‹ Introduction à l'entomologie (volume 2)Chapitre 12 sur 44 · DES ESPECES PAR GENRE · texte numérisé non relu

DES ESPECES PAR GENRE

Sibérie.

Europe.

Amérique boréale.

Amérique méridionale.

Afrique.

Nouvelle-Hollande.

Il suit de là que le nombre absolu des genres augmente du nord au midi , puisque l'Europe en a plus que la Sibérie , et l'Amérique du sud plus que l'Europe ; mais on voit en même temps que ce nombre ne croît pas dans la même proportion que les espèces, et suit au contraire une marclie inverse. La cause en est facile à deviner. En effet, toutes les familles , sauf un très-peti t nombre d'exceptions, ont des représentans dans toutes les grandes régions du globe ; cbacune d'elles aura par conséquent en partage un nombre d'Insectes d'autant moindre que l'entomologie de ces régions sera plus pauvre. Les genres qui constituent ces familles ont à leur tour , pour la pluj)art , leurs représentans ou leurs analogues dans ces mêmes récions , et la rè<rle de partage dont il vient d'être question s'applique nécessairement à eux aussi. Il en résulte que leur nombre augmente en raison inverse de celui des espèces , ou , en d'autres termes, que dans un pays donné, le nombre des genres sera d'autant plus élevé relativement que ce pays possédera moins d'espèces , et réciproquement.

Quant aux familles, toutes étant représentées dans les mêmes régions, sauf celles des Xylophages et des Psclapliiens , elles ne sont pas susceptibles de calculs semblables. On pourrait, il est vrai, descendre aux groupes immédiatement inférieurs , c'est-à-dire aux tribus ; mais on sait combien peu les entomologistes sont d'accord sur ce point.

Du reste , si , laissant de côté ces calculs dont la rigueur peutparaître suspecte, on voulait classer les difïérentes régions du globe d'après leurs richesses entomologiques , sans s'astreindre à une exactitude impossible , nous croyons qu'il faudrait le faire de la manière suivante.

Au premier rang serait l'Amérique in ter tropicale; et en tête des pays qu'elle renferme , le Brésil , à la suite duquel viendraient le Mexique , puis la Guyane et la Colombie.

Les îles de la Sonde , la partie du continent indien qui les avoisine , Madagascar , la Cafrerie et la côte occidentale de l'Afrique équatoriale, occuperaient le second rang, sans qu'il soit possible en ce moment de décider lequel de ces pays l'emporte sur les autres.

Au troisième nous placerions l'Europe , en y comprenant les bords du bassin de la Méditerranée. L'Allemagne , en prenant ce mot dans son acception la plus vaste , nous paraît le pays le plus riche de cette division.

L'Amérique boréale paraît bien moins riche que l'Europe à latitude égale , et en la considérant dans son ensemble. Elle semble être , sous le point de vue c[ui nous occupe , de niveau avec l'Asie , qui , bien que située en partie sous le tropique, renferme de trop grands espaces stériles dans toutes ses parties pour

être aussi productive en Insectes que sa position géographique le ferait croire.

La même raison nous fait rejeter au cinquième rang l'Afrique boréale , le Chili , le Tucuman , le Pérou , et en «énéral les contrées de l'Amérique situées à l'ouest du Brésil et au sud de la Colombie.

Au dernier se trouvent nécessairement les régions polaires des deux continens , auxquelles la Nouvelle- Hollande ne paraît pas beaucoup supérieure , malgré sa position en partie in ter tropicale.

La proportion dans laquelle les espèces , genres et familles se trouvent dans les divers pays , est susceptible d'être établie d'une manière plus satisfaisante. On pourrait même le faire pour un pays donné d'après une collection médiocrement complète, pourvu que l'entomologiste qui l'aurait formée n'eût pas recueilli certaines familles avec plus de soin que d'autres. Cela n'est malheureusement pas , surtout pour les espèces exotiques , car chaque collecteur est presque toujours attiré vers certains groupes par une préférence involontaire. Néanmoins on possède déjà assez de matériaux sur les Coléoptères pour qu'on puisse entreprendre le travail en question à leur égard.

