‹ Introduction à l'atlas ethnographique du globeChapitre 25 sur 84 · VI. GROUPE DES LANGUES TARTARES · texte numérisé non relu

VI. GROUPE DES LANGUES TARTARES

La classification des langues d'aucune autre région ne nous a tant embarrassé que celle du groupe des langues tartares. Il en devait être ainsi, puisque nous ne pouvions classer ces langues d'après le plan uniforme que nous avons pris pour base de nos classifications, sans être en opposition avec un grand philologue, qui dernièrement a fait de ces idiomes le sujet de ses savantes recliercbes, et avec un autre non moins savant, qni vient de nous donner la classification de presque tous ceux de l'Asie. Après avoir longuement réfléchi sur les principes et sur les faits que nous avons exposés dans notre chapitre premier , et surtout après avoir relu et médité ce que M. Âhc\ Remusat dit relativement aux différences existantes entre le mandchou et les dialectes toungous, entre le raoncol et Volet ,

OnSERVATiONS SUR LES LANG. ASIATIQUES. l45

entre l'osmaiili et l'oiiigour. uous avons cru que nous |)0uvions, sans crainte de nous troin[)cr, considérer les trois langues mandchoue, mongole et turkc, comme trois familles difi'ércntcs, et regarder comme des langues sœurs quelques-uns f^*-^

de leurs prétendus dialectes, réservant cette qualification pour jbt*^^^'^'^ ceux de ces derniers qui nous paraissaient la mériter de préférence. Après avoir adopté ce principe général, qu'aucun de nos lecteurs ne pourra désapprouver, après avoir examiné les faits qui lui servent de hase, voici de quelle manière nous avons procédé à la classification des idiomes appartenant à chacune de ces trois familles, travail dans lequel nos guides principaux ont été \ç.^ Rec/mrcJies sur les Icuigiies tar tares ^ de M. Abel Remusat, ç.\X Asla -polyglotta , de M. Klaproth; ouvrages que nous avons toujours compaici cnsemLle , afin de suppléer par l'un ce qui pouvait manquer à l'autre.

IS'ous bornant à indiquer simplement les Thou-hou-liocu et les Jouan-JoLian jW^\\Q\\s très peu connues,; et dont la seconde, vu l'état de nos connaissances, peut être aussi bien clas- ' * sée parmi les peuples toungous que parmi les mongols;; nous avons considéré le hh'i-tan et le niu~tchi j parlés jadis par ' deux puissantes nations toungouscs , comme deux langues soû'-irs éteintes depuis long-temps, et appartenant ijicontestnblement à la famille toungouse. Ensuite, par les raisons expo- '• n^n^^rf^secs daus le chapitre premier, nous a-\ ons regardé le mandcliou ^ et ie toungouse comme dciix langues sœurs, dans la seconde"^ f desquelles nous avons compris tous les dialectes indiqués comme tels par MM. Klaproth et llcmusat. A l'égard du mandchou /- (i]()), nous observerons que ravant-dernier empereur Kioulong fit composer de nouveaux mots tirés des racines de cette langue, pour remplacer la grande qîiantité de ceux que i'ou ^'- r" avait empruntés aux Cliinois, pour exprimer une foule d'idées >'7"'7 que le ])cu de culture des Mandchoux ne leur ])orm('l(air pas d'avoir. Ce travail fut exécuté par un comité de Mandchoux les plus savans dans leur langue, qu'il fit venir de la Mr.nd-

l46' INTRODUCTION, CHAPITRE lïl.

choiirie, et qui publia en 1777 un dictionnaire mandcliouchinois, 011 Ton trouve 5, 000 mots nouveaux. Tout employé M>,»-,' '' public doit le suivre dans ses écrits, sous peine d'encourir des

punitions corporelles, s'il vient à se servir des vieux mots chinois précédemment en usage.

C'est d'après les résultats des sav^autes recherches faites par M. Abel,Remusat sur la dénomination de tatare, résultats r^yf admis par M. Klaproth dans son Asia Polyglotfa , et dans

s^% mémoires relatifs à l'Asie, 'que nous avons restreint la dénomination de tatare à la famille mongole, qui est la seule à laquelle elle convienne. Les différences qui existent entre la grammaire mongole et la grammaire olete oukalmouke, signalées par M. Abel Remusat, et celles qui ne peuvent manquer d'exister entre ces deux idiomes polis et écrits depuis longtemps, et l'idiome inculte des Bourets, nous ont engagé à par- »^ tager la famille Tatare en trois langues : la tatare propre ou

mongole, l'olete ou kalmouke et la bourete.

