'agit: Josaphat, Manassé 3, Joas. Jamais on ne rencontre la mention du « livre des rois de Juda > qui serait pourtant la plus naturelle.

^ Cet ouvrage, que le Chroniste mentionne simplement en passant, ne doit pas être considéré comme rentrant à proprement parler dans ses sources.

* Ces deux derniers rois sont postérieurs à la ruine du royaume d'Israël.

^ Non seulement Manassé est un roi de Juda, mais il a régné à une époque où le royaume d'Israël n'existait plus.

316 ESDRAS-NÉHÉMIB, CHRONIQUES

Il n'y a rien que de très plausible dans la supposition que ces diverses dénominations, employées alternativement et dans les mêmes conditions, à propos de rois appartenant tous à une même dynastie, s'appliquent toutes au même document. Il n'y avait pas de raison pour que dans l'antiquité on déployât, en énonçant une citation, l'exactitude et la rigueur qui sont de règle à notre époque et que l'on n'obtient pourtant pas toujours. Le Chroniste aurait donc possédé et consulté un ouvrage racontant l'histoire des rois, tout au moins celle des rois de Juda, et y aurait fréquemment renvoyé ses lecteurs pour plus amples informations. Si cet ouvrage contenait aussi l'histoire du royaume du nord, le Chroniste a élagué avec soin tout ce qui s'y rapportait ^

Quant aux écrits attribués à des prophètes, il faut remarquer que le Chroniste les cite, à trois exceptions près, à propos de rois autres que ceux à l'occasion desquels il renvoie au « livre des rois », à savoir David, Salomon, Roboam, Âbija, Josaphat, Ozias, Ezéchias, Manassé. Les emprunts faits à la source royale et ceux faits à la source prophétique se complètent par conséquent et ne font pas double emploi. Quant aux trois exceptions susmentionnées, bien loin de statuer une opposition ou même une différence entre les deux catégories de sources, elles témoignent en sens contraire. En effet, deux de ces passages parlent des € paroles de Jéhu » et de « la vision d'Esaïe » comme étant dans le « livre des rois » ; et le troisième, quoique d'une façon moins positive, paraît considérer le document prophétique qu'il cite comme partie intégrante du « livre des rois ». Il faudrait donc se représenter — et cette supposition n'a rien d'invraisemblable, — que le « livre des rois >► utilisé par le Chroniste était divisé en sections qui, sinon toujours, du moins fréquemment, étaient attribuées à un prophète contemporain des faits rapportés*. Il faut toutefois reconnaître que

* Les «Annales du roi David», que I 27 24 mentionae^ maïs auxquelles il oe renvoie pas, faisaient peut-être partie du « livre des rois d*Israêl et de Juda » ; il se peut aussi que ce fût un ouvrage dont le Chroniste sût Texistence, mais qu'il ne possédait pas.

^ Le seul de ces prophètes dont le nom ne nous soit pas déjà connu par

cette conclusion n'est qu^hypothétique. Elle serait compromise, au moins en ce qui concerne un des écrits prophétiques cités, si la « vision d'Esaïe » de II 32 32 devait être, d'après la variante des Septante indiquée plus haut, distinguée du < livre des rois ».

Le terme de midrasch est employé deux fois par le Chroniste, une fois à propos de la source royale, une fois à propos d'une source prophétique. Ce mot, très usité dans la littérature juive postérieure, caractérise un genre spécial de développements édifiants, suggérés par un thème scripturaire. La question qui se pose ici est de savoir si la source royale du Chroniste présentait par elle-même ce caractère, méritait le nom de midrasch et le portait effectivement, ou bien si, à côté d'elle, existait un autre ouvrage qui en fût dérivé et lui fût pour ainsi dire subordonné. Il nous semble difficile qu'on puisse jamais arriver à un résultat précis à cet égard. Et il en est de même pour le midrasch du prophète Iddo.

