‹ Introduction à l'atlas ethnographique du globeChapitre 29 sur 84 · II. FAMILLE DES LANGUES THRACO-PELASGIQUES OU GRECO- LATINES · texte numérisé non relu

II. FAMILLE DES LANGUES THRACO-PELASGIQUES OU GRECO- LATINES

Nous devons à la bienveillance et à l'amitié dont nous honore M. Champollion Figeac , la belle et savante introduction historique et littéraire au tableau généalogique de ces langues.

Pour la classification générale de ces idiomes, notre guide principal a été le tableau de M. Malte-Brun.

Dans les divisions particulières, nous avons consulté et suivi, à quelque petite modification près, le Mithridates, pour les peuples compris dans la branche thraco-illyrienne; le tableau de M. Malte-Brun, pour les branches étrusque et pelasgo-hellenique, et particulièrement pour les subdivisions de cette dernière. Le savant H.andhuch der Geschichte der Staaten des udlterthums à.^ Heeren, nous a fourni le moyen d'entrer dans les détails qu'exigeait l'importante classification des nombreuses colonies grecques (lôg).

Les idiomes compris dans la quatrième branche ont été décrits d'après diflférentes sources que nous indiquerons ensuite.

Notre article sur la langue albanaise ou scliype (lôy) est l'extrait d'une savante dissertation manuscrite, dont nous devons la communication à la généreuse bienveillance de M. Malte-Brun , qui a fait de longues et savantes recherches sur cette langue , encore trop peu connue et qui mérite tant d'attirer les regards des philologues.

Nous avons travaillé nous-mêmes l'article sur la langue étrusque (i58) et nous l'avons soumis à la révision de M. Champollion Figeac , qui l'a approuvé.

Nous avons travaillé aussi les articles du grec ancien (iBg), du grec moderne (i 60) et du latin (161); les deux premiers ont été revus et approuvés par MM. Malte-Brun et Champollion Figeac; le troisième par M. Hase. Quant aux dialectes du grec ancien et du grec moderne, nous devons observer que nous avons suivi cnlicrcment la classification que nous avons trouvée

dans le tableau de M. Malte-Brun. Ses longues et savantes recherches sur ce sujet difficile méritaient Lieu que nous lui donnassions la préférence , surtout dans l'embarras où nous mettait l'étonnante disparité d'opinions parmi les savans étrangers et nationaux, dont les uns nous assuraient qu'il n'y a pas de difrérence sensible dans la langue parlée, tandis que d'autres nous la représentaient comme très considérable. Cette dernière opinion est celle de M. Malte-Brun et de plusieurs savans, qui possédant le grec, ont été sur les lieux. C'est celle aussi de M. North Douglas , qui parcourut la Grèce et l'Asie Mineure en 1810, 1811 et 1812. Ce savant voyageur dit positivement que la langue vulgaire ou parlée se subdivise en dialectes aussi nombreux que les nations qui , à différentes périodes, ont gouverné les diverses provinces de la Grèce; que le grec que l'on parle dans l'Asie Mineure est tellement mêlé de mots turks , qu'à peine est-il entendu dans la presqu'île grecque ; que la Thessalie et les provinces septentrionales ont adopté les barbarismes de l'Albanie ; qu'à Athènes et dans la Morée , les mots italiens ont pris la place des mots grecs ; que les habitans de Mégare parlent entre eux un grec tout différent de celui de leurs voisins , et beaucoup moins corrompu que celui de l'Attique , qui Test plus que tous les autres, soit pour les mots , soit pour la prononciation. Pour la littérature du roméïka (160) nous avons été assisté par M. Buchon, qui s'est beaucoup occupé des productions littéraires de cette langue, et qui a publié l'année dernière, dans sa belle collection des Chroniques Françaises, un poème grec barbare inédit, composé dans le commencement du XIV° siècle, et contenant une histoire fort circonstanciée de la domination des seigneurs français dans le Péloponèse , au XIIP siècle.

Une savante note sur la langue romane (163), que nous devons à l'extrême obligeance de M. Champollion Figeac, nous a servi de guide dans la rédaction de notre article sur cette langue. Nous l'avons fait avec d'autant plus d'assurance, que

l68 INTRODUCTION, CHAPITRE IV.

dans la note en question nous y voyions exposés les principes ((iii sont le résultat des savantes reclierclics sur le roman de M. Raynouard , auquel ils ont valu une célébrité si méritée. D'ailleurs nous trouvions ces mêmes principes d'accord avec les idées exposées dans une lettre que notre savant compatriote, M. Lampredi, a bien voulu nous adresser sur l'origine et la formation de la langue italienne ; idées que nous voyions aussi adoptées par le savant M. Ugo Foscolo , dans un éloquent article sur la formation de cette dernière langue, inséré dans la Revue Européenne. Les noms de ces quatre littérateurs très distingués nous serviront d'égide contre ceux qui, n'étant pas au fait de la linguistique, regarderaient comme des inexactitudes ce qui n'est au contraire que le résultat de la marche progressive d'une science qui ne fait pour ainsi dire que de naître. Nous allons donner ci-dessous un fragment de la note de M. ChampoUion Figeac , sur la langue romane, que nous croyons trop important pour être omis, et que le manque d'espace ne nous a pas permis d'insérer dans le tableau.

« En considérant la langue romane à son origine, on peut la qualifier de langue universelle pour tout le midi de l'Europe. C'est celle que l'empereur Alexandre Sévère, nommait ^a^/ic.aiia lingua y dans une constitution de l'an 23o ; Stilpice Sévère lui donna le même nom , et les deux écrivains la distinguent très bien du latin, du grec et du celtique. C'est la même langue qui, au VP siècle servit à Baudemont pour écrire la vie de St.-Amand. Théophane, écrivain bysantin , a conservé dans son texte grec, des mots de la langue romane, prononcés par des Francs au service de l'empereur Maurice , qui faisait la guerre au chagan des Awares, vers la fin de ce même VP siècle. C'est cette même langue que les latin isans appellent rustica, dans Grégoire de Tours, et rustica romana^ dans le texte du. concile de la même ville. Monmolin , évêque de Tours, en 665 , se servait dans ses homélies de cette langue romane ; les autres évêques n'en avaient pas d'autre et se conformaient

OBSEHV. SUR LES LANG. EUROPEENNES. l6()

en cela aux ordres du concile de Reims et de Tours, tenu en 8i3; enfin à un capitulaire de Charlemagne , qui ordonnait tjtic l'Ecriture sainte serait expliquée aux fidèles en langue romane , et traduite pour eux dans le même idiome. Les actes mêmes des tabellions , écrits en latin , étaient traduits et expliqués dans cette langue aux parties contractantes, avant de les clore et signer; le serment de Louis-le-Germanique et des Français soumis à Cliarles-le-Chauve , fut prononcé en roman dans l'année 842 ; le traité de Coblentz , de 860 , était aussi écrit dans cette langue, que les diverses autorités désignent par les qualifications àe lingua gallicana , rustlca , romana y et la foule de documens qui nous restent , notamment les pièces en vers , qui remontent au X® siècle , prouvent à-la-fois l'ancienneté de cet idiome, sa généralité dans l'Europe méridionale et sa transmission entière jusqu'à nos jours. On peut consulter les excellcns ouvrages publiés sur cette langue, par M. Raynouard. »

ce C'est de cette langue, considérée dans sa généralité, que sont sortis l'italien, l'espagnol et le portugais; la langue romane du midi de la France et de quelques provinces voisines, restait comme la soucLe commune à tous ?,^s dialectes. y>

Nous trouvons aussi à la fin de cette savante note de M. Champollion Figeac , ce qu'à la Bibliothèque du Roi, il existe un dictionnaire Provençal et Copte , et il n'y a pas là de quoi trop surprendre, puisqu'il est aisé de comprendre que Marseille et les villes voisines ayant commercé de tout temps avec Alexandrie , les Provençaux et les Egyptiens avaient mutuellement besoin de s'entendre ; on rédigea donc à^ts vocabulaires où des mots et des phrases entières du provençal sont écrits en caractères coptes et interprétés en Arabe. Cette nomenclature ne comprend que des phrases d'un usage journalier, et des mots soit de commerce , soit relatifs aux besoins de la vie , les nom3 de nombre , la division civile du temps , etc. Le copte est perdu en Egypte depuis plus de deux siècles ; ce dictionnaire

provençal et copte nous paraît remonter au XIIP siècle. Depuis loug-teraps alors le commerce de Marseille avec l'Orient était très florissant. »

Nous avons travaillé l'article de la langue italienne (i63) d'après les renseigneraens que nous avons p jisés dans difFérens auteurs, d'après la comparaison des vocabulaires que nous devons à l'obligeance de plusieurs savans italiens, et d'après les informations que nous avons prises nous-même sur les lieux dans nos voyages. Néanmoins, comme nous nous méfiions de nous-même, nous l'avons soumis au jugement de Son Éminence monseigneur le cardinal Zurla, et nous avons eu la satisfaction de le voir entièrement approuvé. Nous prions ceux de nos lecteurs qui pourraient trouver inexact ou pour le moins hasardé ce que nous avons dit sur les particularités principales de cette langue , de consulter l'excellente grammaire de M. Biagioli, dont nous avons parlé à la page 81 , et dans laquelle ils trouveront des exemples de tout ce que nous avons dit dans notre article.