La classification des idiomes turks et de leurs nombreux dia-

'T'ilA- lectes offrait des difficultés bien plus grandes, à cause de la

• presque identité des mots présentée par la plupart des idiomes

que parlent les peuples de cette race, et de 1 ignorance presque

absolue oii nous sommes à l'égard de la grammaire de presque

toutes ces langues, qu'avec trop de précipitation peut-être on

a considérées comme de simples dialectes d'un seul et même

idiome. Les différences essentielles dont M. Abel Remusat a si

4-/!n^vav, savamment démontré l'existence entre la grammaire ouigoure

et celle de l'osmanli ou ottoman ; celles qu'il laisse entrevoir

entre la grammaire de ce dernier idiome et celle du prétendu

^ i(ÀA.-iyL«.r- dialecte tchakhatéen , ne nous permettaient pas raisonnable-

■ . U^ ment de faire une seule langue du turk , et exigeaient de nous

que nous en fission:; une famille. Mais , indépendamment des

^^■t^^ v différences grammaticales, plusieurs de ces prétendus dialectes

, x turks en offrent déjà assez d'autres dans la masse de leurs mots,

4^iL<.t~ pour nous obliger à les regarder comme des langues sœurs. Eu

effet, le nogaïs et le tclioulym sont mêlés de mots mongols et / <* J^'rJ* ,^ d'âutres langues; le yakoutc, qui est pour ainsi dire perdu au >. ^a^^a*»'^ milieu des nations les plus incultes de la Sibérie, est un turk très corrompu; quoique, par une singularité digne de remarque , on y trouve beaucoup d'expressions turkes anciennes , '■'■^ a^i^Ki qu'on clierclicrait en vain dans Vosm.anli, dans le turk de Kasan et d'autres idiomes polis de cette famille. Nons savons que ^^ : les prétendus dialectes tartares de la Sibérie méridionale sont ^^' tous plus ou moins mélangés de kalmouke et de samoiède> et /^*"*^ que le tcliouwache, qu'on ne considère que comme un simple '^^^''^**^ dialecte turk, contient plus d'un tiers de sts mots, qui sont d'origine (innoise.

Par des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici , et qui se trouvent indiquées dans le cliapitrc premier, nous avions considéré^comme autant de langues sœurs ^Ics idiomes parlés jadis <^^ ^ ^ par les llioung-nou, les Thou-Kioueï, les Hoeï-hou, les Sel- Â{ùJi ^ joucidcs, les Patzinaks et les Koraans. Nous avions ensuite regardé comme des langues sœurs vivantesTosmanli, l'ouigour, 'ti::::jét^.'^ ' le tchakliatécn , le kaptcbak, le kirgbis, le turkoman, le can- cM^-^-»'^^'^^ case-danubien, l'aiistro-sibérien, le yakoute et le tcliouwacbe. C'est sous ces dix idiomes que nous avions classé tous les nombreux dialectes indiqués dans l'Asia Polyglotta , en basant notre classification sur ce que l'auteur de ce savant ouvrage nous dit relativement à leur analogie ou différence, et en comparant soigneusement entre eux les abondans vocabulaires qui forment une des parties les plus importantes de ce savant travail.

Telle était la classification que nous avions faite des idiomes turks, lorsque, ayant soumis notre travail au savant professeur de langue turke, M. Jaubcrt, afin de pouvoir, aidés de ses lumières et de sou expérience, le rendre plus complet et ^tPau^ â moins inexact, on nous a engage à réduire les dix langues que ' ^yy-^UlsA nous venons de nommer, à trois seulement, savoir : à la turke '^j*^'Kr^ propre , à la yakoute et à la tcliouwacbe. Comme l'opinion d*un %? Ji^

l48 INTPxODUGTION, CHAPITRE lil^

savant Yoyrigcnr, qui a eu souvent occaiiion d'entendre parler j^Iiisieurs de ces idiomes tiuks, et qui possède en même temps toutes les connaissances qui sont le résultat des recherches particulières qu'il a faites sur ce sujet et sur la grammaire turkc, qu'il a sv. sihien débarrasser de ses difficultés, devail éirepour nous d'un grand poids, iious avons cru devoir adopter son avis. • Nous avons, eu conséquence, fait une seule langue des sept

premiers idiome s turks nommés ci-dessus, en les classant comme autant de dialectes principaux , et nous avons regardé comme des sous-dialectes les dialectes dans lesquels nous avions subdivisé chacune de ces langues sœurs.

