CHAPITRE PREMIER I168 Apocryphes
I 434. La littérature religieuse du judaïsme postexilique ne se compose point exclusivement des livres admis dans la Bible hébraïque. A côté de ceux-ci, beaucoup d'autres ouvrages furent écrits au cours des derniers siècles avant Fère chrétienne, ou plutôt avant la ruine de Jérusalem , car c'est cette dernière date qui marque la fin d'une période dans l'histoire du peuple juif. Ces écrits, que sont-ils devenus? Les uns sont perdus, mais d'autres subsistent encore et sont parvenus jusqu'à nous, sinon tous dans leur langue originale, du moins dans des traductions. L'étude de cette littérature judaïque est de la plus grande utilité pour quiconque s'intéresse aux livres de l'A. et du N. T. Il ne saurait en effet être indifférent de connaître les produits de l'activité littéraire au sein de la nation juive durant cette époque de transition qui précède l'avènement du christianisme.
Bien plus : au milieu de tous ces écrits, il en est un certain nombre qui ont eu un destin particulier. Ils ont été, suivant les temps, les régions et les milieux, associés aux livres canoniques ou pour mieux dire classés au même rang que ces derniers. Ces livres-là méritent tout particulièrement d'attirer l'attention de quiconque s'intéresse à la Bible. S'ils ne font pas partie intégrante du recueil sacré, ils ne lui sont pourtant pas entièrement étrangers. Ils ont figuré jadis dans les vieilles Bibles grecques et latines ; ils ont été lus publique-
ment dans le culte chrétien, cités et commentés comme faisant autorité par les Pères et par les docteurs de TEg^lise, officiellement reconnus pour canoniques par l'Egalise catholique romaine et par l'Egalise grecque orthodoxe; ils ont eu leur place dans les Bibles protestantes qu'on a éditées jusqu'à la fin du XVIII* siècle et que lisaient nos aïeux. N'y a-t-il pas là des motifs suffisants pour leur consacrer quelques recherches et quelque intérêt? Si, depuis un siècle environ, ils sont tombés dans uu oubli relatif au sein des Eglises protestantes, c'est là une erreur regrettable et une injustice qu'il faut réparer.
Quand nous décrirons plus loin la formation du recueil de l'A. T., quand, en d'autres termes, nous esquisserons l'histoire du canon, nous aurons à revenir sur la question des livres dits apocryphes, et nous verrons par quelles vicissitudes ces écrits ont passé. Pour le moment, nous n'avons pas à nous occuper de leurs destinées ultérieures, mais seulement à les passer en revue, en traçant de chacun d'eux une brève caractéristique. Nous ne les analyserons pas en détail comme nous l'avons fait pour les livres canoniques, et cela pour deux molifs : d'abord pour ne pas allonger démesurément les dimensions du présent ouvrage, et puis parce qu'il vient de paraître en français un livre consacré aux Apocryphes et dans lequel on trouvera l'étude circonstanciée et approfondie de tous ces écrits *.
Nous ferons rentrer dans notre examen les livres que l'on rencontre ordinairement dans les Bibles protestantes françaises dites « à Apocryphes ». Il en est, parmi ces écrits, qui, à parler strictement, ne devraient pas y figurer. Nous verrons quelle attitude ont prise à leur égard les Eglises romaine et grecque ; mais nous croyons devoir nous placer au point de vue de nos lecteurs et nous laisser diriger ici par les habitudes de nos pères *.
Quant au classement à adopter, les livres dits apocryphes
* L.-E.-Tony André : Les Apocryphes de V Ancien Testament, Florence
' C'est du reste ce qu'a fait Reuss dans sa traduction de la Bible, à laquelle nous renvoyons nos lecteurs, pour peu qu'ils désirent lire les Apocryphes dans une version plus intelligible que celles de nos vieilles Bibles.
ADJONCTIONS A E8THBR 405^
appartiennent à des genres très divers; on les répartit d'ordinaire en deux catégories, les ouvrages narratifs et les ouvrages didactiques. Cette division est satisfaisante et nous nous y rangerons volontiers. Mais nous croyons devoir, au préalable, détacher de l'ensemble des Apocryphes, pour en former une section à part, certains écrits qui sont en relation étroite avec quelques livres canoniques et qu'il est plus juste de considérer comme des adjonctions complémentaires plutôt que d'en faire des œuvres distinctes. Nous rangerons sous cette première rubrique les Adjonctions à Esther et à Da-^ nielj la Prière de Manassé, III EsdraSj la Lettre de Jérémie et le livre de Baruc. Puis, dans la section des livres narratifs, nous aurons /, // et /// MaccabéeSy Judith et Tobitj et dans celle des livres didactiques V Ecclésiastique et la Sapience.