Mais, nous croyons nécessaire de dire un mot pour justifier ce que nous avons dit dans le tableau en parlant du dialecte sicilien, où nous avons observé qu'on peut le regarder comme la souche de la poésie italienne. Lorsque nous parlions de la sorte, nous avions sous les yeux une savante note sur ce dialecte, de M. Fodera, membre correspondant de l'Institut de France, et professeur à l'université de Païenne, Ce savant distingué , qui a tant contribué aux progrès de la physiologie expérimentale et de la science médicale, a bien voulu, pour nous donner \\\\ témoignage de l'amitié dont il nous honore, employer quelques moraens de ses loisirs pour rédiger une petite dissertation sur les différences qu'offre le sicilien comparé à la langue italienne littéialc, et sur la formation et la [marche progressive de la belle langue du Dante et du Petrarca. C'est dans ce savant travail , où M. Fodera se montre aussi bon littérateur qu'il est grand physiologue dans

ses autres ouvrages , que nous avons puisé ce que nous avons dit en parlant du sicilien, et qui pourrait peut-être déplaire à quelques littérateurs italiens, aveuglés par une prédilection (îxcessive pour leur pays natal. Mais les passages du Dante et du Petrarca, mais l'autorité de Crescimbeni, de Giambullari, de Sismondi, de Perticari, el de plusieurs autres savans cités par M. Fodera à l'appui de son opinion, nous inspiraient trop de confiance pour ne pas nous ranger entièrement de son avis. Nous sommes seulement fâché que le cadre plus rétréci que, par les raisons exposées ailleurs, nous avons du donner à notre ouvrage, ne nous permette pas d'y insérer ce mémoire, ainsi que les autres dont nous avons parlé dans le discours préliminaire. Nous y avons trouvé des choses aussi importantes que généralement peu connues, et par conséquent dignes de voir le jour.

Les documens précieux renfermés dans le savant ouvrage de M. B. de Roquefort-Flaméricourt, Sur Vélat de la poésie française dans les Xir et XIIP siècles , nous ont servi de base principale pour la rédaction de notre article sur la langue française (i64), qui a été ensuite revu et approuvé par M. ChampoUion Figeac.

Nous avons soumis nos articles (i65 et 166) sur les langues espagnole et portugaise, au savant M. Verdier, membre correspondant de l'Institut de France, qui les a approuvés. A l'égard de cette dernière , nous devons observer que , profitant de l'amitié dont nous honorent M. Carlo Wucherer, établi à Porto, et M. Adolphe de Lindenberg, consul général des villes Anséatiqucs à Lisbonne , nous les avons prié^i de faire faire des recherches par leurs nombreux correspondaus , pour déterminer les différences et le nombre des dialectes de la langue portugaise. Le résultat de leurs recherches fut que ce le Portugal, malgré son étendue assez considérable, et la nature très variée de sa surface, n'offre aucun dialecte dont les dillérences puissent être comparées à celles que présentent, sur des sur-

laces bien plus petites, quelques dialectes de l'italien, de l'allemand et du français. Il n'y a que quelques acceptions différentes données aux mêmes mots, et des différences dans la prononciation ; encore ces dernières sont-elles peu considérables.» Nous nous sommes arrêté donc à ce résultat avec d'autant plus de confiance, que M. Wucherer nous a écrit qu'il s'accordait avec celui obtenu , par M. le baron d'Eschwege , inspecteurgénéral des mines, des informations qu'il a bien voulu prendre, lui aussi, à la prière de notre ami, dans un tour d'inspection qu'il est allé faire dernièrement dans les différentes provinces de ce royaume.

M. le baron de Pedra Branca, ministre de S. M. l'empereur du Brésil à la cour de France, à la complaisance duquel nous nous sommes adressé pour avoir des informations sur les différences que le dialecte brésilien pourrait présenter, comparé à la langue du Portugal, a bien voulu nous transmettre les observations suivantes. Nous y ajoutons d'autant plus de prix, qu'elles viennent d'un littérateur qui .jouit à juste titre , soit au Brésil, soit en Portugal, delà réputation, non-seulement d'un poète très distingué, mais encore d'un homme également versé dans les différentes brandies de l'économie civile et politique.

(C Les langues montrent les mœurs et le caractère des peuples. Celle des Portugais se ressent de leur caractère religieux et belliqueux; ainsi, les mots honnête , galant, béate y bizarre:, etc., ont une signification bien différente de celle qu'ils ont en français. La langue portugaise abonde en termes et phrases pour exprimer des mouvemens emportés , des actions fortes. En portugais, on frappe avec tout; et quand le Français, par exemple^ a besoin d'ajouter le mot coup à la chose avec laquelle il frappe, le Portugais l'exprime du seul mot de l'instrument. On dit en français, un coup de pierre, en portugais, uuc pedrada ; un coup de couteau, une facada , etc. On le peut dire hardiment de toutes choses.

OBSliRV. SUR LES LANG. EUROPEENNES. 1^3

«Sans manquer àridiotisrac, on peut aussi hardiment former des superlatifs et des diminutifs de tout adjectif; on en fait quelquefois même des substantifs. L'âpretc dans la prononciation a accompagné l'arrogance des expressions , et se conserve encore aujourd'hui en héritage; mais celte langue, transportée au Brésil, se ressent de la douceur du climat et du caractère de ses habitans; elle a gagné pour l'emploi et pour les expressions de sentimens tendres, et, tout en conservant son énergie, elle a plus d'aménité. On peut s'en convaincre en lisant les poésies de Gonzaga, J.-B. da Gama (nous ajouterons de M. le baron de Pedra-Branca), et de plusieurs autres écrivains brésiliens.

c( A cette première différence, qui embrasse la généralité de l'idiome brésilien , il faut encore ajouter celle des mots qui ont changé tout-à-fait d'acception , ainsi que celle de plusieurs autres expressions qui n'existent point dans la langue portugaise , et qui ont été empruntées aux indigènes , ou qui ont été importées au Brésil par les habitans des différentes colonies portugaises d'outre-mer.

(C Nous allons en donner quelques exemples dans le tableau suivant.

NOMS QUI ONt CHANGÉ DE SIGNIFICATION.

Mots. Signification en Portugal. Signification au Brésil.

Faceira . . .

Grosse mâchoire.

. Coquette.

Anumamento.

Action d'arranger.

Parade.

Babados.

Bavé.

Jabot , falbalas.

Tope.

Entrave.

Cocarde, bouquet de fleurs»

Chacota.

Chanson grivoise.

Moquerie.

Cecia. .

Action de giasseyer.

♦ Minaudière.

Capocira.

Cage à poules.

Broussailles.

Sotaû.

Souterrain.

Mansardes.

NOMS EN USAGE AU BRÉSIL ET INCONNUS EN PORTUGAL. Mots. Signification.

Pabulo Fat , suflisant.

iy4 INTRODUCTION, CHAPITRE lY.

Capt'ta Lutin.

Quindins. Minauderies , petits soins.

Jaià. Demoiselle.