ÎVous devons maintenant justifier les dénominations que nous avons donne es à quelques-uns des dialectes principaux >«-j<'»X«*-^ /.de la langue tuike. Nous avous nommé kajjlc/iak celui l%j^^ '■ ' que parlent les prétendus Tatars purs àcs géographes allemands, parce qu'aucune dénorainaîion générale ne nous a paru mieux convenir que celle-ci aux nombreuses peuplades turkes, que l'affinité manifeste de leurs dialectes nous obligeait à mettre ensemble, et qui presque toutes vivent dans des contrées jadis soumiîjcs au puissant empire du Kaptchak. Par la t. racrac raison, nous avons appelé austro-sibérien le dialecte principal sous lequel nous avons réuni tous ces nombreux sous-dialectes turks, plus ou moins corrompus, et mêlés de mots tatars et samoyedes, qui, à l'exception du tchoulym , sont parlés dans la partie méj;idionale de la Sibérie. Nous avons 3 icuni aussi fous la dénomination de caucase-danuhien les trois sous -dialectes des Basians, des Koumuks et des Nogaïs, qui ont entre eux une graiidc affinité, et dont aucun, soit sous le rapport historique, soit sous le rapport de la langue elle-même, ne nous paraît mériter de donner son nom aux deux antres. La i\liwç,\m\yù,\\(^x\ caucase-danuhien 3 qui n'im})liquc aucune idée de supériorité ethnographique, convient jusqu'à un certain point A ces trois peuples, dont les deux premiers h..bilcnt maintenant la région du Caucase, et le troisième est répandu

OBSERVATIOXS Sl'R LES LANG. ASIATIQUES. 1^9

depuis l'cxtrrinilc orientale de rislhme caucasien j i.sf[c'aux 1)0 11 elles (lu Danube. D'ailleurs, en rcunissaat de la sorte ces trois sous-dialeclcs pour en lairc un dialecte principal , nous avons évité l'inconvénient de les classer comme sous-dialectes avec d'autres dialectes principaux , avec lesquels ils auraient eu peut-être moins d'afllnité , sans offrir l'avantage d'un groupe géographicpie assez Lien caractérise. Nous avons retenu le nom -? de titrhoinan pour le dialecte que parlent toutes les nombreuses hordes reconnues pour porter ce nom général. N'ayant aucun moyen pour faire des subdivisions ethnograpLiqucs, puisqu'on n*a recueilli jusqu'à présent que les vocabulaires de trois ou quatre peuplades turkomanes, nous avons pensé qu'il serait utile de les classer provisoirement sous le rapport géographicopolilique.

Nous n'avons pas fait mention des prétendus Talares dugou- ffj^ii^v^p^ verncment de Minsk , où Ton en trouve enviion ia,ooo, i;i de ceux beaucoup moins nombreux qai vivent dans les gouvcrnemens de Wilna et de Gioduo, parce ({uc nous ne savions pas ^ '^,^v^«v, quelle place nous pouvions leur assigner. D'après à.Q.?, recherches que nous avons faites postérieurement à rimpression de notre tableau, nous inclinons à croire qu'il faudrait les ranger panni ceux qui parlent le dialecte que nous avons nommé caucaso- '^^**^ ^^ danubien. Nous croyons celte obsenalion d'autant plus importante, que la position géographique de celte colonie turke, perdue pour ainsi dire au milieu des nations slaves, nous parait mériter l'attention des géographes et des philologues.

La position des Yakoutcs et l'étal ir.cultc de leur lingue , ainsi que le gtand nomhre de mots finnois que contient le tchquwaclic, nous ont engagé à considérer ces deux prétendus dialectes comme deux langues sœurs de cette famille. Cela devenait d'autant plus nécessaire à l'égard du îchouwachc, que ''-"'^'c'est un des idiomes les plus mélangés qu'on coiniaisse, et que de grands philologues et le savant géographe M. liassel le classent encore dans la famille fiimoise ou ouraliennc. Nous

l5o INTRODUCTION, CHAPITRE III,

avons eu la satisfaction de voir notre classification approuvée par le savant professeur M. Jaubert.

Il ne nous reste plus qu'à faire quelques réflexions et à ajouter quelques faits que le manque d'espace ne nous permettait pas de développer convenablement dans le tableau.