Le tableau suivant présente le nombre d'espèces de cet ordre que l'on connaît en ce moment dans les huit régions suivantes , qui ne diffèrent pas beaucoup entre elles pour l'éLendue, à savoir : l'Amérique boréale , en en retranchant le Mexique , qui par sa position en partie intertropicale appartient à la région suivante ; l'Amérique méridionale et le Mexique; l'Afrique; l'Europe, en y joignant la Russie méridionale; la Laponie et la Sibérie; l'Asie; l'Archipel indien et l'Océanie ; enfin la Nouvelle-Hollande. Ces régions nous ont paru

suffire pour le but que nous nous proposons. Les espèces sont réparties dans 22 familles , comme dans le Catalogue de M. le comte Dejean ; mais , au lieu de disposerces fiimilles dans l'ordre systématique, nous les avons placées, pour chaque région, d'après le nombre décroissant de leurs espèces , arrangement qui permet de voir du premier coup d'œil celles qui dominent dans chaque région. Ce tableau est destiné principalement à faire voir cette prédominance; et nous développerons en peu de mots les autres conséquences qu'on peut en tirer (1).

(i) La troisième édition du Catalogne de IM. le comfe Dejean a servi de base pour la rédartioii de ce tableau, qui noi.s a ooûté d'assez longues recberclies. Nous avons consulté ensuite les ouvrages spéciaux surcliaque pays et une foule de mémoires et de recueils contenant des descriptions d'espèces nouvelles. En combinant tous ces matériaux, nous avons obtenu i\J\5o espèces de Coléoptères , c'est-à-dire 2,25i de plus que n'en porte le Catalogue en q\xciù.on. L'impossibilité d'établir la synonymie nous aura sans doute fait coaimettre bien des doubles emplois Nous croyons cependant que ce tableau donne assez exactement le rliiffre des Coléoptères mentionnés dans les auteurs, et que si on y ajoutait ceux qui existent dans les collections, la proportion entre les familles serait peu altérée

Ainériq;ie Boréale, moins le Mexiqiie.

Familles.

speces,

Carabiques. 38c)

Chrysomélines. 3^5

Curculionites. 285

Sternoxes. 211

Longicornes. 186

Lamellicornes. 1^2

Malacodermes. i3o

Brachélylres. iiç)

Clavicornes. 117

Tracliélides. 88

Xylophages. 85

[îydrocanlhares. 7(1

rérédyles. 61

Trimères. ^7

iTénébrionites. 4"

jVésicants. 35

.Taxicornes. 3o

Palpicornes, 27

Hélopiens. 25

Sténélytres. 12

Mélasomes. 7

Psélaphien.s. 4

Amérique Méridionale et Mexique.

Espèces.

Afrique.

Fami

Espèces.

Clirysomélines. 1,853

Curculionites. i,Gi5

Longicornes. 947

Lamellicornes. ç)o5

Carabiques. Sgi

Sternoses. 4^'

Malacodermes. 44^

Clavicornes. 192 Mélasomes.

Hélopiens Trimères.

Xylophages.

Ténébrioniies. i32

Taxicornes. 128

Brachélytres. ii5

Vésicants. 88

Tracliélides 72

Hydrocanthares. 65

Térédyles. Go

Palpicornes. 5i

Sténélytres. 20

Psélaphiens. 5

Lamellicornes. 658

Carabiques. 475

Chrysomélines. 887

Curculionites. 3l4

Mélasomes. 3i2

Sternoxes. 2i3

Longicornes. 190

Vésicants. 182

Malacodermes. io3

Clavicornes. ';5 Xylophages.

Trachélides.

Trimères, Hélopiens.

Europe et Russie

F.imilles.

Taxicornes.

Ténébrionites.

TérL'ùyles.

Brachélytres.

Sténélytres.

Palpicornes.

Psélaphiens.

Curculionites.

Carabiques,

Brachélytres.

Chrysomélines.

Lamellicornes,

Clavicornes.

Sternoxes,

Longicornes.

Mélasoaies.

Malacodermes.

Xylophages.

Trimères.

Térédyles.

Trachélides,

Vésicants.

Taxicornes.

Hélopiens.

Palpicornes.

Psélaphiens.

Sténélytres.

Ténébrionites.

Laponie et Si))

rie.

Asie.

Archipel indien. Oc

;anie.

INûuvelIe-Iîollan'le.

amilles. Espèces.

l'aïuilles. E

^pèces.

Kaiuilles. Esp

éces.

Familles, E

péces.

arabiques.

Garabiques.