Chibio. Polisson , vaurien.

Balaio Espèce de panier.

Quitûtes. Ragoûts , fricots.

Batuque. Danse des nègres.

Tapera. Teri'ein abandonné.

Capim. Gazon,

Coivara • Action de brûler des broussailles.

> Fille publique.

Findinga. \

Charquear. Préparer la viande sèche.

Cuchillar. Sommeiller.

Munheca Le poignet.

Chingar. Passer des sobriquets.

Cangote. Le chignon.

Calunda. Magnétisme, des vapeurs.

Muxin gueiro . Cel ui qui est char gé de f o uetter les es-

Presinganga Ponton , prison. L*^ ^ *

Cai-pina. Charpentier de bâtiment.

Cacula ^ Cadet d'ttne famille.

Dondon. Vaudeville.

Fadil. Bouderie.

Fuxicar Chiffonner.

Farofa. Ostentation ridicule.

Mocoto Pieds de bœuf.

Mungangas. Grimaces.

Muxoxo. Action de faire la moue.

Boquinha Petit baiser.

Mi deixe. Noli me tangere.

Mulambo. Guenille.

Mascate. Marcliand forain.

Mascatear. Faire le marchand forain.

Mandinga Féticlie.

Muquiar. Boucaner.

Muquem. L'endroit où l'on boucane.

Muxiba. Des peaux de viande maigre.

Nanica. Naine.

Nnello Sans plumes.

Qiiitanda Marché de vivres,

Pequira. Criquet.

Pimpao. Ferrailleur , crâue.

Sipoada Coup de badine.

Saracutear Tournailler.

Trapiche. Magasin au bord de l'eau.

Chacra. Maison de campagne.

Rossa. Maison de campagne ou ferme.

Senzàla. Case à nègres.

Ce petit ccliantillon des difTércnces offertes par deux dialectes de la langue portugaise, donne un nouveau poids à ce que nous avons dit à la page 32. Au reste , nous engageons nos lecteurs qui voudraient connaître un peu mieux les prérogatives de cette langue, et sa marche progressive depuis le commencement de la nation portugaise jusqu'à nos jours, de voir la première partie de l'Appeudix à la géographie littéraire annexée à notre Essai Statistique sur le royaume de Portugal et d'Algarve, et le chapitre Langue Portugaise, pages 23-3i du second volume de cet ouvrage.

M. Malte-Brun a revu et approuvé notre article sur la langue valaque (167), que nous avons rédigé avec beaucoup de peine, en réunissant en peu de lignes tout ce que nous avons pu trouver de moins inexact dans plusieurs ouvrages sur la nature de cette langue, et sur la position qu'occupent ceux qui la parlent. Nous devons surtout faire mention de l'intéressant recueil périodique connu sous le litre de Katerlàndische Bldtter , publié à Vienne pendant plusieurs années. Nous remarquerons aussi que nous avons compris sous la dénomination de vainque hongrois ^ tous les dialectes de cette langue parlés dans l'empire d'Autriche, à l'exception du macédo-valaque j non pas, parce que le plus grand nombre de Valaques habitent dans la Hongrie, ce qui serait inexact, mais parce que, devant réunir sous une dénomination générale tous les Valaques de la Hongrie, du Banuat, de la Bukowine et de la Transylvanie , il nous paraissait convenable de donner la préférence à la dé-

IjG INTRODUCTION, CHAPITRE IV.

nomination de hongrois , comDie celle qui signalait la contrée la plus importante , et celle dont tous ces pays ont dépendu à différentes époques. Pour la distinction que nous avons faite du macédo-valaquc, voyez ce que nous en avons dit à la page 38. '

m. FAMILLE DES LANGUES GERMANIQUES.

Les longues et savantes recherches faites par M. Malte-Brun sur la classification des peuples compris dans cette famille , nous ayant inspiré une confiance toute particulière, nous avons entièrement adopté non-seulement les divisions générales de son tableau des peuples germaniques, mais, à quelques exceptions près , même toutes ses subdivisions. C'est dans le cadre tracé par ce savant philologue, que nous avons inséré tout ce que l'histoire ancienne et moderne et la linguistique nous offraient de plus important La savante grammaire historique de M. Grimm, véritable trésor d'érudition pour tout ce qui regarde les idiomes de cette famille, a été notre guide principal pour tout ce qui concerne les particularités grammaticales de ces idiomes, et l'excellent abrégé de l'histoire littéraire de la langue et de la poésie allemandes de M. le docteur Winter , publié à Berlin en 1821, nous a été aussi d'un grand secours pour tracer en quelques lignes leurs littératures respectives.

Il serait trop long de citer les differens ouvrages auxquels nous avons puisé les faits partiels relatifs soit à l'histoire, soit à la littérature des peuples germaniques, soit même à la place qu'il fallait assigner à leurs innombrables jargons. Il nous a fallu, par exemple, consulter le savant ouvrage Geschichie der Gefûrsteten Grafschafs von 7 y roi j de M. le baron de Hormayr, pour décrire convenablement ces colons allemands (169), perdus pour ainsi dire au milieu des Italiens, et pour assigner la place convenable au jargon de Grôden ou Gardena, parlé dr.ns le Tyrol,qui n'est qu'une variété du sous-dialecîe rhétien de la langue romane (162), malgré que presque tous

OBSERV. SUR LES LAÎfGé EUROPÉeNîîES. IJ^

les savans s'accordent à le ranger parmi les dialectes allemands* Ce que M. Malte-Brun dit dans la lettre ( voy. page 7) qu'il nous a fait l'honneur de nous adresser sur les Scandinaves , ce qu'il a déjà publié dans diflférens articles, et ce qu'il dit dans le VI* vol. de son savant Précis de la géographie universelle , qui va paraître, nous mettront àl'aLridetoutce qu'on pourrait nous reprocher à l'égard de la séparation que , daprcs son cadre , nous avons faite entre les idiomes appartenant aux branches teutonique et saxonne, et ceux compris dans la branche Scandinave. La comparaison des grammaires anglo-saxonne (179) et anglaise (180) avec celles des autres idiomes germaniques, et la comparaison du vocabulaire anglais avec ceux des autres langues comprises dans cette famille , feront sentir à tout lecteur familiarisé avec de semblables recherches , la nécessité de former une quatrième branche, qui ne pouvait recevoir de nom plus convenable que celui qu'on lui a imposé.

Une savante note , que nous devons à l'obligeance de M. Depping , a été notre guide principal dans la rédaction de l'article sur le néerlandais (173).

Quelques mois après l'impression du tableau des langues germaniques , ayant eu l'honneur de connaître personnellement M. le docteur Charles Hermès, le savant rédacteur de la Britannia j journal publié à Stuttgart, nous avons obtenu de son obligeance la note suivante sur la langue frisonne. Les longues recherches faites parce savant allemand sur les idiomes germaniques en général^ et particulièrement sur le frison nous engagent à l'insérer ici, afin de compléter notre article sur un idiome encore trop peu connu , et que nous avions rédigé d'après les documens qui nous avaient été indiqués parle savant M. Depping. Nous mettons d'autant plus de prix à cette note, qu'elle est tirée en grande partie de la grammaire frisonne que M Hermès a rédigée, il y a quelque temps, pour faire partie du magnifique monument philclogiquo que le savant M, Grimm vient d'élever aux peuples germaniques.

■<( Anciennement, dit le docteur Hermès, on parlait la langue frisonne sur toute la côte de la mer du JNord, depuis l'embouchure de l'Elbe jusqu'au Rhin. Elle était la langue interméHiaire entre le bas-allemand et l'anglo-saxon. Des moines anglo-saxons, qui passèrent en Frise de l'Angleterre, purent s'y faire entendre facilement, sans avoir besoin d'interprète. Cernés, depuis les conquêtes des Francs et des Saxons, d'un côté par la mer, et des deux autres parleWeser etleZuiderzee, les Frisons formaient, dans la première moitié du moyen âge, un état fédératif composé de sept républiques. Leurs lois , dont la plupart se sont conservées jusqu'à nos jours, forment le monument le plus ancien de cette langue. Elles sont connues sous le nom de Brokmer TVillhûren^ écrites dans le XIP siècle et XAsegahuch, dans le XIIP, etc.

