VII. I.A.NGI.F..S DK LA KTOION SLKKRIENNE
Les oLscrvations que nous avons faites en })arlant de la classification des langues transgangcîiques, taitares, etc., etc., et les raisons que nous avons exposées clans le chapitre premier, nous dispensent de motiver celle que nous avons adoptée ])0ur les idiomes sibériens. Nous croyons cependant devoir faire quelques remanjues, tant sur la dénomination que nous avons donnée à quelques-uns de ces idiomes, que sur d'autres olq'cts qui ne pouvaient pas être exposes dans le tableau.
Nous avons nommé langue c/uissou-o (127) l'idiome des Sanioyèdes occidentaux , parce que presque toutes i*eurs tribus reconnaissent cette dénomination générale , qui veut dire /lojiujzes.
Le voyageur n;îturaliste Georgi , et le savant géographe M. Hassel placent les Yonrazes ou Yoiirakes (127) entre le lana et le Kolyma , en ajoutant qu'ils demeurent euti^c les Youkaghires, tandis que M. Klaproth, dans son Asia Poly- 'flotta , leur assigne pour demeure la côte qui s'étend entre le Ienisseï et l'Oby. Le temps ne nous permettant pas de faire les recherches nécessaires pour nous décider entre deux opinions si diffcrentcs , nous avons suivi provisoirement celle de ce savant polyglotte . dans la supposition extrêmement probable qu'il n'a rien ncgligé pour déterminer exactement la position qu'occupent les nombreux })cuplcs qu'il a entrepris de classer d'après les différentes langues qu'ils parlent.
La position centrale des Samoyédcs de Narym à l'égard de ceux du Tim et du Ket, et l'importince relative de cette petite ville au milieu des solitudes sibériennes, nous ont engagé, faute d'une meilleure dénomination générale, à réunir sous le nom de langue narym (i3i), les trois dialectes sam'oyèdes de Narym, du Tim et du Ket.
A regard des Soyotes , nous avons cutièrcmenl adopté l'opinion de M. Klaproth, en les plaçant parmi les peuples sa-
OBSERVATIONS SUR I>t;S LANG. ASIATIQUES. l'.jy
moycdcs; mais ayant considvîrc comme da lani^ues so:urs les prétcnthis dialectes las, mirym,laak, etc. , etc., et ne trouvant ajipuyéc sur la comparaison d'aucun vocabulaire ropinion que le soyote (i35) et l'ouri-inkliaï (i56) soient deux dialectes d'un même idiome, nous avons cru qu'il valait encore mieux les regarder comme deux langues sœurs. Les difTcrenccs très cojisidcraLlcs qu'on oLscrvc entie les prétendus dialectes samoyèdes, même entre ceux qui paraissent s en rapprocher le plus, et auxquels pour cela nous avons retenu cette qualincation , viennent à l'aj^.pui du parti que nous avons pris. Gcpendanl , afin qii'on ne nous accuse pas de trop multiplier le nomLio des idiomes, nous avons suivi la conjecture de M. Klaproth à l'égard du motore et du. taï^i; que noiis avons rej^ardé aA'cc lui comme deux dialectes de l'ouriankhaï.
C'est aussi d'après ce savant philologue que nous avons nomme fci mi lie ienisseïles préfendus dialectes des peuplades que M. Klaproth le premier a su classer ethnographiqucmcnt , faisant disparaître la confusion qui régnait avant la puLlication do son ^sia Polyglottaj et qui occasionait les plus grandes méprises, en mêlant enseml)le des tribus appartenant A trois races, aussi distinctes que le sont la finnoise, la icnisseï et la siimoyèdc.
Dans la famille koryckc, nous avons classé sous le nom de Koriahe de Pallnsy les prétendus dialectes des Tclioulctcliea de Pallas, des TchoiiLlc/ies des Rennes de Steller , et des TcliGuktches des Rennes de jllerk. Il nous semblait al)surde de retenir ces trois dénominations erronées, dans une classification basée entièrement sur la parenté des langues. Si nous avions agi autrement, nous aurions signalé à nos lecteurs des analogies là où il n'y en a aucune , si ce n'est celles offertes par la manière de vivre de ces peuples, qui est commune à beaucoup d'autres.
JNious avons rédigé les articles des langues kourilienncs (i5î , i52 et i53), entièrement d'après M. J. Klaproth , dont Tim-
l58 INTRODUCTION, CHAPITRE III.
mense criiditiou devait nous inspirer toute la confiance, noujréservant à examiner, lorsque nous aurons plus de loisir, jusqu'à quel point la langue japonaise a étendu son influence sur l'idiome iesso (lôa), qui, d'après M. Golownin , serait mêlé de beaucoup de phrases et de mots japonais.
