‹ Introduction à l'entomologie (volume 2)Chapitre 15 sur 44 · IG · texte numérisé non relu

IG

l'aucicn coDliDent.

GENRES COMMDNS

aux deux continens.

GÉOGRAPHIE DES INSECTES. 5q5

Du reste, tous cescliilfres, qui expriment les rapports numériques des groupes entre eux, ne donnentpas une idée nette de leur distribution réelle. Une carte seule le ferait , s'il était possible de l'exécuter. En effet , sauf quelques exceptions , chaque groupe , quelle que soit son importance , a un point du globe où il domine, c'est-à-dire, où ses élémens sont rassemblés en plus grand nombre que partout ailleurs ; puis à partir de ce centre il envoie dans diverses directions des rayons ou rameaux , qui sont d'autant plus nombreux , et qui s'étendent , en général , d'autant plus loin , qu'il est d'un ordre plus élevé ; en d'autres termes, les rameaux de la famille se prolongeront plus que ceux de la tribu , ceux de la tribu plus que ceux du genre, et ainsi de suite. Ces rameaux tiennent immédiatement au tronc quand l'aire est continue , ou en sont séparés, et même quelquefois fractionnés en plusieurs portions , quand elle est disjointe. Chaque groupe a , en outre, ce qu'on pourrait appeler ses enfans perdus, qui se trouvent isolés par un intervalle considérable de leurs analogues , et égarés au milieu d'autres groupes auxquels ils sont étrangers par leurs formes. Quelquefois un groupe aura tous ses élémens concentrés sur un seul point plus ou moins étendu : c'est le cas de ceux qui sont endémiques ; d'autres fois ils seront dispersés sur un territoire tellement vaste , qu'il pourra être difficile de dire où ce groupe a son empire ; c'est ce qui a lieu pour ceux qui sont trèssporadiques. Qu'on se représente maintenant tous ces groupes se croisant et s'eachevêtrant dans tous les sens à la surface du globe qu'ils embrassent comme un réseau , et l'on sentira que l'esprit peut bien se représenter, jusqu'à un certain point , un pareil tableau,

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mais qu'il est impossible de le rendre sensible aux yeux.

Chaque famille, pour peu qu'elle soit riclie en espèces, fournit la preuve de ce qui précède; celle des Garabiques surtout , qui est maintenant l'une des mieux connues, peut être choisie pour exemple. Chacun sait qu'elle étend sa domination sur les parties boréales et tempérées de l'ancien continent , où elle occupe une zone qui le traverse en entier , et qui est comprise à peu près entre les 68" et 43° lat. N. De là ses rameaux s'étendent sur tout le globe , et ne s'arrêtent que là où (initia vie végétale ; mais déjà ses tribus tendent, pour la plupart, à établir leur siège ailleurs que là où elle a le sien , et quelques-unes à d'assez grandes distances. Celles des Simplicipèdes , des Harpaliens et des Subulipalpes sont les seules qui aient le plus grand nombre de leurs espèces dans la zone qui vient d'être indiquée ; celles des Féroniens et des Troncatipennes semblent s'être partagé à peu près également les diverses régions du globe ; celle des Cicindélètes n'a plus que deux genres ( Cicindela et JMegaccphala ) dans la zone en question ; tous les autres sont propres aux régions inter tropicales, et sont répartis, à peu de chose près, moitié dans l'ancien et moitié dans le nouveau continent ; enfin , celles des Scaritides et des Patellimanes ont leur siège principal dans les pays chauds du premier. Mais, en leur qualité de groupes inférieurs à la famille , la plupart de ces tribus le cèdent à cette dernière sous le rapport de la sporadicité. Telle est surtout celle des Scaritides , qui, sans le genre Clwiiia , qui s'étend jusque sous le cercle polaire arctique, ferait défaut dans tout l'ancien continent, à partir du 45° lat. N. En arrivant aux