Ainsi, quelque tentante et acceptable que soit la théorie d'après laquelle une unique source serait citée par le Chroniste sous quatorze noms différents, applicables tantôt à son ensemble, tantôt à telle ou telle de ses parties, il faut nous contenter d'y voir une hypothèse, et, si l'on veut, l'hypothèse la plus plausible, mais non pas une solution assurée.

§ 403. Il nous reste à examiner dans quels rapports réciproques se trouvent notre livre canonique des Rois et le « livre des rois », si souvent cité par le Chroniste. Ne pourrait-on pas les identifier?

Sans doute, à première vue, il semblerait qu'il y eût de bonnes raisons pour cela. D'un côté, en effet, le livre des Chroniques présente de frappantes analogies avec le livre canonique des Rois et paraît lui avoir fait de fréquents emprunts* D'un autre côté, il renvoie constamment à un ouvrage qui porte à peu près exactement le même titre. La conclusion paraît s'imposer. Et pourtant elle doit être écartée péremptoirement sur le vu des textes. En effet, il se trouve que le Chroniste renvoie à sa source, le « livre des

les livres de Samuel et des Rois est Iddo. La tradition juive Ta identifié avec le héros anonyme du récit de I Rois 13.

rois >, à la fin de tel règne au sujet duquel il a reproduit toutes les données du livre canonique des Rois et même fourni des détails ultérieurs. Ainsi, pour Asa, le livre des Chroniques (Il 13 23 - 16 14) renferme un récit très circonstancié et qui contient tous les éléments du court passage parallèle I Rois 15 9-24 et y ajoute beaucoup d'autres informations. Cela n'empêche pas le Chroniste de dire à la fin de son exposé (II 16 il): « Les actions d'Asa, les premières et les dernières, sont écrites dans le livre des rois de Juda et d'Israël ». De même, si l'on compare, au sujet du règne de Jotham, II Rois 15 32-38 avec II Chron. 27 1-9, on trouvera dans ce dernier passage toutes les données du premier et au delà. Néanmoins le Chroniste conclut en disant : « Le reste des actions de Jotham, toutes ses guerres et tout ce qu'il a fait, cela est écrit dans le livre des rois d'Israël et de Juda ». Enfin, une preuve non moins décisive, mais d'un genre un peu différent, nous est fournie par II Chron. 33 18,. où nous lisons que « le reste des actions de Manassé, sa prière à son Dieu, etc.. cela est écrit dans les Actes des rois d'Israël ». Or, dans II Rois 21 1-18 qui raconte le règne de Manassé, non seulement < sa prière à son Dieu » n'est point rapportée, mais il n'y est pas fait la moindre allusion.

La source royale du Chroniste n'est donc pas le livre canonique des Rois; elle ne peut pas non plus être identifiée avec les Annales des rois d'Israël et les Annales des rois de Juda,. que le livre canonique des Rois cite à tant de reprises et dans lesquelles il a si largement puisé. En effet, ces Annales constituaient deux ouvrages parfaitement distincts, l'un éphraïmite et l'autre judéen, tandis que la source du livre des Chroniques se présente comme une œuvre unique. D'ailleurs pourquoi le terme caractéristique d'Annales aurait-il totalement disparu des citations?

Cependant, malgré l'impossibilité où l'on est d'admettre l'une ou l'autre des identifications discutées ci-dessus, il n'eit demeure pas moins que te livre des Chroniques est en étroite relation avec Samuel et tes Rois, et que sa source principale doit également se rattacher au même groupe de documents historiques. Voici comment on peut concevoir cette parenté.

A l'origine de tout ce développement littéraire se trouvent les Annales des rois d'Israël et les Annales des rois de Juda* Le livre canonique des Rois en est issu. La source royale du Chroniste doit également en provenir, et d'elle à son tour est sorti le livre des Chroniques. Mais cet exposé, trop simple, ne suffit pas pour rendre raison de tous les éléments de la question. Il est nécessaire d'admettre une action du livre canonique des Rois sur celui des Chroniques. Or cette action peut s'être exercée de deux manières. Ou bien directement, si le Chroniste a consulté simultanément le livre canonique des Rois d'une part et sa source royale d'autre part. Ou bieû d'une façon médiate, si c'est la source royale ellemême qui, tout en puisant aux livres des Annales, a utilisé aussi le livre canonique des Rois. La source royale nous étant inconnue et ne se révélant à nous que par voie d'induction par l'étude que nous faisons des Chroniques, il n'est pas possible de conclure d'une façon plus précise, et nous devons en rester à l'alternative indiquée ci-dessus.