Curculioniles.

Lamellicornes.

rachélytres.

Lamellicornes.

Chrysomélincs.

Curculioniles.

hrysomélines.

Chrysoméliries.

Lamellicornes."

Chrysomélincs.

Go

urculionltes.

Curculionites.

Longicornes.

io5

Longicornes.

lavicornes.

Mélasomes.

Carabiques.

Sternoxes.

ydrocanthares

Sternoxes.

Trimères.

Carabiques.

lOngicornes.

Longicornes.

Sternoxes.

Hélopiens.

ternoxes.

Vésicants.

Malacodermes.

Malacodermes.

ameljicornes.

Clavicornes.

Clavicornes.

Mélasomes.

ylophages.

Trimères.

Taxicornes.

Trachélides.

rimères.

Malacodermes.

Ténébrionites.

[alacodermes.

Hélopiens.

Hélopiens.

Clavicornes.

élasomes.

Hydrocanthares.

Trachélides.

Ténébrionites.

axicornes.

Térédyles.

Sténélytres.

ésicants.

Palpicornes.

Brachélylres.

Trimères.

alpicornes.

ïénébrionites.

Mélasomes.

Térédyles.

)rachélides.

Brachélylres.

Térédyles.

Brachélylres.

érédyles.

Taxicornes.

Xylophages.

Palpicornes.

ténélytres.

Trachélides.

Vésicanls.

Ta.xicornes.

énébrionites.

Xylophages.

Palpicornes.

Vésicanls.

élopiens,

Sténélytres.

Sténélytres.

Xylophages.

iélaphiens.

Psélaphiens,

Psélaphiens.

Psélaphiens.

i.iS;

>ioc;

La proportion entre les familles dans chaque région est rendue manifeste par ce taLleau , mais cela ne suffit pas ; il est bien plus essentiel de connaître leur distribution î^éograpliique d'après leurs fonctions , c'est-àdire selon qu'elles se nourrissent de substances animales ou végétales. C'est ce que ce tableau permet de calculer.

Les familles essentiellement et uniquement créophages sont celles des Carabiques et des Hydrocanthares. Quatre autres , celles des Brachélytres , des Térédyles , des Clavicornes et des Palpicornes sont mélangées d'espèces carnassières et phytophages (1), On peut admettre , sans trop s'écarter de la vérité , qu'elles renferment moitié des unes et moitié des autres. Toutes les autres familles sont phytophages.

En partant de cette base , on trouve que sur les SIPjGSO espèces mentionnées dans le tableau ci-joint , 4,752 sont créophages et 19,898 phytophages, c'est-àdire que les premières sont aux secondes : : 1 : 3, 97.

On arriverait à un résultat bien différent si l'on opérait sur la classe entière des Insectes , car, d'après des calculs que nous avons faits, les carnassiers seraient aux phytophages environ : : 4:9. MM. Kirby et Spence , sur 8,000 Insectes (y compris les Arachnides) d'Angleterre , estiment que la proportion est à peu près de moitié (2). Ce qui complique surtout ces calculs pour la classe entière , c'est qu'une foule d'espèces sont créophages sous leurs premières formes , et phyto-

(i) La famille des Malacodermes renferme aussi quelques espèces ( certaines Canthnris ) carnassières ; mais en si petit nombre qu'on peut, sans inconvénient, ne pas en tenir compte.

(a) IiUroductionio jEntomology , tome IV, p. ^gi.

tÉOGRAPHIE DES INSECTES. 5j7^

phages sous leur dernière , tandis f[ue pour,, les Coléoptères le mode de nutrition est plus homogène.

Une seconde conséquence qui ressort de ce tableau, conséquence que nous avons déjà annoncée , c'est que la proportion relative des Coléoptères créophages diminue rapidement à mesure qu'on se rapproche de l'équateur. En efï'et , ils sont comme suit à la totalité des espèces dans les régions suivantes :

Nouveau continent. Amérique boréale Amérique du sud (1)

Ancien continent.

Sibérie Europe Afrique Océanie

Maintenant toutes les espèces créophages , non plus que les phytophages , ne prennent pas leurs alimens

(i) La proportion serait bien moindre encore si l'on n'opérait que sur les espèces des régions intertropicales de l'Amérique du sud. Elle s'établit de la manière suivante pour Cayenne, la province de Rio-Janeiro au Brésil , et Buenos-Ayres , le Tucuraan et le Chili.

