I. FAMILLES DES LANGUES BASQUES ET CELTIQUES
Profitant de l'espace que nous laissait le petit nombre d'idiomes compris dans ces deux familles, nous avons pensé à le remplir par deux morceaux aussi importans par leurs sujets, que par la manière dont ils sont traités. Le premier, qui forme l'introduction de notre XP tableau, offre le coup -d'œil historique et littéraire sur les peuples celtes et ibériens, et sur les nations modernes qui habitent une partie de leur sol. Nous le devons à l'amitié dont nous honore M. Aubert de Vitry, qui y a donné une nouAœlle preuve de sa plume aussi mâle qu'éloquente. Nous sommes redevables du second à la bienveillance du célèbre baron de Humboldt, qui en peu de mots a su réduire à leur valeur les ridicules prétentions des Celtes et des Basques, et de tous leurs enthousiastes.
Pour la classification des peuples q^ompris dans la famille basque ou ibérienne , outre le Mithridates et le tableau de M. Malte-Brun, nous avons consulté et suivi le savant travail publié en 1821 à Berlin, par M, le baron Guillaume de Humboldt , sou^ le titre Prûfung der Untersuchungeii liber die Urhewohner Hispaniens verviittelst der V^ashisclien Sprache.
Quant à la grammaire et à la littérature de la langue escuara ou basque, notre guide principal a encore été un excellent article de M. le baron Guillaume de Humboldt sur cette langue, inséré dans le Mithridates. Nous y avons aussi ajouté plusieurs choses curieuses et purement relatives à la grammaire, que nous avons tirées de X Histoire des Cantahres , que M. l'abbé d'Iharce de Bidassouet vient de publier. C'était tout ce que la critique philologique , et notre aversion pour tout ce qui est systématique ou hypothétique, nous permettaient de puiser dans cet ouvrage. Nous avons dit que « l'es-
OBSERV. SUR LES LANG. EUROPEENNES. l6'*
cuara , qui ne rcsseinLlc à aucun autre idiome de l'Europe, quoiqu'il ait adopté plusieurs mots latins et quelques autres allemands, paraît avoir quelque affinité avec les langues sémitiques, et montre dans sa conjugaison de l'analogie avec les langues de l'Amérique , » parce qu'en étudiant l'excellent mémoire de M. Guillaume de HumLoldt, nous ne pouvions en porter un jugement différent. Le grand nombre de racines sémitiques qui ont été signalées daus cet idiome après la publication du Mithridates, ne changent et ne pouvaient pas changer ce jugement. Que nos lecteurs se donnent la peine de lire attentivement tous les faits recueillis dans notre chapitre premier; qu'ils veuillent méditer un peu sur les conséquences que nous en avons déduites , et sur le plan que nous avons suivi dans nos classifications , et ils verront qu'il n'y a rien d'exagéré ni d'inexact dans cet article. Nous avons cru ces remarques nécessaires, afiu de nous prémunir contre le reproche que l'on pourrait nous faire, d'ignorer le grand nombre de racines hébraïques découvertes dans le basque, et pour épargner à nos lecteurs l'ennui de voir répéter presque à chaque langue les mêmes remarques. Nous ajouterons seulement, sur l'autorité d'un savant qui a fait de longues recherches sur les rapports de l'hébreu avec le basque , que ce dernier idiome ôte ordinairement aux formes sémitiques les aspirations initiales , et par contre ajoute à ces formes une longue queue.
Le tableau de M. Malte-Brun nous a guidé dans la classification des peuples celtiques et de leurs langues éteintes.
Pour ce qui regarde la classification et la description des langues anciennes ou modernes encore vivantes comprises dans la famille celtique, nos sources principales ont été pour le galique (i55) la grammaire de M. Ahlward ; et pour le kumbre (i56), la grammaire d'Owen pour le dialecte welsh ou gallois, et celles de Rostrenen et de Legonidec pour le dialecte breyzad ou cclto-breton.