Nous avons dit dans l'introduction que les langues de ce groupe ne doivent leur nom qu'à un jeu de mots, parce que, selon M. Abcl Remusat, le nom de Tatares est pasisé dans le monde par ces mots de saint Louis, roi de France, qui, lorsqu'on craignait l'arrivée des Tartares dans l'Europe occidentale, dit à sa mère : Erlgat nos ^ mater, cœleste solatlum , quiuj si perueiiiant ipsi j vel nos ipsos qiios vocamus Tariaros , ad suas tartareas sedes unde exierunt retrudeinus , vel ipsi nos omnes ad cœlum adueJient. Cette opinion d'ailleurs a été émise par M. Abel Remusat dans sqs savantes Recberclics sur les langues tartares , et vient d'être adoptée par le savant philologue M. Klaproth, dans son Asia Polyglotta.

Nous n'avons pas parlé des Huns et de leur immense empire, parce que l'identité des Huns et des Hioung-nou, entrevue par Bayer, Gaubil et Visdélou , et que Dcguignes n'a pas même cru nécessaire de dcmoutrer, suppose résolue une foule de questions historiques dont il n'a pas même fait mention; parce que l'opinion de Pallas et de Bergmann, qui voyaient dans les Huns de Procope et d'Ammien Marccîlin un peuple mongole, n'est pas appuyée sur des argumens assez forts pour résoudre ce problème difficile ; et parce que nous avons pris le parti de suivre en cela les conjectures beaucoup plus probables de MM. Klaproth, Saint-Martin et Abcl Remusat, qui considèrent les Huns comme un peuple de race finnoise. C'est donc dans les langues qui composent cette nombreuse famille que nos lecteurs trouveront mentionnés les Huns et leur vaste empire. C'est aussi par la même raison que nous n'avons pas classé parmi les nations tuikcs, les Bulgares et les Khozars ou Khazares , que Thunmann, les Byzantms et

OBSERVATIONS SUR LES LANG. ASIATIQUES. l5l

les auteurs orientaux s'accordent à considérer comme des peuples turks , mais qui, d'après les savantes recherches que vient

c faire M. Klaproth, paraissent devoir être regardés comme des peuples finnois.

C'est en nous servant des calculs que nous avons faits il y a quelques années pour rédiger le tableau de la surface des plus grands empires dont rhisloire fasse mention, et que nous comptions publier avec nos Elementl dl geografia anlica c jnoderna (i)^ que nous avons dit que l'empire fondé par Tcliinghis-khan est le plus vaste de tous ceux qui ont existé. ^^^-^^^^ ^ Ils trouveront aussi dans la seconde édition de notre Conipendio dl geografia universale , dans notre Prospetto fisicopolitico dello stato attuale del globo, et dans le second volume de notre Essai statistique sur le royaume de Portugal et d Algarve comparé aux autres états de l'Europe , presque toutes les données nécessaires pour calculer la surface de tous les pays actuellement possédés par des peuples turks et toungouses encore indépendans, et qui, d'après nos calculs, égale environ un septième de la surface de toute la terre habitable.

Tout ce que nous avons dit relativement aux Ouigours est ^t-^t/»-^, -< tiré des Recherches sur les langues tartares de M. Abel Remusat, où tout est prouvé par des argumcns qui nous paraissent sans réplique. Cet ouvrage , si important sous tant de lapports, n'est peut-cire pas autant connu qu'il devrait l'ctrc , à cause du titre modeste sous lequel son auteur l'a fait paraître; titre spécial, qui n'attire que les regards des orientalistes, et de ce petit nombre de savans qui s'occupent exclusivement de

(i) D^s le commencement de Vannée 1817, nous avons publié le prospectus de cet ouvrage , dans la première édition de notre Cornpendio di geografia universale. Nos voyages , et nos travaux littéraires, qui ont eu d'autres buts , nous ont empêché de le publier, quoique plusieurs de ses parties aient dtîjà paru dans les diiïércns ouvrages que depuis lors nous avons publiés*

1^2 INTROlUTCTIOXj CHAPITRF. III.