Cayenne : : l : 9,40

RioJaneiro : : 1 : 22, 5i

Buenos-Ayres | • • i • A o3

Tucuman et Chili ) • • • 4>

Cayenne, situé presque sous la ligne , se trouve être , il est vrai, beaucoup plus riche en espèces créophages que Rio-Janeiro ; ce qui est en opposition avec la loi que nous cherchons à établir en ce moment ; mais cela tient à quelques-unes de ces circonstances difficiles a expliquer qui font que, toutes les conditions semblables en apparence, deux pays difièrent par leurs productions. La prédomi-' nance en espèces créophages de Buenos-Ayres et du Chili sur le Brésil et la Guyane n'est pas moins frappante , et elle correspond parfaitement à ce qui a lieu dans l'Amérique du nord et en Europe.

INTR. A l'entomologie, TOME II. 3y

dans le même état. Les unes attaquent les aniniatik oiîi les plantes ayant vie , tandis qiiè les autres se iidiirrissent de matières animales et végétales mortes, et dans un état plus ou moins avancé de décomposition , ou , pour employer la phraséologie de M. Mac-Leay , leà unes sont thaléropliages et les autres sapropliagei. Il jû'est pas sans intérêt de rechercher quelles sont leiirs proportions relatives et les lois auxquelles elles soiil soumises , car les rôles qu'elles jouent dans la nature sont bien différens.

Parmi les espèces créophages , on peut regarder comme thalérophages les Carabiques , les Hydrocanthares et les Palpicornes carnassiers. Il ne reste par conséquent , parmi les saprophages , que ceux des Térédyles , des Bracliély très et des Clavicornes qui vivent de matières animales. Partant de là , sur les 4,752 espèces créophages mentionnées plus haut , nous trouvoiis que 3,587 sont thalérophages, et 1,165 saprophages. Celles-ci sont par conséquent aux premières • : 1 : 3,07.

Nous savons c[ue , prises eii masse, les unes et les àutirès vont en diminuant en nombre relatif des pôles à l'équateur ; mais il reste à connaître si , considérées isolément , elles suivent la même progression décroissante. C'est ce que va nous apprendre le tableau suivant :

Espèces créo-tlialérojjhagi's | Espèces eréo-saprophages sont à la totalité des créopliages

Nouveau coïitinent.

Amérique boréale.

Amérique du sud \\)

Ancien continent.

Laponiie et Sibérie

Europe

Afrique

Océanie

Ainsi , les espèces créo - saprophages vont en diiiiinuant des pôles à l'équateur d'une manière infiniment plus rapide que les créo-thalérophages , et à peu près semblable dans les deux continens. Il y a long-temps que nous avons signalé la rareté de ces espèces dans l'Amérique inter tropicale (2) , et auparavant encore elle avait élé observée à Java par M. le docteur Horsfield (3) , qui en attribue la cause aux Fourmis et aux Termites, qui se sont emparés du sol ; mais pourquoi ces Insectes auraient-ils détruit les nécropliages plutôt que les Garabiques , qui sont également épigés , et dont Java possède un bon nombre ? Nous croyons qu'il faut plutôt attribuer cette rareté à la décomposition trop prompte des cadavres, ainsi que nousl'avoiis dit plus haut.

(1) La proportion s'établit comme suit entre les pays Je l'Amérique du sud cités dans la note précédente.

Espèces créo-thaléropliages. | Espèces créo-sapropliages.

Cayenne : : 1 : 11,19 . : i : 55,95

Rio-Janeiro : ' 1 : 3o,02 : : i . 72,90 Buenos-Ayres ^

Tucuman et CTiili ) ' '

(2) Annales des Sciences naturelles, tovae XX, p. 253-

(3) Annulosa Javanica, Ed. Lequien, p. i6i.

58o GÉOGRAPHIE DES INSECTES.