Ce qui est en tout cas certain, c'est que nous constatons à chaque pas dans les Chroniques l'influence, directe ou indirecte, du livre canonique des Rois, et notamment celle de son rédacteur et de sa tendance detitéronomistique. Elle se fait sentir jusque dans certains détails et certaines coïncidences que l'on peut relever sans réussir à les expliquer. Ainsi nous avons vu que dans le livre des Rois la formule usuelle de clôture à la fin des règnes, avec renvoi exprès aux Annales, fait défaut pour Achazia, Athalie, Joachaz, Jéconias et Sédécias. C'est précisément à propos des mêmes souverains, auxquels il faut encore ajouter Joram et Amon, que le Chroniste s'abstient, contrairement à son habitude constante, de renvoyer à ses sources.

Si l'on veut admettre que les sources prophétiques du Chroniste ne sont que les portions successives de sa source royale, il n'y a pas lieu de modifier à leur sujet la construction que nous venons d'esquisser. Si au contraire on tient à les considérer comme des ouvrages distincts, il faudra les faire intervenir comme ayant pour leur part contribué à alimenter le travail du Chroniste. Enfin la question des rapports

des midrascb avec les autres sources demeure forcément réservée. Il se peut qu'il y eût up midrasch (ou une série de midrasch) existant à côté des sources royales et prophétiques. Mais il se peut aussi que ces sources elles-mêmes aient été des midrasch et en aient parfois porté le nom.

Il importe de relever l'étroite parenté spirituelle qui a dû exister entre le Chroniste et les sources qu'il cite avec prédilection. Dans le livre canonique des Rois il en est autrement. Les sources (Annales, cycle prophétique, etc.) auxquelles puise l'auteur ne portent pas l'empreinte deutéronomistique qui caractérise les passages où il intervient lui-même. Il n'est donc pas malaisé d'opérer le partage. Mais dans le livre des Chroniques il règne une extraordinaire harmonie entre l'esprit de l'auteur et celui de ses devanciers immédiats. Nous avons indiqué plus haut quelles étaient les préférences, très accentuées, très exclusives, du Chroniste. Or elles ne lui appartiennent pas en propre ; elles ont existé avant lui dans l'âme de ceux qui ont fait la transition entre la littérature historique, préexilique ou exilique, d'une part, et, d'autre part, celle que nous possédons dans le livre des Chroniques.

Au fond, d'ailleurs, correspond la forme. Le langage du Chroniste est aussi celui de ses sources, et ce langage est des plus particuliers. On y rencontre, au point de vue du vocabulaire et de la syntaxe, de nombreuses expressions qui lui sont tout à fait spéciales, qui ne se présentent nulle part ailleurs dans l'A. T., ou seulement d'une façon sporadique dans l'un ou l'autre des écrits bibliques les plus récents, et qui en revanche reviennent avec insistance dans le livre des Chroniques (ainsi que, du reste, dans Esdras et Néhémie). Des listes ont été dressées qui font ressortir avec évidence, aux yeux des hébraîsants, ce fait important que nous devons nous borner à signaler ici d'une façon sommaire.

I 404. Le livre des Chroniques se divise en quatre parties: 1« D'Adam à Saûl (I 1-10). 2« Le règne de David (I 11-29). 3® Le règne de Salomon (II 1-9). 4® Les rois de Juda (II 10- 36). — La comparaison avec les livres antérieurs de l'A. T. étant fort importante, nous commencerons l'analyse de chaque partie par un tableau des passages parallèles.

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