« Dans la seconde moitié du moyen âge, la ligue des Francs- Frisons , comme ils s'appelaient, se dissout, en partie par des factions intestines, en partie par des guerres nombreuses avec les princes et seigneurs voisins. Les Stedingois, une d« leurs branches, furent exterminés comme des hérétiques par une croisade publiée contre eux. Il se forma partout des seigneuries plus ou moins grandes sur les débris de la république frisonne. On attira des colons étrangers dans le pays dévasté, on introduisit le bas-allemand et le hollandais dans tous les actes publics, et, après la réformation, aussi sur la chaire et dans les églises; de sorte que, peu-à-peu , on parvint à chasser presque entièrement le frison,

(c Néanmoins, cette langue ancienne s'est conservée toute pure jusqu'à présent sur plusieurs points isolés, à l'exception de quelques modifications rendues nécessaires par le laps du temps. Voici les pays où on la parle encore ;

« I. En Westfrise. Le hollandais est la langue dominante dans les villes, particulièrement dans la capitale, Leeuwaardcn , nommée en frison LjauwerL; mais les gens de la campagne , au nombre de plus de 60,000 , sont encore alta-

OBSERV. SUR LES LANG. EUROPI- ENNES. Ijg

cbés à leur langue mère, et parlent le frison ( lân-fricscli ) eit plusieurs dialecles , dont ceux de Molquerum et de liindclopcn , sont les plus rcniarquablcs. Les mots de tons ces dialectes sont eiiticrcmcnt frisons; rpiclques-uns seulement sont tirés du' holhndais. Les déclinaisons et les conjugaisons ont perdu la plupart de leurs flexions. Les substantifs forment le pluriel en « ou en en , comme en hollandais. Le génitif du singulier masculin en s est presque aussi rare qu'en anglais. Quant à la conjugaison, il lui manque le subjonctif, qu'elle remplace jjar le parfait de l'indicatif; et toutes les personnes du pluriel dans tous les temps restent invariables, comme en anglais. Le frison, ainsi que cette dernière langue, ne distingue pas le genre dans les noms. La construction est presque toute hollandaise, idiome auquel le frison a emprunté aussi la plupart de ses conjonctions, ce qui rend le langage des livres assez res^ semblant à cette langue, comme on peut le voir par le passage suivant.

Français. C'est un

Frison. 't Is ien

Hollandais, 't Is een

singulier faire Ljucstre dwacn ,

bijstcr doen ,

Français. me ne assez surprendre

Frison. iny naet noag oer forwondci'je

Hollandais, mij nict gcnocg over vcrwondercn

dont dear daar

puis kin , kan ,

ik

que daf dat

Français. les Jossoyeurs

Frison. de hodders

Hollandais, de gravers

Fiançais. de parler, le

Frison. fen spvccken , de

Hollandais, van sprckcn , dcu

ou ouvriers , par caf larbeiders , by of aibcidcrs, bij

cours du soleil rin fenne sinnc

vande zon

loop

Français. varicent , afin quils Frison. lirdigje, op dat-se

Hollandais, streven op dat-sc

(.<?*?) reposer

riistj,e

nisteu

manière

minnçar»

manière

forvoorby-w

puissent.

mogge<

niofïcn.

Le hngagc populaire, au contraire, ressemble plus à l'an-

l8o INTRODUCTION, CHAPITRE iV.

glais ; et les vers ci-dessous, qui sont en même temps frisons et anglais, le démontrent d'une manière sensible.

Français.

Du beurre ,

du

pain

et

du vert

fromage.

Anglais.

Butter ,

br

pad ,

and

green c

heese ,

Frison.

Buter ,

brcad

in

griene

tjies.

Français.

C'est

bon

anglais

et

bon

frison.

Anglais.

Is

good

english

and

good

friese»

Frison.

Is

gûd

inglisch

in

gûd

fries.

« L'état de gêne , où s*est trouvée depuis long- temps cette langue, a empêché l'essor de sa littérature qui est très pauvre^ Les œuvres de Gysbert lapix, composées dans la seconde moitié du XVIP siècle, et particulièrement ses poésies, dont la seconde édition a paru à Franeker en i684, sont l'ouvrage le plus estimé qu'elle possède. Une comédie, ou plutôt une farce populaire , yp^aatze Grihberts hrillofb (Les noces de Waatze Gribberts, impr. en 1712), ne manque pas de saillies. Les poésies frisonnes d'Althuysen^ dont les plus importantes sont la traduction en vers des Psaumes, etc., publiée i Ljauwert 1755 , ainsi que plusieurs autres écrits d'autres écrivains, la plupart très rares et inédits, ne sont remarquables que sous le rapport de la langue. Les ouvrages les plus récens qui ont paru en frison sont; It Lihhenferi jiagijen Yshrands (la Vie d'Aagtjcn Ysbrands)^ roman populaire , et De hoerc" écAr/ei^»^e/- (l'Ecrivain des paysans), journal populaire qui a paru pendant quelque temps. La langue de ces deux derniers écrits est très corrompue par beaucoup de phrases hollandaises.

« 2. Dans les îles de TOstfrise, dans la mer du nord.

<( 3. Dans le Saterland , petit pays de 5 lieues hollandaises de long et de 2 de large, composé des paroisses de Scharrel et de Ilamsloo , aux frontières de TOstfrise et du Gldeuburg. Le dialecte qu'on y parle diO'èrc peu du wcslfrison.

ce 4. Dans l'île de llelgolaud.

OBSERV. SUR LES LANG. EUROPEENNES. l8t

« 5. Sur une partie de la côte occidentale et des îles du Sleswic en Danemarck, où les Frisons se sont établis après l'émigration des Anglo-Saxons.

« On les nomme Nordfriesen ou Frisons du Nord, pour les distinguer des habitans de la Westfrise et de l'Ostfrisc. Maintenant on parle le frison seulement dans quelques endroits le long de la côte, et sur les îles situées vis-à-vis , surtout sur celle de Sylt» Il n'y a dans ce dialecte, qui est très différent du Avestfrison , et très mélangé de bas-allemand et de danois, que quelques chansons populaires et une comédie, qui a paru à Sylt il n'y a pas long-temps. »

M. Malte-Brun a revu et approuvé nos différens articles sur le haut-allemand ancien (168), sur l'allemand proprement dit (169) , sur le bas allemand ancien (170) , sur le bas-allemand moderne (171), et ceux sur les idiomes de la branche Scandinave (171; 175; 176; 177; 178). Nous devons à l'obligeance de M. Retins, médecin de Sa Majesté le roi de Suède , des renseignemens sur la littérature et la langue suédoises, qui nous ont été très utiles dans la rédaction de notre article sur cet idiome.

Dans la rédaction de nos articles sur l'anglo-saxon (179) et sur l'anglais (180), nous avons été aidés par MM. Buchon et de Larenaudière, qui ont fait une étude approfondie de ces deux langues. Nous avons eu d'autant plus de confiance dans les notes que nous devons à l'obligeance de ces deux savans écrivains, que M. Buchon a été assez long-t^mps sur les lieux ou l'on parlait et oi!i l'on enseigne encore le premier de ces* idiomes , et où l'on parle et se trouve dans toute sa splendeur le second; et que M. de Larenaudière s'occupe depuis longtemps d'un travail important sur la langue et la littérature anglo-saxonnes dans leurs rapports avec les premiers produits de l'anglais moderne, antérieurement à l'époque de Chaucer.

Nous devons aussi à l'obligeance de M. Warden , le savant giographe des Etats-Unis, et membre correspondant de l'In-

6titut de France, de précieux rensciguemens sur le nombre respectif des diffcrens peuples germaniques répandus en Amérique, et sur les diverses contrées qu'ils occupent. Ils nous ont été d'une grande utilité dans la rédaction de nos divers articles pour la partie géographique.

Tout ce que nous disons dans l'article général sur les langues germaniques et leurs diffcrens alphabets, article dont la rédaction , faite d'après différens auteurs, nous a coûté un long et pénible travail , a été revu et approuvé par M. Malte- Brun.

