Adjonctions à Eatber
§435. Nous avons indiqué plus haut (II, p. 253) quelles étaient les données supplémentaires qu'on trouve dans les fragments apocryphes d'Esther et à quelles places ceux-ci s'intercalent dans l'ouvrage canonique. Nous avons également mis en lumière le motif qu'il faut sans doute assigner à leur composition, à savoir le désir de donner un caractère religieux à un livre qui en était ostensiblement dépourvu. Cette intention ne suffit pas, il est vrai, pour expliquer jusqu'aux moindres détails des additions. Mais il est aisé de comprendre qu'une fois engagés sur la voie des embellissements, l'auteur ou les auteurs des adjonctions ne se soient pas bornés à introduire l'élément religieux et qu'ils aient inséré çà et là certains traits qui leur étaient fournis par leur imagination ou par la légende.
Les adjonctions à Esther ont été écrites en grec. Certains critiques ont supposé qu'elles étaient, en tout ou en partie, traduites d'un original hébreu ou araméen, mais cette hypothèse paraît devoir être écartée. Les sémitismes qu'on ren-
contre sont de ceux qui caractérisent les auteurs juifs écrivant en g^rec. Flavius Josèphe ayant déjà connu les additions à Esther, celles-ci ont été composées au plus tard au début de Tère chrétienne; elles sont même probablement un peu plus anciennes. Elles ont vraisemblablement vu le jour en Egypte et non pas en Palestine. Rien ne prouve qu'elles soient l'œuvre d'un seul auteur : plusieurs mains peuvent y avoir collaboré. Il est possible d'ailleurs que, déjà avant d'être rédigées sous la forme où nous les possédons, elles aient été en circulation parmi les Juifs oralement ou peut-être même par écrit.
Il faut encore mentionner le fait assez singulier d'une note terminale, sorte de post-scriptum, qui se trouve à la suite du livre d'Esther dans la version des Septante, et qui est conçue dans les termes suivants : « Dans la quatrième année du règne de Plolémée et de Cléopâtre, Dosithée, qui disait être prêtre et lévite, et son fils Ptolémée apportèrent l'épttre cidessus qu'ils disaient être celle des < Phrouraï » (Pourim) et avoir été traduite par Lysimaque, fils de Ptolémée, d'entre ceux de Jérusalem >. Ces quelques lignes constituent, dans un sens, une < adjonction à l'Esther canonique » ; mais elles ne peuvent pas être rangées dans la même catégorie que les morceaux énumérés et examinés plus haut. En effet, elles doivent plutôt être considérées comme une remarque rédactionnelle destinée à fixer la date et les circonstances où une portion du livre d'Esther a été traduite en grec. Cette portion, c'est l'épttre relative à la célébration de la fête de Pourim. Or ce document rentre dans la catégorie des adjonctions composées en grec et qui n'ont pas eu besoin d'être traduites. On ne comprend donc pas quel peut avoir été le rôle du traducteur Lysimaque, ni pourquoi Dosithée et son fils sont censés avoir apporté seulement un fragment de l'ouvrage au lieu de la totalité. On ne voit pas non plus clairement d'où ils l'ont apporté et à qui ils l'ont remis. Les indications chronologiques sont également embarrassantes, car tous les rois de la dynastie des Lagides ont porté le nom de Pto* lémée, et parmi eux il n'en est pas moins de quatre qui ont