Adjonctions à DanieL
% 436. Les morceaux à mentionner ici sont au nombre de cinq, et peuvent se diviser en deux catégories distinctes.
A la première appartiennent ceux qui sont en rapport étroit avec l'ouvrage canonique et que l'on ne saurait envisager isolément. Tels sont la Prière d'Azaria et le Cantique des trois jeunes Hébreux dans la fournaise. L'un et l'autre, il est vrai, comme nous l'avons vu plus haut (II, p. 295-396), n'ont sans doute pas été composés tout exprès pour figurer à la place qu'ils occupent ; c'étaient des psaumes, des prières existant à l'état de pièces séparées, et qui, au moyen de quelques lignes d'introduction, ont été adaptées à la circonstance. On trouvait probablement étrange que, dans la position terrible où ils étaient, Azaria et ses compagnons fussent demeurés silencieux et n'eussent pas exprimé à haute voix leurs sentiments de confiance en Dieu. On y a suppléé par l'insertion de ces deux poèmes. Toutefois, Ton ne peut pas dire que le choix ait été particulièrement heureux. La pensée se meut dans les généralités; les préoccupations du poète paraissent se rapporter aux destinées du peuple juif dans son ensemble plutôt qu'à une situation déterminée. Il se peut fort bien que ces deux cantiques aient été originairement rédigés en grec ; mais il est également admissible qu'ils aient d'abord existé en hébreu. L'analogie qu'ils présentent avec la version grecque des portions canoniques tendrait à faire accepter
la supposition d'un original hébreu : un même traducteur aurait fait passer en grec le livre canonique et les adjonctions apocryphes. Si Ton ne veut pas se ranger à cette hypothèse, il faut du moins reconnaître que Fauteur de la version des parties canoniques a retouché les fragments apocryphes et les a marqués de son empreinte.
Le cantique d'Azaria renferme (38) un passage significatif,, permettant de préciser la date de ce poème. « Dans le moment présent, y lisons-nous, il n'y a ni chef, ni prophète, ni conducteur, ni holocauste, ni sacrifice, ni offrande, ni parfum, ni lieu pour apporter les prémices devant toi et pour trouver miséricorde. » Ces mots très clairs paraissent faire allusion à la période pendant laquelle Ântiochus Epiphane suspendit le culte du temple (168-165). En revanche, dans le Cantique des trois jeunes gens dans la fournaise, plusieurs détails sont de nature à faire penser que le temple avait été rouvert et que, par conséquent, ce poème est d'une date quelque peu postérieure au précédent.
Une seconde catégorie comprend trois récits dont Daniel est le héros, mais qui sont sans lien avec les narrations du livre canonique. Le premier de ces épisodes est intitulé V Histoire de Susanne. 11 raconte la dramatique aventure de Susanne, femme remarquable à la fois par sa piété et par sa grande beauté et qui fut accusée d'adultère par deux vieillards, occupant de hautes fonctions au sein du peuple. Ils étaient tous deux épris de Susanne, et, ne pouvant l'amener à céder à leur coupable passion, ils portèrent un faux témoignage contre elle. Le tribunal devant lequel elle comparut la déclara coupable et la condamna à mort, malgré ses protestations d'innocence. Comme elle invoquait le secours de Dieu, le jeune Daniel intervint, obtint que le procès recommençât, interrogea séparément les deux accusateurs, les amena à se contredire et réussit ainsi à faire acquitter Susanne, tandis que les deux faux témoins subissaient à leur tour la sentence capitale.
Ce récit, tel qu'il nous est parvenu, renferme certaines invraisemblances et contradictions de détail. Cependant, l'anecdote en elle-même n'a rien d'inadmissible, et Ton peut