ISous n'avons plus qu'un mot à dire sur notre introduction. Travaillée d'après les meilleurs historiens, nous espérons qu'on n'y trouvera rien à redire quant aux faits qui y sont exposés. Peut-être nous accusera-t-on d'avoir exagéré la grande civilisation à laquelle sont parvenus la plupart des peuples compris dans cette famille Mais les faits mêmes que nous citons, V^llemagne de madame de Staël, et surtout le Koyage dans la Grande-Bretag-ne et les savans Mémoires sw la marine et les ponts et chaussées de France et d' Angleterre à^ M. Charles .Dupin, oii nous en avons puisé quelques-uns , nous raetti'out à l'abri de ce reproche. Les évaluations relatives à la 'surface et à la population des possessions des peuples germaniques et des monarques qui les régissent, sont le résultat des longs calculs que nous avons faits nous-mêmes pour d'autres ouvrages déjà publiés, et d'autres que nous allons livrer à la presse. Voyez à la page i5i.

lY. Famille des langues slaves.

Peu de familles ethuographiques sont répandues sur un plus grand espace, et jouent un rôle plus important dans l'histoire , que la famille slave. Nous nous flattons d'avoir fait sentir l'un et l'âutre dans notre introduction au quatrième tableau des langues européennes.

L'évaluation de la surface qu'occupent ou sur laquelle domi-

OBSERV. SUR LES I.ANG. EUROPEENNES. l83

lient des nations d'oiiglno slave, est le résultat des longs calculs que nous avons faits nous-mêrae dès le commencement de notre travail ethnographique, lorsque nous nous proposions de donner la surface du territoire et la population approximatives des principales nations du globe, mais que nous n'avons pas continué lorsque nous avons vu que les recherches relatives aux langues, aux usages et à l'histoire, qui devaient former les parties les plus importantes de notre Atlas Ethnographique, ne nous laissaient pas le loisir nécessaire pour faire conveua- Llement de semblables calculs. C'est aussi alors que , ayant presque fini d'évaluer la surface des principaux empires dont l'histoire fait mention, nous avons trouvé que l'empire Russe actuel les dépasse tous. Il est vrai que l'empire Mongol , pendant quelques années, et précisément depuis 1260 jusqu'à 1294 , période qui comprend le règne de Kublaï, a dépassé en étendue celui de l'autocrate actuel de la Russie; mais ses parties étaient très peu liées ensemble, et formaient plutôt une grande confédération qu'un véritable état. D'ailleurs, cette masse énorme se dissout à la mort de Kublaï, pour former des états indépendans. Personne ne pourra donc nous accuser d'exagération ou d'inexactitude , si nous avons dit dans l'introduction, que (( les Russes sont la nation dominante du plus vaste empire qui ait eu jusqu'à présent une véritable existence. » Nous ne croyons pas non plus qu'on trouvera exagérées les expressions dont nous nous sommes servi à l'égard des Russes, puisque les descriptions détaillées des principaux établissemens littéraires de cet empire , dus à Pierrc-le-Grand, à l'immortelle Catherine, et au magnanime Alexandre, que tout le monde peut lire, ne laissent aucun doute sur le droit qu'ont les Russes, de les comparer aux principaux établissemens correspondans'de l'Europe.

Nous prions aussi tous ceux de nos Jcctcars qui pourraient croire que nous avons exagéré dans les rapprocheraens que nous avons iiuts entre la civilisation et les grands hommes

l84 iNTR(iDUCTIÔK , CHIpITRÉ it^

offerts par l'histoire de Russie, ef la civilisation et les grand^^ hommes des autres nations, de lire l'histoire de cet empire par M. Karamsin, ce que nous avons publié en 1823, dans notre Essai Statistique sur le royaume de Portugal, aux pages 123- 127, et 161 du IP volume, et les faits aussi curieux que généralement ignores, consignés dans le VHP chapitre de cette Introduction. Us verront qu'il n*y a ni exagération ni flatterie de notre part^ et que tout ce que nous disons dans l'introduction aux langues slaves à l'égard des Russes, n'est que îe résumé d'une foule de faits que nous avons puisés à différentes sources , et qui sont aussi curieux que généralement ignorés. Malgré cela, nous offrons à nos lecteurs le morceau ci-dessous, tiré de l'histoire de M. Karamsin, afin de justifier ce que nous avons dit à l'égard de Jean III. Il nous servira d'égide contre ceux qui, ne connaissant l'histoire de la Russie que d'après des abrégés inexacts, ou des tableaux historico-géographiques très incomplets, ne manqueraient pas de nous accuser de partialité pour ce grand monarque, qu'ils ^sc figurent à tort être bien au-dessous du fameux Pierre-le-Grand. D'ailleurs, cet éloquent morceau leur offrira en peu de mots la situation politique de l'Europe à l'époque du règne mémorable de ce grand borame.

« Jean III est du petit nombre de ces souverains destinés par la Providence à fixer pour long-temps le sort des nations. Héros de l'histoire de Russie, il n^lppartient pas moins à l'histoire universelle , et figure avec éclat parmi les créateurs des empires. Sans se perdre dans des subtilités métaphysiques, sans oser pénétrer les suprêmes intentions de la Divinité, un observateur attentif remarque des époques heureuses ou funestes dans les fastes de la société ; il voit souvent tous les cvcnemens concourir à un seul but, pour produire ces grands effets, qui changent la face du genre humain. Jean parut sur le théâtre politique dans un temps où un nouveau système de gouyernemcnt, favorable au pouvoir des souverains de l'Eu-

OBSERV. SUR LES LANG. EUROPEENNES. l85

fope s'élevait sur les ruines du système féodal. L'autorité royale avait beaucoup gagné en Angleterre et en France; l'Espagne, libre du joug des Maures , était devenue puissance du premier ordre; fc Portugal florissait et voyait augmenter ses ricliesscs par les succès de sa navigation, par d'importantes découvertes; l'Italie, quoique divisée, pouvait s'enorgueillir de ses flottes, de i'état brillant de son commerce, de ses progrès dans les arts, dans les sciences, et de la finesse de sa politique. L'insouciance et l'apathie de l'empereur Frédéric IV, n'avaient pu rendre le repos à l'Allemagne , déchirée par les guerres civiles ; mais déjà son fils Maximilicn méditait dans son esprit l'heureux changement qui devait améliorer la situation de ses étals , relever la dignité impériale avilie par les lâches successeurs de Rodolphe, et mettre le comble à la grandeur de la maison d'Autriche; la Hongrie, la Bohême et la Pologne, alors gouvernées par les descendans de Gédimin, ne formaient pour ainsi dire qu'une seule puissance, capable, en s'unissant avec l'Autriche, de réprimer l'ambition de Bajazet, si redoutable aux chrétiens. La réunion des trois royaumes du nord devant assurer leur importance dans le système politique de l'Europe, était le but de tous les efïbrts du roi de Danemarck. La république helvétique, fondée par l'amour de la liberté, défendue par la chaîne inaccessible des Alpes, mais agitée par l'ambition et la cupidité, recherchait le dangereux honneur de prendre part aux querelles des monarques les plus puissans, et le méritait par la valeur de ses patres. La ligue anséatique, composée de 85 villes allemandes, association à-la-fois commerciale et militaire, sans exemple dans l'histoire , et très intéressante par rapport à l'ancienne Russie , jouissait de la considération des princes et des peuples. La gloire personnelle de Plettenberg avait relevé la dignité des ordres livonien et teutonique. Indépendamment des progrès de l'autorité des lois, et de cette sage politique qui établissait des relations entre les pays les plus éloignés les uns des autres; sans parler de l'amélioration de l'état social, sinon

l86 INTRODUCTION, CHAPITRE IV.

