‹ Introduction à l'entomologie (volume 2)Chapitre 17 sur 44 · Régions propres à V ancien continent · texte numérisé non relu

Régions propres à V ancien continent

2" La région européenne , bornée à l'ouest par l'océan Atlantique, à l'est par les monts Ourals , au nord par le cercle arctique, au sud par une ligne à peu près parallèle au 46' lat. N. Malgré son étendue, ce vaste territoire a une entomologie singulièrement uniforme. Partout ce sont les mêmes familles qui dominent , et les genres varient peu : les espèces mêmes sont souvent identiques à ses deux extrémités. On retrouve , par exemple, sauf très-peu d'exceptions, les mêmes Lépidoptères entre le Volga et l'Oural qu'aux environs de Paris (2). Les parties les plus ricbes de cette région sont l'Allemagne et la Hongrie ; ce sont celles du moins qui offrent le plus d'espèces propres. Les genres particuliers à cette région sont assez nombreux, ainsi qu'on l'a vu dans un des tableaux qui précèdent

3" La Sibérie, comprise entre les monts Ourals à l'ouest, le grand Océan boréal à l'est, le cercle polaire au

(1) Journal of a voyage to the northern fVhale-Fisherj-, p. 4'^4-

(2) Voyez Eversmann , Entinieratio Lepidopterorum Jliivium Volgam inter et montes uralenses habitantium. Bulletin de l.i Société impériale des naturalistes de xMoscou , tome III , i83j.

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nord, etla chaîne de l'Altaï au sud, qu'on peut considérer comme en faisant partie. Dans cette contrée, Lr es-peu connue sous le rapport entomologique, sauf les environs de Barnaoul sur l'Obi , une partie de la Daourie , du Kamstchacka et des monts Altaï qui ont été explorés par les naturalistes russes, les Insectes ont, quant aux genres, la plus intime ressemblance avec ceux de la région précédente ; mais les espèces sont pour la plupart toutes différentes. On y a recueilli surtout, en fait de Coléoptères, un grand nombre de beaux Carabiis.

li-o La région méditerranéenne. Elle embrasse le littoral français de la Méditerranée jusqu'au 45°, l'Espagne , l'Italie jusqu'aux Alpes , la Turquie d'Europe, la Grèce, les côtes de Asie mineure, la Syrie et le littoral de l'Afrique jusqu'au 30° environ. Son entomologie est une des mieux caractérisées , et consiste surtout en Hétéromères presque inconnus dans les deux régions qui précèdent , tels que les Pimelia , ^his, Zophosis^£lenophorus,Scaurus, Mylabris^i etc., un grand nombre de Buprestis velus et cylindriques du genre Jalodis, et dans les autres familles de Coléoptères, en Cebrio, Zygia, Onitis^ Aletichus, Anipliicoma, Scarites, Siagona, Ditoi?ius, etc. Les Cigales et les Mantes , fort rares dans la région européenne , sont communes dans celle-ci. Elle possède aussi un grand nombre d'Hyménoptères fouisseurs , et ses Lépidoptères propres sont surtout des Anthocharis, des Saty rus du genre yirge , et le genre Dorytis , particulier aux côtes de l'Asie mineure et à l'Archipel grec. Le Papilio yélexanor ne se trouve aussi que là , ainsi qu'une nouvelle espèce du même genre ( P. Hospiton Gêné) qu'on vient de découvrir tout récemment en Sardaigne.

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5° La régiott du Caucase et de la mer Caspienne , qui comprend la Russie méridiouiile, la Crimée, la Géori^ie, la Ciixassie, l'Arméuie turque et persane, une partie des steppes des Kirguises , et le pays situé entre la mer en question et celle d'Aral. Son climat , son sol et sa végétation riche en plantes alcalines , lui donnent le plus grand rapport avec la précédente. Les mêmes genres s'y montrent, mélangés d'autres nouveaux. La portion caucasienne, proprement dite, paraît surtout riche en belles espèces de Carabus que les naturalistes russes ont découvertes récemment (1).

6° La péninsule Arabique^ sur laquelle on n'a que des notions entomologiques très-imparfaites. Ses Coléoptères et ses Lépidoptères, autant qu'on en peut juger par ce qu'en ont fiut connaître Forskael dans le siècle dernier (2) , et plus récemment MM. Hemprich et Ehrenberg (3) , ne diffèrent que spécifiquement de ceux de la région méditerranéenne , et la plupart se retrouvent en Egypte, en Nubie, en Abyssinie, et même dans le Dongola.

7° La Perse, le Caboulet l'uéfganistan. Il est à peu près impossible de limiter cette région, dont on ne connaît presque rien , entomologiquement parlant. La Perse, qu'Olivier a visitée à la fin du siècle dernier, paraît posséder en grande partie les mêmes genres que la région méditerranéenne avec des espèces propres. Entre cette région à l'ouest, les frontières de Chine à

(0 Voyez Ménétriés , Catalogue des objets d'histoire naturelle recueillis dans un voyage fait au Caucase , etc. , et le Bidletin de la Société des nat. de Moscou.

(2) Descriptiones animalium quœ in itinere orientali observavit, etc. Hufinoe, 1775.

(3) Klug, S/mbolœ physicœ, etc. In-fol,

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l'est , les monts Altaï au nord et l'Himalaya au sud, se trouve un territoire immense, ou la Tartarie et la Mongolie, que nul entomologiste n'a encore visité. Si l'on considère l'Himalaya comme en faisant partie, nous savons que cette chaîne , la plus haute du globe , ofire un mélange d'espèces indiennes , européennes et d'autres qui lui sont tout à fait particulières. On y retrouve entre autres nos Pavnassius ApoUo , Pieris Brassicœ , Papilio Machaon , Limenitis aceris , etc. Il est assez remarquable que jusqu'à présent on n'y a pas découvert le genre Carahus.