11 est plus difTicile d'exécuter un travail analogue pour les Coléoptères phytophages , attendu que leurs espèces thalérophages et saprophages sont mélangées dans les mêmes familles, et qu'il est beaucoup d'espèces dont on ne connaît pas bien le genre de nourriture. En outre , les saprophages comprennent une forte portion de Xylophages et de Brachélytres , que leur petite taille fait négliger par les collecteurs , de sorte qu'on en connaît à peine quelques-uns des régions hors d'Europe. Tout calcul de ce genre pour les huit régions que nous avons établies plus haut n'aboutiraient donc à aucun résultat satisfaisant. Mais on peut en essayer un pour les diverses contrées de l'Europe , dont l'entomologie est la mieux connue , et voici ce que nous avons trouvé pour les pays suivans :

Nombre des espèces | Espèces phyto-saprophagi^s

phytophages. | sont à la totalité des phytophages

Laponie 529

Suède 1438

Angleterre 2622

France 3276

Ceci pourrait faire présumer que , contrairement à ce qui a lieu pour les Coléoptères créo- saprophages , les espèces phyto - saprophages vont en augmentant des pôles à l'équateur : on remarque en effet que les coprophages et les longicornes augmentent singulièrement en nombre , à mesure qu'on gagne des contrées plus méridionales. Cela , d'ailleurs , serait en harmonie avec l'accroissement des végétaux dans la même direction , et la masse énorme de détritus qu'ils déposent sur le sol dans les régions intertropicales, détritus qui n'est pas de nature à disparaître promptement comme les cadavres , par suite de l'action des rayons solaires.

MM. Kirby et Spence , opérant sur les espèces de tous les ordres existant en Angleterre ^ estiment que dans ce pays les phyto-saprophages sont aux pliytothalérophages : : 1 : 9. Poussant plus loin leurs calculs , ces savans entomologistes pensent que parmi ces dernières les espèces fungivores entrent pour ™ , et les granivores pour -"5 ; et que, parmi les phyto-saprophages, la moitié sont lignivores , et ~ coprophages (1). Ces proportions ne diffèrent pas beaucoup pour la plupart de celles que nous avons trouvées pour la France.

Du reste , il ne faut pas se dissimuler que les calculs de ce genre , même en les supposant parfaitement exacts , ne peuvent nous donner la mesure précise du rôle que joue dans la nature une espèce ou un groupe c|uelconque. Ce rôle dépend surtout de la plus ou moins grande multiplication de leurs individus ; une espèce très-féconde pèsera plus dans la balance que cent autres qui le seront peu. La taille est aussi une circonstance qui doit être prise en considération , surtout pour les espèces phytophages ; car il est évident qu^une larve de Macrodontia ceivicornis , par exemple , fera plus de tort à un arbre que deux cents larves de Bos-trichiis.

C. De l'étendue dé l' habitation des espèces, genres et familles .

Après avoir étudié les proportions relatives des divers groupes entomologiques , il est naturel de s'enquérir de l'espace que chacun d'eux occupe sur le globe , car tous ont leurs limites au-delà desquelles on

(1) Introduction to Entomology, tome IV, p. 494-

ne les retrouve plus. L'espace compris entre ces limites constitue ce qu'on appelle leur aire.

Cette aire est continue quand tous les pays qui la composent se touchent immédiatement, et forment un ensemble non interrompu, et disjointe dans le cas contraire. Cependant ceci ne doit pas être pris trop à la lettre , et quand deux pays sont séparés par un intervalle médiocre , comme le sont la plupart des îles à l'égard des continens dont elles dépendent , on doit les considérer comme réunis. Leur voisinage permet ,en effet aux espèces de passer aisément de l'un dans l'autre , et il est très-probable qu'elles se trouveraient dans les régions intermédiaires si celles-ci existaient. Ainsi , Madagascar ne pourrait raisonnablement être séparée de la côte d'Afrique , en face de laquelle elle est située ; en effet, un grand nombre d'espèces leur sont communes.

Les montagnes sont aussi très-souvent cause de la disjonction des aires, et peuvent être considérées comme des îles situées au milieu des continens.

Les aires continues forment les cas les plus nombreux , mais les moins intéressans. Les aires disjointes sont d'autant plus rares, qu'on descend à des groupes plus inférieurs , et acquièrent une grande importance quand on arrive aux espèces , car si les individus d'une d'entre elles existent dans deux pays très-éloignés , on est souvent très-embarrassé pour expliquer ce fait , et nous avons cité un cas où l'on est presque obligé d'admettre que cette séparation remonte à l'origine de l'espèce, en d'autres termes, que celle-ci a eu une origine multiple.