dans toutes , du moins dans les principales contrées de l'Europe, le siècle de Jean fut signalé par deux grandes découvertes. Guttemberg et Faust inventent l'imprimerie, chose si importante , si favorable à la propagation des lumières, qu'elle peut aller de pair avec l'invention de l'alpLabet. Colomb découvre un nouveau monde , attrayant pour la cupidité, objet de curiosité pour l'observateur et pour le philosophe, qui, en voyant dans ces lieux l'homme encore dans l'état de l'enfance, peuvent y suivre toutes les gradations de l'esprit social, et par l'histoire de l'Amérique, expliquer celle de tout le genre humain. Jusqu'alors les précieuses productions de l'Inde arrivaient à Azof par la Perse et la mer Caspienne , route longue, pénible et dangereuse. Cette contrée , la première peuplée, la plus anciennement civilisée, se dérobait à l'Europe , qui ne la connaissait que par des données vagues et fabuleuses sur ses immenses lichesses : les tentatives hardies de quelques navigateurs pour faire le tour de l'Afrique furent enfin couronnées du plus heureux succès, et Vasco de Gama, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, aperçut la cc'c des Indes avec les transports d'enthousiasme qui avaient embrasé Christophe Colomb à la vue de l'Amérique. Ces deux découvertes ayant enrichi l'Europe, étendu son commerce, augmenté son industrie , ses connaissances , son luxe , et les agrémens de la vie sociale, exercèrent en même temps une puissante influence sur le sort des empires. La politique devint plus étendue , plus compliquée : pour conclure des traités, les ministres durent consulter les cartes géographiques, et calculer les avantages commerciaux, l'une des bases de la prospérité et de la puissance des états; de nouvelles liaisons se formèrent entre les peuples; en un mot, on vit commencer une nouvelle époque , favorable , sinon au bonheur et à la tranquillité des nations , du moins aux progrès de la civilisation et fi la force des gouvernemens.

ce Pendant près de trois siècles^ la Russie s'était trouvée hors

du cercle de l'activité politique de l'Europe, et n'avait pris aucune part aux phases importantes qu'y avait subies la société. Bien que les louables efforts des princes de Moscou , depuis Kalita jusqu'à Vassili-l' Aveugle, eussent beaucoup fait pour la monarchie et pour la force intérieure de la Pvussie, cependant ce n'est véritablement que sous Jean III qu'elle sortit, pour ainsi dire, du chaos où elle n'avait ni une forme bien prononcée, ni une existence civile assurée. Les succès de Kalita n'étaient que le résultat de l'adresse d'un rusé serviteur des Mogols. Le généreux Dmitri fut vainqueur de Mamaï, mais il vit sa capitale réduite en cendres, et fut obligé de s'humilier devant Tokhtamouisch ; le fils du héros du Don, qui n'employa tous les ressorts de sa rare circonspection qu'à conserver l'intégrité de la Moscovie, fut contraint de céder à Yitovle Smolensk avec d'autres provinces russes. Il rechercha aussi la faveur des kbans , et son petit-fils, incapable de résistera une poignée de brigands îatars, but le calice de l'opprobre sur un trône avili par sa faiblesse. Prisonnier à Kazan, captif à Moscou même, il parvint enfin à dompter les enneiuis extérieurs; mais en rétablissant les apanages, il exposa la grande principauté aux dangers de nouvelles guerres civiles. La Horde et la Litlîuanie, comme deux ombres horribles, cachaient l'univers à nos regards, et bornaient l'horizon politique de la llussie, faible par l'ignorance où elle était des forces recelées dans son sein. Né tributaire d'un peuple nomade , semblable aux Kirguis de nos jours, Jean devint un des plis illustres monarquï?s de l'Europe; considéré, respecté depuis Piome jusqu'à Constantinople , Vienne et Copenhague, marchant de pair avec les empereurs et les fiers sultans, sans aucune étude, sans autre guide que son génie , il se donna lui-mciKC les sages préceptes de la politique intérieure et extérieure. Employant tour-à-tour la force et la ruse pour rétablir l'indépendance et rintégrité dé la Russie, pour détruire l'empire de Ikli, réprimer et morceler la Lithuanie, anéantir la liberté dcsNovgoro-

i88 Introduction, cjupitrê ïv.

tliens, incorporer les apanages à la grande principauté, étendre enfin les domaines moscovites jusqu'aux déserts de la Sibérie et jusqu'à la Laponi^ Norvégienne, il créa, sur les bases d'une prévoyante modération , un prudent système de guerre et de paix, que ses successeurs n'avaient qu'à suivre pour consolider îa grandeur de l'état. Après avoir attiré l'attention des puissances occidentales par son mariage avec Sophie, il eut bientôt déchiré le voile qui nous x^achait l'Europe, examiné d'un œil curieux les trônes et les royaumes, mais il ne voulut pas s'im* miscer dans les affaires étrangères à l'intérêt de ses états : s'il laccepta des alliances , c'est qu'elles étaient réellement utiles à îa Russie ; habile à chercher des instrumens pour l'exécution de ses projets, il n'en servit jamais à personne, agissant toujours en monarque aussi grand que sage , et n'ayant dans sa politique d'autre passion qu'un vertueux amour pour le bien de son peuple. Le résultat de tant de soins fut qtie la Russie, comme une 'puissance indépendante, éleva majestueusement sa tête sur les confins de l'Europe et de l'Asie, jpuissant déjà du calme intérieur, et n'ayant rien à redouter de ses ennemis étrau-* gers. »

Nous ne prétendons pas décider la question sur l'origine des Boxolani j des Jazyges de Strabon, qui paraissent être les ancêtres des laLwinges y nommés aussi Po^/^Aria/zi par les auteurs polonais. Nous connaissons le pour et le contre, et, quoiqu'il nous paraisse encore plus probable de classer tous ces peuples parmi les nations slaves que parmi ceux appartenant à toute autre famille, nous avons mis un point d'interrogation après leui nom, pour signaler nos doutes et l'état encore indécis de ce point historique. Gomme tout ce que nous pouvions dire à l'appui de notre opinion nous mènerait trop loin , fatiguerait la plupart de nos lecteurs, et n'aurait presque rien de nouveau pour la plupart di^s savans qui s'occupent de semblables recherches , nous croyons inutile d'exposer les motifs qui nous ont décidé dans notre choix.

Nous avons dit que les Moraves, sous leur roi Swiatopolk, Swalopluk ou Zwcndobald, figuraient parmi les grandes nations de l'Europe, parce que ce prince, aussi Lrave qu'habile, battit Carloraan , affranchit les nations slaves du joug des Francs, les réunit à son royaume, qui comprenait à l'époque de sa plus grande puissance, outre la Moravie, la Bohême, le Voigtland, la Misnie, la Lusace, le Brandebourg, la Poméranie, la Silésie, la Pauonie supérieure et l'inférieure, et la Dalmatie. Apres sa mort arrivée en 894, il fut partagé entre ses trois fils , et les Moraves cessèrent de figurer parmi les grandes Dations de l'Europe.

Après la publication de la savante dissertation de M. Lebrberg sur la patrie des Varegues, nous avons cru qu'on pouvait placer sans hésiter leur fameux chef Rurik parmi les Normands. C'est pour cela que nous avons nommé seulement par incidence, ce fondateur de l'empire Russe, qui doit figurer dans l'introduction des langues germaniques.

Nous observerons aussi ,pour éclaircir un passage de notre introduction aux langues de celte famille, que l'empereur Rodolph II d'Autriche, dont les Bohèmes parlent toujours avec enthousiasme, a passé au milieu d'eux presque toute sa vie. Protecteur éclairé des arts et des sciences, qu'il cultivait luimême, son palais de Prague était l'asile et le rendez-vous des artistes et des savans de l'Europe les plus distingués. Parmi ces derniers, on peut nommer les fameux astronomes Tycho- Brahe et Jean Kepler , et le savant Jessenim.

Nous avons quelques importantes remarques à faire sur la classification des langues de cette famille. Celle des deux premières branches est identique à la classification donnée dans le Mithridales, les seuls noms exceptés. Trouvant que la branche appelée dans cet ouvrage orientale ^ d'après le savant Dobrowski, contient des peuples qui sont justement les plus occidentaux de tous les Slaves actuellement vivans; que les Windesméridionaux, compris dans cette même branche, vivent

igO INTRODUCTION , CHAPITRE IV.

SOUS les mêmes méridiens des Bohcraes, que le Mithrîdates place parmi les peuples de la seconde branche, ou les Slaçes occidentaux ; que les peuples de celte famille qui étaient réellement les plus occidentaux, tels que les Wendes du Nord, se sont éteints depuis plusieurs siècles : nous avons cru devoir abandonner des dénominations géographiques qui ne sont pas exactes, pour les remplacer par d'autres tirées du nom des principaux peuples compris dans chaque branche. Nous avons cependant cité les dénominations correspondantes du Mithridates, par égard au savant continuateur de cet ouvrage, et au célèbre slaviste Dobrowsky , qui les a proposées.