rétydc des langues, t.iiidis que l'ouvrage, par l'importancîî d'une foule de faits historiques peu connus jusqu'à présent, et par les principes généraux qu'il jenferme, mérite de servir de guide à tous les pliilologucs qui s'occupent de travaux généraux sur les langues, et do leur clnssi{îcation. Aussi nous ne l'avons pas lu, mais nous l'avons éuidié, et nous en avons pris tout ce qui pouvait contiihucr à rendre notre travail plus exact et moins imparfait. Pour éviter de justifier une multitude de faits indiqués dans plusieurs articles de ce tableau , et de quelques autres, nous croyons nécessaire de tirer de ce savant ouvrage les conclusions que M. Abel Remusat a déduites des faits discutés dans ses Rechcrclies. Voici stts propres expressions:

(c Aucun ouvrage historique, aucun monument, aucune

Z^{^^<if tradition , chez les ïartares ou chez les nations qui les ont le

mieux connus, ne permettent de faire remonter l'état de demicivilisation où nous les voyons parvenus, à une époque plus

X^"^"^ a)iciennc que le deuxième siècle avant notre ère.

<( A cette époque , les missionnaires hindous ét.iblis dans la

/J..>rr: partie méridionale de la Tartarie, à Khasigar, à Khotan , ;i Yerkiyaîig, commcncaicfil ?i y répandre les prcmicrcs notions des sciences et des arts, l'écriture indienne, la religion de Bouddhah. Les Tibétains, les nomades du nord , n'ont connu tous ces objets que beaucoup plus tard. c^^A-ld^ <c L'opinion qui placerait en Tartarie le berceau du genre

j^7vv^». humain avec le peuple primitif, ou ses dcscendans immédiats,

ou la patrie des inventeurs des sciences, de l'astronomie, des alphabets de l'Asie, ou même l'origine des doctrines de l'Itin- 'doustan, de Bouddhah, ou des Indous eux-mêmes ou des Chinois; cette opinion, non-seulement ne repose sur aucun fait positif; mais elle se trouve, à la bien examiner, entièrement inconciliable avec les observations philologicpics et les traditions historiques de toutes les nations de l'Asie , à commencer par les Tartarcs eux-mêmes.

OBSERVATIONS SUR I.HS LANG. ASIATIQUES. l53

(c Le chamiiiisMie n'.«. pris iiai«;.sancc ni dans la ïai tarie, ni, 5clon inoii ojjiiiioii, dans la Bactriaiic. Les Saniancens ont pénétre assez tard dans la première de ces contrées; ils y ont toujours été étrangers; ils n'eu ont jamais ccnvcrti complètement les habitans. Boai;coup de ceux-ci sont restés attachés à leur culte primitif, qui est le plus simple de tous les cultes, l'adoration du ciel visible et des esprits, avec différentes pratiques superstitieuses.

(c Enfin (et ceci, ne tenant qu'indirectement à l'objet de ces rccherclies, mériterait d'être examiné dans un ouvrage à part), les religions qui ont eu cours dans la Tartaric n'avaient paj , non plus (pie l'art d'écrire, pris naissance dans les contrées du nord. Le samanéismefou bouddliistnc primitif, la philosophie de Confucius, le magismc, le manichéisme, le nestorianisme , le musulmanisme, le lamisme etifin , ou le bouddhisme réformé, y ont été successivcn.ejit introduits, à-pcu-pics dans l'ordre où je viens de les nommci-, et cet ordre est quelque chose de bien imporUujtà constate: ; car, si c'est pour nous une question historique de pure curiosité, que de savoir si Bouddhah est né dans rilindoustan ou dans le Tibet, ou si l'alphalet dcwanagari a été inventé sur les bcrds du Gange, ou dàv.s les montagnes d'Altaï; c'en est une de conséquence que de déterminer à qui rqipartient la ])riorité, dans les traits de ressemblance incontestable qui .s'observent entre la discipline et la hycrarchie des lamas, et celles de l'Eglise Ptomaine. Cette question, au reste , ne saurait embarrasser une personne qui nous aura suivi dans nos recherches, ou qui saura remonter aux sources où nous avons puisé.

{( Ainsi, tout ce qui, chez IcsTartaros, est au-dessus de ce» premières notions ipii disliriguent rhomme de la brute, leur ^•''' y*È'ii' 5 ''^ ^^s époques connues, de leur communication avec d'autres nations plus instruites. Quatre ou cinq familles se soîU répandues et multipliées sur d'immenses espaces. Les hon)mcs qui en sont sortis ont fait quelques efforts pour s'éclairer; ils

ri L>kVtA<j

l54 INTRODUCTION, CHAPITRE III.