Un groupe est dit sporadique quand il habite plusieurs régions , et endémique quand il np se trouve

GEOGRAPHIE pfS INSECTES.

que dans une seule. On voit que ces deux mots n'ont qu'un sens relatif dépen4ant ^e l'étendue donnée aux

régions.

Malgré leur faculté de locomotion , les espèces entomologiques paraissent moins sporadiques que les végétaux. I environ des plantes phanérogames des Etats- Unis se retrouvent en Europe, et la proportion va bien au-delà pour les cryptogames , tandis qu'il s'en faut de beaucoup que cela soit pour les Insectes. La cause en est sans doute que les graines des plantes sont sujettes à être transportées au loin par une foule de causes , ce qui n'a pas lieu pour les œufs de ces derniers ; mais la locomotion joue un assez grand rôle dans leur sporadicité quand on les compare les uns aux autres. Ce sont en effet les Lépidoptères qui fournissent le plus d'espèces sporadiques , puis après eux les Hyménoptères.

Le genre de nourriture a également une assez forte influence sur ce phénomène. Les espèces phytophages l'emportent à cet égard sur les créophages , quoiqu'il y ait un assez grand nombre de celjes-ci dont l'extension géographique est très-grande.

Ainsi qu'on doit naturellement s'y attendre , les espèces s'étendent plus dans le sens des parallèles que dans celui des méridiens. jLa température se maintient en effet beaucoup plus uniforme dans le premier cas que dans le second. Ainsi on retrouve au Japon un grand nombre d'espèces des environs de Paris ; Thunberg en a mentionné dans son catalogue des Insectes japonais une cinquantaine qui sont dans ce cas. La même chose s'observe sous toutes les latitudes , car il y a des espèces ( Papilio Demoleus et Epius , Nymphalis Bolina , etc. , ) qui se retrouvent depuis la

côte occidentale d'Afrique sous l'équateur jusque dans les îles de rArcliipel indien , et même à la côte orientale de la Nouvelle-Hollande.

Mais cette règle n'est pas sans de nombreuses exceptions, et l'on connaît aussi beaucoup d'espèces dont l'habitation en latitude est extrêmement étendue. Le Dytiscus marginalis , très-commun au Groenland , se retrouve sur la côte de Barbarie, et plusieurs Phalènes et Noctuelles des environs de Paris , et même du nord de l'Europe, existent au cap de Bonne-Espérance. On remarque cependant qu'il est assez rare que l'habitation s'étende directement dans ' le sens des méridiens ; elle a pour les espèces européennes une tendance à se porter en même temps à l'est , de sorte qu'elles gagnent autant dans un sens que dans l'autre. Ainsi l'on voit le Dytiscus gris eus s'étendre de la Laponie au Bengale; le Polyommatus bœticus àes environs de Paris aux îles de la Sonde ; la Limenitis aceris de la Hongrie à Java ; les Sphynx celerio et Jierii du midi de la France à l'île Maurice ; le Sphynx cofwoluuli du nord de la France jusque dans les îles de la Polynésie , à Taity entre autres , où il n'est pas rare , etc. Le nouveau continent présente aussi beaucoup d'exemples de ce genre. Un grand nombre de ses Lépidoptères ( J^anessa huntera , larinia et iatrophœ , Papilio thoas , Nymphalis acheronta , Argynnis columbina et i^anillœ , etc. ) sont répandus depuis le Brésil méridional jusqu'aux environs de New-York.

Dans tous les cas précédens les aires sont continues ; si l'on veut des exemples frappans d'aires disjointes , il faut les chercher parmi les espèces communes à l'ancien et au nouveau continent , leur isolément étant le plus complet qui existe sur le globe entre de vastes

régions. La liste de ces espèces est assez longue , et il est assez remarquable que toutes sont européennes. On ne connaît jusqu'ici aucun Insecte essentiellement asiatique ou africain qui se retrouve en Amérique , et si cette vaste contrée en possède quelques-uns en commun avec ces deux pays , ils appartiennent à ces espèces éminemment sporadiques qui existent presque partout , telles que la Kanessa carduiàéyi citée.