Les savantes rechetches laites par M. Malte-Brun sur les langues compriscj» dans la troisième branche , dont le résultat est consigné dans son tableau encoremanuscrit des peuples de l'Europe , et qui s'accorde avec l'opinion émise par le profond philologue Arndt, et avec celle du savant pasteur de Lesten , M. Watson , nous ont engagé à ajouter une troisième branche, qu'à l'instar des autres nous avons nommée u^'endo- lithuanienne. Nous y avons classé , d'après ces trois savans , le wende (ï88), que le Mithrîdates place parmi les langues de la seconde branche, et les idiomca germano-slaves ou lettons (189; 190; 191), qu'il regarde comme formant une famille indépendante. Nous n'ignorons pas que le grand philologue M. Rask, dans son Untersuchung ueher den Ursprung dcr altaordischen oder islaendischen Sprache , publié à Kopenhaguc en 1818, n'admet pas l'origine récente et la nature mélangée à(i& langues lettonnes, et qu'il suppose le lithuanien ou letton aussi ancien que tout autre idiome de la famille slave. Mais , après avoir lu attentivement les trois dissertations de M. Watson , publiées dans les mémoires de la société de Courlande ;

dissertations qui ont ete composées a une époque qui suppose

dans son savant auteur la connaissance de l'opinion émise par

M. Rask, nous n'avons pas hésité à nous ranger avec le premier.

C'est à ces trois dissertations que nous renvoyons ceux qui ne

partageraient pas notre avis relativement à la classification des langues comprises dans cette branche. Il nous semble qu'il faudrait aussi y placer le windc (i84) ou slave parle dans la Carniolc, la Styrie et la Carintliie, à cause du mélange évident qu'il offre du slave pur avec rallcraand.

Nous prévenons cependant nos lecteurs que, par les raisons exposées à la page 10 et suivantes, ne considérant ces langues que dans leur état actuel, nous faisons toujours abstraction du proto-wende et du proto- lithuanien, que nous n'avons pas ose classer, quoique, en partageant Tavis de M. Malte-Brun^ nous ne doutions pas qu'il faudrait assigner une place distincte à ces deux langues, que, dans leur état de pureté primitive, l'on pourrait regarder maintenant comme tout-à-fait éteintes.

Maintenant, il nous reste à faire quelques autres remarques sur ce que nous avons dit dans le tableau en parlant des idiomes compris dans celte famille. Nous observerons d'abord que tout ce que nous disons relativement aux pays où vivent hs peuples slaves, a été tiré des meilleurs auteurs allemands qui ont écrit sur ce sujet; et qu'à l'égard de la Hongrie, nous avons donné la préférence à trois sa vans articles de M. CsaplovicSj insérés en 1820 dans les Vaterlaendische Biaetter de Vienne; ensuite , que nous avons profité aussi des connaissances théoriques et locales d'un de nos meilleurs amis, le savant comte Sorgo de Raguse , pour distinguer le dialecte slave pur (181) parlé au sud de la Narenta jusqu'au Driuo , du dialecte slave mélangé, que nous proposons de nommer dave italianisé :, parlé le long de la cote depuis la Narenta jusqu'au Littoral Hongrois. Nous observerons même, à cet égard, que ce n'est que le seul manque du loisir nécessaire pour nous livrer aux recherches qu'il aurait fallu faire pour nous acquitter convenablement d'une si grande tache, qui nous a engagé à suivre provisoirement l'opinion du savant continuateur du Mithridales à l'égard de^ anciens slaves de l'Iilyrie. Plusieurs noms de rivières, de villes, de montagnes, des tribus et à.ç.%

ïpî INTRODUCTION, CHAPITRE IV.

peuplades de celte contrée , cités par des auteurs grecs ou romains, appartenant incontestablement aux langues slaves, nous paraissent pour le moins de très fortes présomptions contre l'avis du savant M. Vater, et d'autres philologues qui le par-

tagent.

A l'égard du russe , nous avons profité des lumières d'un jeune littérateur qui nous honore de son amitié, qui a parcouru presque toute la Russie d'Europe, et la partie occidentale de celle d'Asie , et qui , à la connaissance profonde de sa langue nationale ancienne et moderne, et de sa littérature, réunit l'avantage d'avoir été sur les lieux , et d'avoir pu juger par luimême àcs différences offertes par les principaux dialectes du russe, qu'il a entendu parlera ïobolsk, à Kharkhof, à Moscou, à Pétersbourg, etc., etc. Comme nous le disons dans le tableau, nous croyons que les petites différences existantes entre le slawcnski ou russe ancien et le slavon ou servien, nous autorisent à regarder le premier comme tout au plus un dialecte du second. Par les raisons indiquées dans le chapitre premier , et par les différences remarquables offertes par les grammaires du rouski (182) ou russe moderne et du slawenski (181) ou russe ancien, ayant regardé le premier comme une langue et non pas comme un dialecte, nous en avons séparé les deux littératures correspondantes, qui, en conséquence, se trouvent classées chacune avec leur langue respective.

L'article qui paraît suivre les noms du bulgare, le grand nombre de mots étrangers et surtout turks qui ont passe dans ce prétendu dialecte du serbe ou servien, nous paraissent des raisons plus que suffisantes pour en faire au moins une langue sœur de celles comprises dans la première branche. Malgré cela, nous n'avons pas osé le classer comme tel, manquant des moyens nécessaires pour faire une si grande innovation contre Tavis des plus grands philologues ; nous l'avons, avec eux, classé parmi les dialectes du servien. Cependant, nous croyons que si Iç bulgare était bien connu , il nous offrirait les

ÔBSERV. sur les L\NiG. EUROPEENNES. I93

^licnoïttènes que présentent le prucze (189), l'anglais (iwo) et autres idiomes formes par le mélange de plusieurs langues.

DansTarlicleninde, (1 84) parlant de sa lluéralurc^uons avons dit que cet idiome possédait une des meilleures grammaires slaves. Tous ceux qui connaissent la savante grammaire publiée par M. Kopitar -, digne de figurer à cô'é de celles des savans DobroNvski, Yattr et autres grands philologues, ne nous désapprouveront pas d'avoir cité de la sorte un travail littéraire qui se trouve justement enrichir une des littératures les plus pauvres de cette famille.

Noire article sur le lette (191) a été rédigé principalement d'après ce qu'en ont dit M. "Watson et monseigneur de Siestrencewitz, relativement à la place qu'occupent ceux qui le parlent^ et aux particularités offertes par sa grammaire. Pour tout ce qui regarde sa littérature, nous avons profilé d'un article aussi savant que curieux que nous avons trouvé dans l'excellent Essai sur l'histoire delà Livonic, rédigé il y a quelques années par M. le comte de Bray (i^S).

Nous aVons classé comme des dialectes principaux du bohème (i85) le straniaque, le sallaschaque, le passckarsche Ct le szolaque; les trois premiers parce que, n'ayant pas les vocabulaires respectifs, et ne connaissant pas assdz les rapports qu'ils ont entre eux et entre le bohème, nous croyions qu'il valait encore mieux les classer chacun séparément, coninle des dialectes principaux , que de nous exposer à commettre des erreurs, en leur assignant une toute autre place. A l'égard du jZotaque , sa nature mélangée nous autorisait à le tlasscr parmi les dialectes du bohème comme parmi ceux du polonais. Nous croyons, d'après les informations qu'on nous en a données, qu'il vaut encore mieux lui accorder une place parmi \q?> dialectes du bohème que parmi ceux du polonais.

Contre l'avis du savant continuateur du Mithridates, suivi en cela de plusieurs autres, nous avons regardé le A-mv/foc/ze comme un dialecte du lithuanien. La manière positive dont

ig4 INTRODUCTION, CHAPITRE IV.

s'exprime sur ce point M. Watson dans une de ses dissertatioïis insérées dans les mémoires de Courlande, et ses profondes connaissances dans plusieurs langues slaves, dans l'allemand et le lelte, devaient nous inspirer plus de confiance que tous les philologues qui avant lui ont écrit sur ce sujet. Cesl aussi en suivant son opinion, que nous avons classé les Koures parmi les Lettons, malgré d'imposantes autorités, qui regardent ce peuple comme formant partie de la grande famille tchoude ou finnoise.