Nous croyons utile d'ajouter les rcnscignemens suivans , que
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nous tirons du dictiouiiaire du P. Grégoire de Rostrenen, publié à Rennes en 1 732 ; ils compléteront ce que l'espace ne nous a pas permis d'insérer dans le tableau relativement à la littérature du dialecte breyzad. Selon ce savant religieux , ce qu'il y avait en 1782 de plus ancien dans la langue bretonne, était le livre manuscrit des Prédictions de Guïnclauj astronome breton , très fameux encore aujourd'hui parmi les Bretons , qui l'appellent communément le prophète Giunclan, Il marque , au commencement de ses prédictions , qu'il écrivait l'an 24o de J.-G. Il vivait dans le diocèse de Treguier, entre Morlaix et Treguier. Viennent ensuite , toujours selon Rostrenen, les Statuts synodaux du diocèse de Léon j du XIIP, du XIV" et duXV° siècle, écrits à la main sur vélin, en latin, mais dont une partie était traduite en breton; un fragment de Dictionnaire breton-français-latin , in-4° , de cent feuilles , compilé par le prêtre D. Yves Lagadec selon quelques-uns, et selon d'autres, par M. Aufïret Coadqueveran, clianoine de Treguier, imprimé à Treguier en 1499 ; une tragédie en vers bretons, de la Passion et de la résurrection de J.-C; du Trépas de la sainte V^ierge et de la J^ie de V homme , imprimés à Paris en i53o; trois autres livres écrits en vers, dont le premier, publié à Morlaix en 1670, traitait des quatre fins de V homme, le second contenait la Fie de saint Gi'ienolè , et le troisième celle de sainte Barbe , enfin d'autres livres ascétiques, des dictionnaires et des dialogues publiés postérieurement.
D'après l'opinion d'un des plus grands philologues vivans, M. le baron Guillaume de Humboldt, qui dit positivement, à la page i55 de son Prûfung der Untersuchungen , etc., que \e caldonac et Verse sont deux langues sœurs et non deux dialectes difTérens, nous les avions classés comme des idiomes dans notre tableau. Cependant, nous avons cru devoir changer d'avis, d'après les précieux renseignemens que M. le chevalier de La Roquette a bien voulu nous procurer,
OBSEP.V. SUR LES LANG. EUROPEENNES. iGT)
par le moyen de son ami le savant M. Jamieson , qui les a reçus lui-même de M. Mac Kay. Ce savant philologue, qui dirige actuellement la publication du Gaëlic Dictionnary ^ nous dit, 'lans \t% informations qu'il a rédigées à la demande de M. Jamieson, que le caldonac, l'iris et le mank ne sont que trois dialectes d'une même langue, parce qu'ils n'offrent entre eux que les différences que présentent les dialectes d'un même idiome. L'opinion d'un si grand connaisseur de la langue celtique, d'un homme qui, aux connaissances théoriques, unissait l'avantage d'être sur les lieux mêmes où on la parle, nous paraît devoir être préférée à celle de tout autre savant, qui , ne se trouvant pas dans des circonstances si favorables > avait moins de moyens pour pouvoir déterminer convenablement la ligne de démarcation entre les langues et les dialectes de cette famille. Conséqaemment, nous nous sommes rangés de son côté, malgré notre penchant pour l'opinion contraire, que la comparaison des vocabulaires et les principes exposés dans le premier chapitre nous paraissaient justifier jusqu'à un certain point.
C'est aussi d'après les renseiguemens donnés par M. Mac Kay , que nous avons partagé le cymraeg ou kurabrc, en trois dialectes priûcipaux, le welsJi , le hornish et le hreyzad j au lieu de regarder le kornish , avec la plupart des philologues , comme un sous-dialecte du welsh.
Nous avons gardé le silence sur les différcns alphabets irlandais, dont l'invention remonterait à la plus haute autiquité, selon quelques savans nationaux, aveuglés par un amour excessif pour leur pays natal. De grands historiens et des philologues profonds ont déjà apprécié convenablement ces rêveries historiques, et ont démontré que ces alphabets, qu'on prétendait être antérieurs à l'alphabet grec, ont été fabriqués par de pieux moines dans le moyen âge.