Suivant Latreille (1) , la plupart des espèces du Groenland seraient les mêmes que celles de la Laponie, de sorte que ce pays , américain par sa situation géographique , serait en réalité européen par son entomologie. Le Canada et le nord des Etats-Unis possèdent également une foule de nos espèces On y trouve en effet les Brachinus crepitans ^ Dermestes murinus ei uulpinus , Vanessa antiopa , J^. album ^ cardui et atalanta , Polyommatiis argiolus , Hesperia conima, Zjgoena onohrycliis , Vespa vulgaris^ Ophion luteus , Pentatoma juniperina , Cercopis spumaria, Helophilus pendulus ^ etc., etc. Le Mexique en]a beaucoup moins, car on n'y a retrouvé jusqu'ici que les Vanessa atalanta et cardui près de la Vera-Cruz , et le Dermestes wulpinus en Californie. Enfin nous ne connaissons dans toute l'Amérique du sud que notre Vanessa cardui ^ le Corjnetes et le Pristonjchus, dont nous avons déjà parlé.

En général , ce ne sont pas les genres les plus riches qui fournissent les espèces les plus sporadiques, comme le prouvent les exemples cités plus haut , qui pour la plupart sont empruntés à des genres peu ou médiocre- Ci) Mémoires d'histoire naturelle, p. i84-

ment nombreux en espèces. Il suflSt d'ailleurs 4'6xar miner les grands genres Cicuidela , Carahiis , Hister^ Chrjsomela ^ etc. , pour se convaincre de la vérité 4e cette assertion ; mais il va sans dire qu'elle souffre des exceptions assez fréquentes , surtout parmi les Lépidoptères.

On pourrait croire aussi que la sporadicité des espèces est en rapport direct avec celle des genres , c'est-àdire , que les espèces les plus sporadiques se rencontrent parmi les genres les plus sporadiques ; mais les exceptions, à cet égard, sont si nombreuses, qu'on ne sait de quel côté est la règle. La sporadicité des deux groupes en question s'établit , en effet , sur des bases différentes. Celle des genres paraît être en relation avec le nombre de leurs espèces , tandis que celle des espèces n'a aucun rapport avec le nombre de leurs individus, et l'on peut très-bien concevoir un genre très-sporadique qui serait composé d'espèces très-endémiques, mais nombreuses et répandues partout. Ce cas cependant ne paraît pas exister dans la nature.

Il est presque inutile de faire observer que l'inverse a lieu pour l'endémicité réciproque des genres et des espèces , et qu'on ne peut pas se représenter un genre endémique composé d'espèces sporadiques. Ce genre , en effet , n'est tel que , parce que ses espèces ont une extension géographique limitée ; mais rien ne s'oppose à ce qu'il soit assez riche en espèces qui se trouveront alors accumulées sur une étendue de terrain plus ou moins restreinte. C'est ce qui a lieu pour beaucoup de genres intertropicaux principalement , qui constituent ainsi autant d'exceptions à la règle précédente , que les genres sont d'autant plus sporadiques que leurs espèces plus nombreuses.

Ne pouvant, dans l'état actuel de l'entomologie , calculer aussi rigoureusement que le font les botanistes, l'aire des divers groupes , nous avons essayé du moins de nous rendre compte, pour les Coléoptères , de la distribution des genres de chaque famille en les considérant sous différens aspects , ce qui nous a conduits à entrevoir leur plus ou moins de sporadicité , et la marche qu'elle suit des pôles à l'équateur. Nous nous sommes servis à cet effet du catalogue de M. le comte Dejean , qui , contenant 2,211 genres , fournit une base assez large pour opérer avec quelque exactitude. Peu importe dans la question actuelle que ces genres soient tous adoptés ou non par la suite ; il suffit qu'ils indiquent des différences de formes si minimes soientelles, et que ces différences soient propres à tels ou tels pays. La rapidité avec laquelle se succèdent les découvertes entomologiques fait d'ailleurs présumer que leur nombre sera , dans l'avenir , plutôt accru que diminué.

Par un premier procédé analogue à l'un de ceux qu'emploient les botanistes , nous avons cherché à déterminer le nombre de régions qu'habitent les genres de chaque famille. Seulement , au lieu de prendre pour base les régions assez nombreuses que nous établissons plus loin , ce qui nous eût été impossible , attendu que nous ne connaissons pas assez exactement l'habitation des divers groupes, nous nous somnaes bornés aux huit qui nous ont déjà servi pour les calculs précédens. Nous avons obtenu de la sorte le tableau suivant :

sss

PROPORTIOI

KOMBRE

0» GÏHRES PROPRES

sur 100

des genres

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