Nous croyons en avoir dit assez dans l'article de notre Dis« cours préliminaire relatif aux erreurs etlinograpliiqucs dont fourmillent presque tous les livres d'histoire , de géographie et de voyages, très estimables d'ailleurs sous d'autres rapports, pour nous dispenser de donner ici les raisons pour lesquelles nous n'avons pas classé parmi les langues slaves, les idiomcs^ des Jluns , des Alains , des Avares, des Hongrois et des 7\irks , qui, d'après un ouvrage aussi répandu que réputé en France, ne seraient que des dialectes du slavon ; idiome qui lai-méme ne serait qu'un dialecte du grec, selon un voyageur très instruit, et qui a puLlié dernièrement des choses aussi exactes que peu connues, sur une des plus intéressantes peuplades de cette nombreuse famille.

Nous finirons ces remarques sur les langues slaves, en observant que les idiomes de cette famille offrent un phénomène ethnographique assez curieux. Ce sont justement les peuples les plus éloignés les uns des autres, qui parlent les langues les plus rapprochées entre elles. Le slavon ou scrvien et le russe diffèrent infiniment moins entre eux. que ne difïèrc le polonais du russe , ou le servien du winde (i84), ou le lithuanien et le Ictte du russe et du polonais.

Y. Famille des la>'gues ouii aliénées , NoMatÉEs commu-

>^ÉMENT FINNOISES OV TCIIOUDES.

Gomme tout ce que nous connaissons de l'histoire et des lau-

gucs (les peuples compris dans cette famille, nous port? vers l'Oural, qui paraît avoir été leur plus ancienne pairie, nous n'avons pas hésité à adopter la dénomination sonore , géographique et historique ai O uraliennea , que le savatit M. J. Klaproth a proposée pour ces nations, à quelques-unes desquelles sculeiBcnt peuvent convenir les dénoniinalions de Tchoudes et de Finnoises , que l'usage leur accorde depuis long-temps.

C'est aussi la classification générale tracée par ce grand philologue, qui a été notre pierre angulaire pour classer les à'iïférens idiomes de cette famille. Nous avons cependant puisé à différentes sources les matériaux nécessaires pour donner la description de chaque langue. Nous nous sommes cru obligé d'ajouter \\\\g cinquième Lranche , que nous avons nommée incertaine j afin de ne pas confondre ce qui n'est encore qu'une simple conjecture, avec ce qui, ctlmographiquement parlant, est une vérité démontrée.

Nous avons regardé le finnois proprement dit (192) et l'csihonien (198) comme deux. langues sœurs, au lieu d'en faire deux dialectes d'un même idiome, selon l'opinion généralement adoptée par lessavans. En voici les motifs : d'abord, })arce ([ue le savant M. Vater en a fait de même; ensuite ,. parce qu'ayant comparé les vocabulaires respectifs donnés par M. Klaproth , nous les avons trouvés différer trop l'un de l'autre pour pouvoir, d'après les principes exposés dans le chapitre P^ , les regarder comme des dialectes d'une même langue. En efïct, 5;nr les 210 mots donnés [lar M. Klaproth, nous en avons trouvé 35 entièrement différcns. Mais, comme plusieurs de ces mots ont a, 3 et jusqu'à 4 synonymes, on pourrait porter ce nombre jusqu'à 5o, parce qu'il pourrait se fiiire qu'un Finnois, en ])arl.intavcc un Eslhonicn, au lieu de se servir des mots conmjuns, et par conséquent intelligibles à tous les deux, cmplovàt justement une des expressions qui lui sont particubèrcs, et qui par là sont iinaîeHigiblcs à TEslonien , et vice versa. Ce fait

196 INTRODUCTION, CIIAPITIIE IV.

une fois admis, comment peut-on regarder comme desdialcctefs d'une même langue, des idiomes qui, dans des mois aussi impoitans que le sont ceux choisis par M. Klaproth, offrent déjà un quart d'expressions enticrement différentes? Mais ce n'est pas tout : il faut encore ajouter les terminaisons de plus d'un tiers de ces mêmes mots , qui difïèrent beaucoup d'une langue u l'autre ; ensuite les formes grammaticales et les nombreux idiotismes que nous n'avons aucun moyen d'indiquer, mais qui n'en existent pas moins, et qui contribuent beaucoup à faire différer l'un de l'autre ces deux idiomes. Si tout cela ne suffit pas pour faire regarder ces deux prétendus dialectes comme deux langues sœurs, nous ne savons pas ce que l'on pourrait citer pour considérer comme des langues les idiomes qui forment non la famille slave, mais les familles greco-laliue et germanique, et qui, à quelques exceptions près, offrent entre eux des différences encore moindres que celles que présentent ces prétendus dialectes de la branche finnoise. Nous n'avons pas eu assez de loisir pour faire le même essai sur les prétendus dialectes de la Carélie et d'Olonctz; nous ne doutons pas qu'il ne donnât des résultats à-peu-prcs semblables.

A l'égard de la langue lapponne (194), le savant auteur du Milhridatcs a déjà signalé les grandes anomalies qu'offrent ses nombreux dialectes, surtout ceux que l'on pourrait prendre pour types de ses trois grandes divisions géogra [chiques, qui le sont jusqu'à un certain point aussi ethnographiques : noirs voulons parler des dialectes lappons que parlent les peuplades laj'ponncs dans les vastes solitudes nommées Lapponie-Norvégiennc, Lapponie-Suédoise et Lapponie-Russe.

Nous avons décrit les langues esthonienne (rgS) et live (196), d'après le savant Essai sur V histoire de la Li^'cnie par M. le comte de Bray; ouvrage où cet habile diplomate dépluie une critique et un savoir peu communs. Bans quelques points douteux, nous avons aussi donne la préférence à l'opiuion de ce littérateur, parce qu'elle est presque toujours

basce sur celle des savans les plus distingués des pays qu'il a entrepris de nous faire connaître.

Par les raisons exposées dans le premier chapitre, nous avons regarde le permien et le syrenc comme deux dialectes d'une même langue, que nous avons nommée permienne (198). Nous en avons fait autant à l'égard du mokscha et du ersan , qu'avec M. Klaprotli nous avons regardés comme deux: dialectes de la langue mordouine (197). Cependant i.ous devons observer que ces deux dialectes nous paraissent ofTiir dans leurs vocabulaires respectifs, des différences trop remarquables pour les regarder comme tels.

Tout ce que nous disons dans notre article sur la langue hongroise (200) est tiré de plusieurs articles des VaterlitndiscJie Blàtter , et particulièrement d'un de M. Csaplowics. Tout ce qui regarde la littérature hongroise et en partie sa grammaire, est le résultat de nos entretiens avec le savant P.-A. Gerits, professeur à Kcsstehely, dans le Tlieoretiachprahtlscli-ôkônomische Institut Georgicon du comte Festetics de Tolna. L'importance de la Hongrie, le rôle brillant joué par les Hongrois, et la place qu'ils occupent parmi les nations ouraliennes, nous ont paru des motifs assez forts pour nous engager à entrer dans quelques détails sur la langue de ce peuple, si intéressant sous tiint d'autres rapports. C'était d'ailleurs le seul moyen de redresser les faux jiigeraens que l'on a dans l'Europe méridionale et occidentale sur la civilisation des Hongrois, et sur l'usage toujours subsistant parmi eux de la langue latine.

Les quatre articles sur les langues comprises dans la branche incertaine (2o3 ; 2o4; 2o5; 206), sont travaillés d'après les renseignemcns que nous avons trouvés dans les mémoires sur l'Asie, de M. Klaprotli, dans les histoires de Rlùis et de Karamsin , dans les tableaux historiques de Kruse et autres ouvrages, et d'après ceux que nous ont fournis nos entretiens avec les savans philologues que nous avons nommés dans ce tableau.

198 INTRODUCTION j CHAPITRE T.

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