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CHAPITRE VI Les livres d'Bsdras-Néliéinie et des Chroniques

I 398. Le recueil des Ketoubim renferme en dernier lieu les livres d'Ësdras, de Néhémie et des Chroniques. Dans Tancienne Bible hébraïque, Esdras et Néhémie ne formaient qu'un livre, et le livre des Chroniques n'était point partagé en deux, jusqu'à ce que, vers le commencement du xvi* siècle, on eût introduit dans les éditions imprimées de l'A. T. les divisions en usage dans la version des Septante et dans les diverses Bibles de la chrétienté *. Celles-ci en effet traitent Esdras et Néhémie comme deux ouvrages distincts, et elles font pour les Chroniques ce qu'elles ont fait pour Samuel et pour les Rois. Nous verrons en temps et lieu ce qui s'est passé pour Esdras et Néhémie. Quant aux Chroniques, la dimension de l'ouvrage a occasionné sa division, et il faut reconnaître que la coupure a été faite au bon endroit: le « premier livre » des Chroniques s'arrête avec la fin du règne de David, le « second > s'ouvre avec le règne de Salomon.

La différence que nous venons de signaler entre la Bible

^ Les ootes des massorètes sur le texte d'Esdras et de Néhémie se trouvent toutes réunies en un seul bloc après le second de ces livres; de même celles qui sont relatives aux Chroniques ne sont point divisées. Une indication rabbinique désigne 127 5 comme étant le verset du milieu du livre, ce qui prouve bien que Ton considérait comme une unité ce qui plus tard fut à tort envisagé comme deux livres distincts.

hébraïque et les nôtres n'est point la seule. A la suite des Alexandrins, TEglise chrétienne a pris l'habitude de placer les Chroniques, Esdras et Néhémie immédiatement après le Uvre des Rois, dans la série qu'on a coutume d'appeler les livres historiques de l'A. T. Dans le canon hébreu ces mêmes ouvrages sont classés parmi les Ketoubim. Cette divergence, qui est en rapport avec les deux conceptions différentes que les Juifs de Palestine et ceux d'Egypte ont eues au sujet du recueil biblique, n'a rien qui puisse nous surprendre. Mais elle se complique du fait, bizarre et imprévu, qu'ici les livres en question se suivent dans l'ordre chronologique normal (Chroniques, Esdras, Néhémie), tandis que là ceux qui relatent les faits les plus récents (Esdras et Néhémie) précèdent celui qui est consacré aux temps plus anciens (Chroniques). L'interversion, extraordinaire et en apparence injustifiable, qu'a opérée l'A. T. hébreu est d'autant plus étonnante que, comme nous le verrons, les Chroniques, Esdras et Néhémie ne formaient originairement qu'un seul ouvrage, dont les parties se suivaient selon l'ordre naturel de la chronologie. Pour s'en convaincre, il n'est pas même nécessaire de recourir aux nombreux et valables arguments fournis par la comparaison des méthodes employées, de la tendance, de la date probable, du caractère présumé de l'auteur, etc. ; il suffit de constater que le livre des Chroniques se poursuit, sans arrêt marqué, dans le livre d'Esdras, en sorte que la même péricope se trouve actuellement former à la fois la fin de l'un (II Chron. 36 22-23) et le commencement de l'autre (Esdr. 1 1-3).

Il y a donc là un problème d'histoire littéraire des plus curieux. La meilleure solution qu'on puisse en proposer consiste à admettre que la seconde partie de l'ouvrage a été détachée de la première et incorporée dans le recueil des livres saints parce qu'elle y comblait une lacune, aucun autre livre biblique ne racontant les destinées de la communauté juive après l'exil. La première partie, au contraire, aurait été mise de côté comme faisant double emploi avec Samuel et les Rois. Plus tard cependant on serait revenu sur cette décision et on aurait laissé, en fin de compte, la moitié initiale

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de l'œuvre rejoindre la moitié terminale, sans les replacer dans leur ordre primitif. Ainsi la place anormale qu'occupent les Chroniques, après un autre écrit qui est en fait leur continuation, nous fournirait un indice des oscillations surrenues dans Thistoire de la formation du recueil des Ketoubim.

Si nous nous en tenions strictement à Tordre des livres dans la Bible hébraïque, ainsi que nous l'avons fait jusqu'ici dans le présent ouvrage, il faudrait traiter d'abord Esdras et Néhémie et renvoyer à plus tard l'étude des Chroniques. On comprendra sans peine que nous nous sentions le droit et même le devoir de dévier ici de notre ligne de conduite habituelle. Si nous nous y décidons, ce n'est pourtant pas parce que la Bible grecque, latine ou française nous en donne l'exemple; c'est bien plutôt parce que, en faisant ainsi, nous revenons à l'état primitif des textes et à l'intention de l'auteur.

Non seulement nous analyserons en premier le livre des Chroniques, mais encore nous étudierons et discuterons les questions qui se posent à son sujet avant d'aborder l'analyse et l'examen d'Esdras et de Néhémie.

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