GKOGRAPHli: DES INSECTES. 6qJ

genres la chose devient encore plus sensible. Il en est d'abord d'extrêmement sporadiques, quoique médiocrement riches en espèces, tels que le genre Calosoma^ qui n'en compte guère que trente, dont seize sont réparties en Amérique , depuis les régions arctiques jusqu'à la Terre de Feu, et les quatorze autres en Afrique , en Europe , en Sibérie , en Chine et à la Nouvelle -Hollande , où elles sont comme éparpillées, souvent à d'immenses distances les unes des autres. Parmi ceux très-riches , il en est , comme les Cicindela , qui couvrent le globe entier de leurs espèces ; mais ces dernières , quoique plus abondantes dans les pays chauds , sont réparties assez également , et nos climats en possèdent un bon nombre ; leur aire est aussi continue, saut'pour ce qui concerne l'ancien etle nouveau monde. D'autres genres montrent une distribution bien différente, comme le fait le genre Carabus. Ses espèces , comme on sait , sont concentrées dans la même zone que la famille , et dans l'ancien continent elles expirent au pied de l'Atlas et sur les côtes de l'Asie mineure. Dans le nouveau continent, au contraire , on en trouve une quinzaine de concentrées dans le Canada et au nord des Etats-Unis ; puis une seule ( C. Ckilensis , Eschs. ) dans le sud du Chili , et enfin une dernière (C. Basilicus, Chevrolat (1), égarée dans les Antilles , à Porto-Rico , où elle a été découverte récemment. Ce genre offre ainsi, au plus haut degré, un triple exemple de sporadicité, de disjonction des aires et d'espèces isolées de leurs groupes. Enfin, il est une foule d'autres genres de la même famille qui sont

(l) Alaqasin de zoologie de GaéciHy Insectes, PI. l(>;).

particuliers à des pays et même des localités d'une étendue très-restreinte.

Il est inutile d'entrer dans des détails analogues pour ce qui concerne les espèces ; il est trop évident qu'elles ont en général une extension géographique inférieure à celle des genres , quoique d'ailleurs elles répètent pour la continuité et la disjonction des aires ce qui a lieu dans les groupes précédens.

L'éloignement des régions entre elles produit encore des résultats généraux dont il est nécessaire de tenir compte.

Quand deux régions qui se ressemblent sont en même temps contiguës , leurs espèces sont presque en totalité les mêmes ; c'est ce qui a lieu , par exemple, pour la France et l'Allemagne. Si ces régions sont séparées par un intervalle considérable , leurs espèces sont différentes pour la plupart , mais les genres restent les mêmes; c'est ainsi que l'Espagne et la côte de Syrie, ou si l'on veut un exemple plus frappant, la France et les parties de la Sibérie , situées sous les mêmes parallèles , ont une foule de genres communs avec des espèces presque entièrement dissemblables. Enfin , si ces régions sont séparées par un intervalle immense et des barrières naturelles , il n'y a plus de commun entre eux que les familles. Ainsi le Tucuman et les bords de la mer Caspienne ont le plus grand rapport entre eux , sous le rapport de leur sol , qui est aride , salin et abondant en plantes propres à faire de la soude; aussi tous deux sont-ils très-riches en Mélasomes ; mais pas une de leurs espèces ni un seul de leurs genres ne sont identiques.

C'est cette diversité, produite par la distance, qui donne à chaque région son entomologie propre ; mais

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en même temps le pays réagit, en rfuelque sorte, sur les espèces, et leur donne un faciès particulier qui décèle souvent au premier coup d'œil leur origine. Un entomologiste à l'œil exercé reconnaîtra fréquemment si rinsecte qu'on lui présente, et qu'il n'a jamais vu, est américain , africain ou asiatique , aussi bien que le botaniste le fait dans beaucoup de cas pour les plantes , mais on sent que cette intuition n'est pas de nature à être expliquée par la parole.

D. Des T'cgions entomologiques .

De même que sous le rapport physique ou politique , la surface du globe est susceptible d'être partagée zoologiquement en ])lusieurs régions caractérisées par les animaux c£ui s'y trouvent ; mais on peut partir de points de vue très-difïérents pour opérer cette division.

Fabricius, qui le premier l'a essayée pour les Insectes (1) considérait la terre entière comme ne formant qu'un seul climat, qu'il divisait, en partant de la température moyenne des diverses contrées , en huit stations ou sous-climats, qu'il nommait: ],° Y indien comprenant les parties intertropicales de l'Asie, l'Afrique et l'Amérique ; 2° V égyptien , borné à l'Egypte ; 3° l'austral, s'étendant de l'Ethiopie au cap de Bonne- Espérance et embrassant en même temps l'Amérique australe, et partie du Brésil et du Pérou ; 4° le méditerranéen , s'étendant de Paris au tropique du cancer, et à l'est jusqu'en Arménie; 5° le boréal, comprenant l'Europe boréale, depuis la Laponie jusqu'à Paris; ^''V oriental, comprenant l'Asie boréale, la Sibérie, la Tartarie,

(i) Philosophin entomologica , IX, § 20.

et partie de la Syrie; 7° Voccidental, comprenant les Etats-Unis, depuis le Canada jusqu'au Maryland, la Chine et le Japon ; 8" Va/pin , comprenant toutes les montagnes élevées du globe. Ces sous-climats , qu'on pourrait nommer météorologiques, eussent -ils été aussi solidement établis qu'ils le sont peu, ne pouvaient, comme on le voit au premier coupd'ceil, être d'aucune utilité , attendu qu'il n'y est tenu aucun compte de la diversité des espèces, qui sont souvent entièrement différentes dans les pays compris sous chacun d'eux.