En donnant à la Sibérie ses limites naturelles, qui sont TOurai à l'ouest, et les mers de Behring et d'Okhostsk à l'est, nous avons trouvé que la dénomination de sibériens pouvait assez bien convenir aux idiomes que nous avons réunis pour en former le groupe des langues sibériennes. Ne pouvant pas partager l'opinion du savant voyageur M. Golownin, qui considère les Aïnos ou Kouriliens comme parlant une langue sœur de la japonaise, quoique très différente, parce qu'elle est démentie par la comparaison des vocabulaires publiés dans VAsia Polyglotta, nous nous sommes rangé du côté de M. Klaproth, et nous avons formé la famille kourilienne des prétendus dialectes kouriliens, que nous avons classée parmi les langues de ce groupe. La position occupée par ce peuple sauvage, dont une partie demeure même sur le continent, à l'extrémité du Kamtchatka, et sa manière de vivre, justifient la place que nous lui avons assignée.
Nous avons profité de l'espace que nous laissaient les langues incultes de ces peuples barbares, sur lesquelles nous n'avions rien à dire après avoir indiqué la position qu'occupent ceux qui les parlent, pour tracer une rapide peinture de la Sibérie et des progrès étonnans que l'infatigable activité des Russes secondée par une suite de souverains aussi éclairés que sages, ont fait dans cette région inhospitalière, oii ils avaient en même temps à combattre l'ignorance et la stupidité de ses habilaus et la rigueur d'un climat affreux qui leur opposait des obstacles presque invincibles. Les nombreuses expéditions maritimes parties des ports de la Sibérie orientale , et dont le résultat a été la reconnaissance successive des côtes de cette extrémité de l'Asie et de celle des côtes opposées de l'Améri-
OBSERVATIONS SUR LES LANG. ASIATIQUES* lôQ
T|uc; l'clat florissant de la compagnie Russe d'Amérique, dont le comptoir principal est à Irkontsk , et dont la plupart des arnacmcns se font à Okhotsk ; celui du commerce avec la Chine , dont les deux places principales sont à Kiakhta et à Zouroukhaïtou , et qui devient tous les ans plus important ; les gymnases et les séminaires de Tobolsk et d'Irkoulsk , l'école des mines à YekatcrinLourg, l'école militaire de Tobolsk, celle de marine et de langue japonaise à Irkoutsk ; l'école supérieure pour les prétendus Tatares ou Turks de Tobolsk ; un grand nombre d'écoles élémentaires établies dernièrement dans presque tous les villages au milieu des solitudes sibériennes ; la bibliothèque publique d'Irkoutsk , les imprimeries de Tobolsk , d'Irkoutsk , et de Yekaterinbourg ; les tanneries et les fabriques de savon de Tobolsk, d'Irkoutsk et d'autres villes; la manufacture de draps d'Irkoutsk ; la fabrique d'instrumens de chirurgie pour l'armée et la flotte a. Tobolsk , ainsi que la verrerie d'Irkoutsk attestent et les progrès que fait la civilisation dans ces régions éloignées et la vérité de la peinture que nous en avons tracée dans l'introduction aux langues de ce groupe. L'assertion de quelques auteurs estimables et celle d'un savant géographe, que l'agriculture est stationnaire en Sibérie ^rious oblige à appuyer par des faits ce que nous avons dit à ce sujet dans l'introduction. Il nous semble que c'est la meilleure manière de réfuter cette opinion , et nous le faisons par le tableau cidessous, qui offre la récolte des grains d'hiver et d'été, faite en 1802 et 1808 , dans les trois gouvernemens qui forment la Sibérie , et auxquels nous avons ajouté ceux de Perm et d'Orcnbourg , parce que leur partie à l'est de l'Oural appartient
à cette région.
Récolte de 1802. Récolte de 180S,
Tobolsk et Tomsk . . . . a,663,59i .... 4,639,2o3
Irkoutsk 574,543 .... 669,177
Ovenbourg 3,371,799 .... 4,345, ii5
Perm i,63i,963 .... 2, 5i 1,755
Total. . 8,241,896 Total. . i2,i65,25o
ï6o Introduction, chapitre m.
Nous ajoutons le tableau suivant qui offre le produit des tnines d'or, d'argent , de cuivre, de pîoml) et de fer de la Sibérie , pour justifier la déiionilnation que nous avons donnée a celte région de Ptroiide l'en pire Russes C'est le résultat de l'important travail fait par M. Hcrmann , et publié en 1810. Le poud est un poids russe qui équivaut à 33 y livres de France.
Une grande partie des produits des mines de fer du gouvernement de Pcrm appartient gcographiqucracnt i\ l'Europe , parce qu'il est exploité dans les mines qui se trouvent sur le versant occidental de la cbaîne Ouraliquc , qu'on peut à toute rigueur appeler monts jnètalliques , à cause de l'immense quantité de métaux, qu'ils contiennent. INous ajouterons qu'on vient d'y découvrir sur le versant oriental de nouvelles mines d'or, qui, pour la richesse et l'abondance du produit, surpassent non-seulement toutes celles de ]a Russie , mais niême toutes les autres exploitées actuellement en Europe, comme on peut le voir par le produit de ces dernières années que nous avons ajouté au tableau.
TaIÎLEAU nu PIÎODL'IT Dî;f. MINES DE LA SlliKrvl.F. , EN 1 S 1 0.
Oa. 4i pouds , If) livres.
]3e3 mines cic rOiiral dt'couvtrl'^s
(Icrnicrcmcnt ; en iS?.?.. ... 20 «
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Ap^GEKT l,25o 18
CUIVIIF. 186,667 J)
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