‹ Introduction a l'Ancien TestamentChapitre 51 sur 115 · III Eadras · texte numérisé non relu

III Eadras

Ici, il semble que nous ayons affaire non plus à des adjonc» tions apocryphes, mais à un véritable livre, figurant en entier dans la collection des écrits extra-canoniques. Toutefois, il faut éviter de juger sur les apparences. En réalité, TEsdras apocryphe ne renferme qu'un petit nombre de pages qui lui appartiennent exclusivement et il est formé, en majeure partie, de morceaux qui figurent aussi dans certains livres du recueil hébreu. En voici la liste :

III Esdr.

Il Chron. 35 1-36 21.

Esdr.

Esdr.

Esdr.

Esdr.

Néh.

Il ne faudrait toutefois pas croire que le texte de cet ouvrage soit tout à fait identique à celui des passages correspondants des autres livres bibliques. Il diffère de la version grecque des Septante et s'écarte notablement de l'original hébreu. Divers indices tendent à faire admettre qu'une traduction grecque de l'œuvre du Chroniste avait été faite d'une façon indépendante, antérieurement aux travaux des Septante» C'est à cette version-là qu'aurait puisé le compilateur de III Esdras. Il aurait eu pour but de rassembler les principales données relatives à la restauration, ce qu'indique avec justesse l'ancienne traduction latine (Vêtus Latina)y qui intitule cet ouvrage : De iempli restitutione. En rédigeant cette compilation, l'écrivain paraît avoir été guidé dans son choix de textes par quelque préoccupation spéciale, mais il est difficile de discerner quelle elle pouvait être. On ignore d'ailleurs quel but il assignait à son œuvre, s'il la destinait à ses concitoyens, ou bien si, comme on l'a supposé, il voulait la présenter à quelque monarque étranger, à l'un des Ptolémées peut-être ou des Séleucides, si ce n'est pas faire remonter trop haut la date de cet écrit.

Celui-ci nous est-il parvenu en entier? C'est ce que l'on est

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conduit à se demander. Le possédons-nous tel que son auteur Ta composé, ou bien seulement d'une façon tronquée? Le livre commence au milieu de l'histoire du règne de Josias par le récit de la célébration de la Pftque. La fin de l'ouvrage est •encore beaucoup plus abrupte, car la narration s'arrête brusquement, laissant une phrase à moitié achevée; il semblerait vraiment que la dernière partie ait été enlevée après coup, à moins qu'on ne préfère admettre que l'écrivain a été interrompu dans son travail et n'a pu le terminer.

Si III Esdras ne renfermait rien d'autre que les chapitres indiqués ci-dessus, parallèles à quelques fragments des Chroniques, d'Esdras et de Néhémie, cet écrit devrait être simplement envisagé comme une autre version grecque de l'original hébreu, distincte des Septante. Ce qui lui donne un caractère plus autonome et en fait, dans une certaine mesure, un ouvrage à part, c'est qu'il renferme (3 i-5 6) un récit totalement étranger aux narrations canoniques : Y Histoire des pages de Darius.

Voici le thème de ce conte, qui est présenté avec art et d'une façon attrayante. Il s'agit d'une sorte de joute ou de concours où trois pages du roi Darius font assaut d'esprit : chacun d'eux énonce ce qui est à ses yeux le plus puissant, et justifie son assertion par un discours. Le premier se prononce pour le vin ; le second nomme le roi ; le troisième enfin, après avoir vanté les femmes, place encore plus haut îa vérité. C'est ce dernier, le Juif Zorobabel, qui obtient le prix; invité à demander une faveur, il réclame du roi l'accomplissement d'une promesse faite autrefois par Cyrus, et renouvelée naguère par Darius lui-même, concernant la restauration <de Jérusalem et du temple et la restitution des vases sacrés. Ensuite (5 i-e) le récit décrit les préparatifs du voyage qu'entreprennent, pour rentrer en Judée, les déportés conduits par le prêtre Josué et par le fils de Zorobabel.

Il est à peine nécessaire de faire remarquer le désaccord entre cette narration et celle de l'Esdras canonique, reproduite tirailleurs, mais dans un ordre différent, par III Esdras. Ces deux ouvrages attribuent, l'un comme l'autre, l'édit de restauration à Cyrus, et placent sous son règne l'entrée en scène

de Josué et de Zorobabel. Le conte des trois pages doit donc être considéré comme une composition fantaisiste, sans portée historique et poursuivant un but d'enseignement moral. Il se peut même fort bien qu'on racontât l'histoire d'une joute entre les trois pages d'un souverain avant d'avoir songé à identifier ce roi avec Darius !•' et l'un des jeunes gens avec Zorobabel. Rien dans cette narration ne fait supposer qu'elle ait été primitivement écrite en hébreu ; il semble au contraire qu'elle a été rédigée en grec. L'auteur de III Esdras a jugé intéressant de l'incorporer à son œuvre. Nous ignorons totalement à quelle source il l'a empruntée.

Quant à la péricope concernant le voyage des déportés, elle paraît être d'une autre provenance que l'Histoire des trois pages. En effet, elle fait intervenir le fils de Zorobabel, alors que d'après le récit précédent Zorobabel lui-même est un jeune homme. En outre, ces versets paraissent être une traduction de l'hébreu. Leur texte original ne se rencontre toutefois nulle part dans les écrits de la Bible hébraïque, et leurs données sont en désaccord avec celles du passage parallèle de l'Esdras canonique.

On peut dire, d'une façon générale, que l'existence même du livre appelé III Esdras et les conditions dans lesquelles il se présente à nous soulèvent diverses questions embarrassantes, auxquelles on n'a pas donné jusqu'ici de réponse satisfaisante.

III Esdras, y compris l'épisode des pages de Darius, a été largement utilisé par Flavius Josèphe^ Sa rédaction doit donc être sensiblement antérieure à cet écrivain, et remonte probablement à la même époque que celle des adjonctions à Esther et à Daniel. Il n'y a guère lieu de douter que son auteur soit un Juif alexandrin, écrivant au ii* ou i* siècle av. J.-C.

Dans l'église romaine III Esdras n'est pas canonique; il l'est seulement dans l'Eglise grecque. On lui a donné le nom de III Esdras, parce que l'Esdras canonique et le livre de Néhémie comptent comme I Esdras et II Esdras. Il est même

^ Lorsque la leçon de III Esdras diffère de celle de ses parallèles canoni-^ ques^ Josèpbe lui accorde volontiers la préférence.

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arrivé, et il arrive encore parfois, qu'on fasse à Touvrage extra-canonique dont nous parlons l'honneur de le désigner comme I Esdras; c'est ce qu'on fait dans les éditions de la version des Septante, et cet exemple est suivi par les Anglais. Il importe donc d'être mis en garde contre les confusions qui résultent de cette nomenclature vacillante et embrouillée. Comme le livre en question ne, figure pas dans la Bible hébraïque, mais seulement dans l'A. T. alexandrin, on emploie aussi quelquefois pour en parler le terme d'Esdras grec. Cette expression est assez commode, mais elle risque à son tour de créer une équivoque, car il existe naturellement aussi une version grecque de l'Esdras canonique. Pour écarter tout malentendu, on a proposé d'adopter le nom de Pseudo-Esdras, mais ce terme ne serait pas d'une parfaite exactitude. Enfin, on a cru longtemps que III Esdras avait porté autrefois le titre d' « Esdras le prêtre »; mais il a été reconnu que c'était là une erreur, et que cette qualification était employée aussi bien pour l'Esdras canonique que pour l'Esdras apocryphe.

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