‹ Introduction a l'Ancien TestamentChapitre 48 sur 115 · ADJONCTIONS A DANIEL · texte numérisé non relu

ADJONCTIONS A DANIEL

sans difficulté croire qu'un incident de ce genre s'est produit en réalité. La question d'historicité demeure donc ouverte. Gomme beaucoup d'autres récits de l'A. T. et du livre de- Daniel en particulier, cette petite narration paraît avoir pour but de montrer que Dieu n'abandonne pas ceux qui se confient en lui et qu'il délivre les innocents en confondant leurs adversaires. Si le personnage qui survient avec tant d'à-propospour sauver Susanne est identifié avec Daniel, c'est sans doute dans le but de faire ressortir la merveilleuse sagesse dont celui-ci était doué.

Il n'est pas probable que l'Histoire de Susanne ait été écrite en hébreu. On y rencontre des jeux de mots qui s'expliquent par l'emploi du grec. S'il s'agissait d'une version, il faudrait admettre que le traducteur a réussi à reproduire en grec les particularités de l'original sémitique, ce qui n'est guère vraisemblable. Il est donc naturel d'assigner à ce conte^ une origine alexandrine. On peut supposer qu'il date du ii^ ou du i*' siècle av. J.-C. Peut-être Daniel n'y figurait-il pas à l'origine, et ce récit n'a-t-il été introduit qu'après coup dansle cycle des écrits consacrés à ce personnage.

Les deux autres narrations qu'il reste à étudier se rappor* lent au contraire à la situation que Daniel occupait à la cour de Babylone, et sont par conséquent liées étroitement aux données du livre canonique.

UHîstoire de Bel fait connaître l'ingénieux stratagème imaginé par Daniel pour démasquer la supercherie mise en oeuvre par les prêtres du faux dieu. Ceux-ci réclamaient pour leur temple, jour après jour, des aliments en abondance que le dieu était censé manger. Le roi, désirant fermer la bouche aux insinuations de Daniel, fait sceller la porte du temple. Le lendemain, les vivres ont pourtant disparu. Mais comme Daniel avait fait répandre de la cendre sur le sol, on y découvre de nombreuses traces de pas aboutissant à une portesecrète. Les prêtres, convaincus d'imposture, sont mis à mort; le temple et l'idole sont détruits.

U Histoire du dragon fait suite à la précédente; elle parled'un serpent gigantesque qu'on adorait à Babylone et que Daniel réussit à empoisonner. Irrités de cette mort, les Ba-

byloniens forcent leur roi à faire jeter Daniel dans la fosse aux lions. Daniel, épargné par les bétes féroces, est miraculeusement nourri par le prophète Habacuc qu'un ange transporte à cet effet de Judée à Babylone (comp. plus haut, I, p. 626). Le septième jour, le roi, étant venu à la fosse aux lions, y trouve Daniel vivant, l'en retire avec joie et y fait jeter à sa place ses ennemis.

L'un et l'autre de ces récils ont une intention polémique : ils veulent combattre le paganisme en le ridiculisant. Ils ont sans doute été composés en Egypte au cours du ii* ou du i^ siècle avant l'ère chrétienne, et selon toute probabilité en grec. Dans la version des Septante, ils sont précédés d'un titre qui les présente comme tirés « de la prophétie d'Habacuc, fils de Josué, de la tribu de Lévi ». Cette mention peut donner naissance à certaines conjectures; on peut en particulier se demander s'il n'existait pas un ouvrage pseudépigraphe attribué à Habacuc, et qui, outre les deux récits en question, aurait renfermé d'autres éléments encore. L'Histoire du dragon a emprunté au livre canonique de Daniel l'épisode de la fosse aux h'ons ; elle a ainsi, à côté de sa portée polémique, un but édifiant, analogue à celui que nous indiquions tout à l'heure pour l'Histoire de Susanne.

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