ont cultive quelques sciences, mais ils n'en ont inventé aucune^ Ils n'ont été ni tout-à-fait aussi grossiers que le supposait Voltaire, ni à beaucoup près , aussi savans que l'imaginaient Buffon et Bailly. Nous sommes donc obligés d'en revenir, au sujet de ces nations, à l'idée que nous en ont donnée les premiers auteurs qui en ont parlé , les voyageurs du moyen âge , les écrivains orientaux, les missionnaires en Chine, Bcrgeron, Dcguigncs, Deshauteraies, Mosbeim, Lequien, les deux MuUcr , Bayer, et tant d'au 1res. Ces conclusions sont loin d'être aussi brillantes que les hypothèses par lesquelles on a cherché à suppléer à la connaissance précise des faits, tant qu'on a cru impossible de l'acquérir; mais il n'est pas inutile de les reproduire, puisqu'elles ont été plusieurs fois <iontestées par des écrivains systématiques. On avait trop compté sur le défaut de monumens, sur le vague et l'obscurité des traditions. L'antiquité de la Haute-Asie était en quelque sorte la région des hypothèses. On en connaîtra la futilité, et l'on s'instruira suffisamment sur l'histoire de la Tartarie, quand on voudra la chercher dans les écrivains chinois , qui nous l'ont conseiVée. Quelque peu détaillés que soient les renseignemens qu'ils nous fournissent, c'est toujours apprendre quelque chose, que de déterminer précisément jusqu'où l'on peut apprendre, et même de s'assurer qu'on n'a rien à apprendre du tout ; mais cette ignorance ne s'acquiert qu'avec peine, et la fausse science coûte beaucoup moins. Rien n'est plus facile que de jeter au hasard des suppositions sur le papier ;, et d'annoncer avec mystère qu'on pourra les soutenir un jour. Il faut ensuite des volumes pour réfuter une seule parole de ce genre. C'est donc rendre quelque service aux sciences historiques, que de dissiper les ténèbres qui couvrent certaines parties de leur domaine., et où l'imagination se joue en liberté. Resserrer le champ de Vei;reur, c'est, en quelque sorte, agrandir celui de la vérité. )>

Nous finirons cet article par avertir nos lecteurs, qu'afin d'éviter toute confusion, nous avons toujours nomme Turkes'au

OBSERVATIONS SUR LES LANG. ASIATIQUES. l55

Indépendant ce que les géographes européens appellent iraprc- '^■'■ j)rement Grande-Boukharie et Tatarie ou Tartarie Indépendante; et Turkcstan Oriental ou Turkcslan Chinois, ce qu'ils nomment encore plus improprement Petite Boukharic. Ces dénominations sont inconnues aux habitans des pays auxquels nos ''' géographes les donnent; étant la plupart d'origine turke, ils ne leur donnent d'autre nom général que celui de Turkestan. C'est aussi pour nous conformer à l'opinion émise par M. Abcl Re- ^»^rausat, que nous avons retenu le nom collectif de jT^zr/a/'cs, t«- t^^-r*'*^ quoique corrompu, pour désigner toutes les nations comprises dans ce groupe^ et que nous avons borné aux diiïerens peuples qui forment la famille mongole, le nom j-ius correct de -- *^ , Tatars, qui, à la rigueur, ne conviendrait qu'à une seule 'y*'*^^f^tribu de Mogols. Nous ne croyons pas inutile d'observer que presque tous les peuples modernes de la famille turke prennent eux-mêmes le nom de Turks , tandis qu'il n'en est pas de même des peuples compris dans les familles mongole et tongouse. M. Abcl Rcmusatdit que Mongol est le nom particulier die la plus célèbre des petites nations de commune origine, qui se réunirentlcs premières sous les ordres de Tchinghis-khan ; mais que ce n^'est que par extension, et à raison de l'influence que cette petite nation sut prendre sur les tribus voisines, que ce nom est devenu commun aux Olet, aux Ortos, aux Naïman, et aux autres nations qui parlent la langue mongole d'une manière plus ou moins pure. Quant au nom de Tongous ou Toungous , il observe que la plus illustre des nations à qui nous le donnons , la nation maudchore, le méconnaît entièrement , ,^;..«v.. ou ne l'applique qu'à quelques-unes de ses plus faibles tribus. Ce n'est donc que pour abréger, et pour nous conformer à l'opinion d'un si grand philologue, que nous avons désigné toui les peuples compris dans les deux premières familles, par la dénomination de natio/is tounfivuses et n a lion s mon^oks,

ï56 iXTRODirrriON , chapitre iii.

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