La treille, à qui ce défaut ne pouvait échapper, a proposé une autre division beaucoup meilleure. Observant qu'un espace de 12" en latitude produit un changement très-sensible dans la masse des espèces , il divise le globe en un certain nombre de climats, ayant chacun cette étendue du nord au sud, et cju'il nomme arctiques ou antarctiques, selon qu'ils sont situés de ce côté-ci de l'équateur ou de l'autre. Les cMiaixis arctiques sont au nombre de sept , à partir de l'équateur au 8 4"^ lat. N. , et désignés sous les noms de polaire, sous-polaire, supérieur, intermédiaire, intertropical, tropical, et équatorial. Les climats antarctiques, qui ne se prolongent que jusqu'au 60o lat. S., attendu l'absence de terres au delà de ce point, ne sont qu'au nombre de cinq qui commencent à Y équatorial et finissent au supérieur inclusivement. Ces climats sont ensuite partagés en sous-climats par des lignes parallèles aux méridiens et éloignées de 24° l'une de l'autre. La surface du globe se trouve ainsi divisée en parallélogrammes, ayant 24° enlongitude et 12° en latitude. Toutes ces lignes équidistantes ontévidemmentquelque chose d'artificiel et ne sont guère d'accord avec la distribution géographique

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des Insectes , si Tidée c[ue nous nous sommes faite de leurs aires d'habitation est exacte. Du reste, Latreille lui-même n'était que médiocrement satisfait de son travail, et reconnaissait que dans beaucoup de cas il n'était pas conforme à la nature.

Ces deux systèmes sont basés , comme on le voit , sur des données inhérentes au globe lui-même ; mais on peut en établir d'autres qui le seraient sur les Insectes seuls. Rien n'empêche de caractériser une région d'après les familles , les genres ou les espèces qui l'habitent , et même d'après une seule espèce remarquable , qui ne se trouverait que là. Cependant cette méthode a aussi ses inconvéniens. En effet, une ou plusieurs familles peuvent dominer dans deux pays très-éloignés l'un de l'autre , auquel cas on sera fort embarrassé pour distinguer ces pays entre eux ; ou bien il y a des familles qui sont uniformément répandues sur tout le globe et qui ne peuvent servir à caractériser aucun pays en particulier. Enfin, si l'on n'emploie qu'une seule espèce à l'exclusion des autres , on donnera de la région , ainsi caractérisée , une idée tellement vague , qu'on n'aura aucune notion réelle de son entomologie. Ces divers procédés peuvent avoir leur mérite dans quelques cas particuliers , mais ils ne peuvent servir à un travail général de géographie entomologique.

Ce qu'il y a de mieux à faire , ce nous semble , est de n'employer aucune de ces deux méthodes exclusivement , mais de les combiner toutes deux en subordonnant la première à la seconde; en d^autres termes, ce sont les Insectes qui doivent caractériser la région, et non la région les Insectes. Sans doute on obtiendra ainsi des divisions territoriales très- inégales , puisque souvent on sera obligé de former une région

distincte avec une île de peu d'étendue , par exemple, ou de réunir en une seule des contrées immenses ; mais du moins on se rapprochera aussi près que possible de la marche de la nature , qui n'a pas placé les espèces dans des compartimens réguliers; les régions auxquelles on arrivera ainsi seront d'autant plus naturelles , qu'elles posséderont en propre un plus c^rand nombre d'espèces et surtout de genres. Dans celles qui suivent , cette proportion se trouve souvent de moitié et quelquefois de près des trois quarts.

On ne peut néanmoins se dissimuler que, quel que soit le procédé employé, il y aura toujours beaucoup d'arbitraire dans l'établissement de ces régions , et qu'elles ne sont telles que d'une manière relative; ainsi on pourrait à la rigueur se borner aux huit dont nous avons fait usage précédemment, ou diviser, si on le voulait, la France en plusieurs. Entre ces deux extrêmes il est un parti mitoyen à prendre sans chercher à atteindre une exactitude impossible.

En procédant de cette façon, nous ne trouvons pas moins de 40 régions, dont une est commune aux deux continens , 22 propres à l'ancien , et 17 au nouveau.

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