8" La Chine. Ce qu'on connaît de son entomologie se réduit à peu près aux espèces qui figurent dans les boîtes d'Insectes que les habitants du pays vendent aux Européens à Canton, espèces qui sont toujours les mêmes , et qui consistent surtout en Sagra, Anomala, quelques grandes Cetonia et Cicadaires, et en Lépidoptères identiques pour la plupart avec ceux de l'archipel Indien à l'exception de deux belles espèces du genre Papilio ( P. Paris et Bianor), qui paraissent ne se trouver que dans cette région , et la Saturnia Atlas , la plus grande espèce connue du genre.

9° Le Japon , connu seulement sous le rapport entomologique par les voyages de Thunberg et de M. Siebold. Beaucoup de genres et quelques espèces de nos climats paraissent s'y rencontrer avec ceux qui lui sont propres.

10° Le Népaul , qui paraît avoir une entomologie toute différente de celle du Bengale, et comprenant une foule de belles espèces.

11° La presquile en deçà du Gange, en y ajoutant le Bengale et \ile de Cejlan. Région très-riche en espèces , parmi lesquelles se font remarquer, dans

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l'ordre des Coléoptères, un grand nombre de beaux Panageus^ des Orthogonius , Sagra, Paussus, des Buprestides des genres Sternocera, Chryrochroa ; des Scarabeus de grande taille, etc. On y trouve aussi une belle Anthia {A. 6-guttata)^ la seule qui existe hors d'Afrique. Ses Lépidoptères ressemblent davantage à ceux de l'archipel Indien , et consistent surtout en Papilio, Pie ris , Linienitis^ Nymphalides du genre ^co7/ïAea,Boisduval, etc. Les montagnes des Gates qui s'étendent le long de la côte de Malabar, toute la portion du Bengale située au pied de l'Himalaya et l'île de Ceylan, paraissent les plus riches parties de toute cette région.

12° La presquile au delà du Gange. Région bien moins connue que la précédente, et remarquable par les belles espèces de Cicindela et de Lépidoptères qu'on en reçoit de temps en temps.

13° \J archipel Indien^ en comprenant sous ce nom les îles de la Sonde, les îles Philippines, les Moluques et la Nouvelle-Guinée. Cette région pourrait être divisée, mais, entomologiquement parlant, on ne voit guère comment tracer les limites de cette division. Java en est la partie la plus explorée, et possède une foule de magnifiques espèces de Coléoptères , parmi lesquels se font remarquer surtout de gigantesques Lucanes et Scarabeus . Le genre Mormolyœ, le plus extraordinaire de tout l'ordre en question, n'a encore été trouvé que là. Cette île abonde aussi en Lépidoptères, surtout en Pieris , Papilio, Euplœa, et Nymphalides. La plupart de ses espèces paraissent se retrouver à Sumatra , dont on ne connaît encore qu'une faible partie; on les rencontre encore à Célèbes , mais modifiées tant pour les couleurs que pour

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la taille qui s'est accrue. Les Moluques , notamment Amboine , Ceram, Gilolo , et les îles qui les avoisinent, sont la patrie spéciale des Ornithoptera , surtout de FO. Priainus. Les îles Philippines n'ont guère été explorées qu'aux environs de Manille , et paraissent avoir leurs productions entomologiques propres. La Nouvelle-Guinée est extrêmement riclieen Papilio. Les genres les plus caractéristiques de cette région sont peut-être les Gicindelètes des genres Therates, Colljuris et Trycondyla , qui n'ont pas été trouvés ailleurs. Du reste , toute proportion gardée , les Lépidoptères l'emportent sur les autres ordres pour la variété et la beauté de leurs espèces. Les deux genres et les familles cités plus haut sont surtout inépuisables en espèces.

li° La Micronésie et la Polynésie , comprenant les divers Archipels répandus dans l'océan Pacifique , à l'est de l'archipel Indien. On peut placer dans la même région toutes ces îles , malgré l'espace immense sur lequel elles sont disséminées. Les Insectes n'y sont pas en rapport avec la végétation qui est assez variée et vigoureuse. Tous les ordres, excepté celui des Lépidoptères , n'y comptent qu'un petit nombre d'espèces la plupart peu remarquables. Les plus petites de ces îles de formation volcanique ou madréporique sont presque entièrement dépourvues d'Insectes. Les Lépidoptères rappellent les formes de la Nouvelle-Guinée ou de l'Europe , et manquent de familles entières, tels que celles des Danaïdes , ainsi que des genres Papilio, Pieris , etc. Les nymphalides dominent toutes les autres familles , et comptent un assez grand nombre d'espèces particulières (1).

(i) Voyez sur ce sujet Boisduv.TÎ, Faune de l'Ocèa nie, i'''". partie, p. 5 et suivantes.

INTR, A l/KNT()^ÎOf.O(Ui; , TOME IT. Ik)

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15° La N oiwelle- Hollande , la terre de Van Dié~ meîi , la Nouvelle-Calédonie et la Now^elle - Zélaride. Cette région a une entomologie bien distincte. Malgré sa proximité de la IS'ouvelle-Guinée , la Nouvelle-Hollande en dillère heaucouj) par ses Insectes. Onny trouve ni .Da?iaïs, ni Jdea, ni Limetiitis , non plus qu'une foule de genres de la tribu des Nympbalides. De magnifiques espèces de Pieris, quelques Pa^ pilio et Satjius , composent le fond des Lépidoptères diurnes, et les nocturnes y comptent de belles espèces, surtout dans les Bombycites. Parmi les Coléoptères , une l'oule de genres^ tels que les Painbonis, ^noplognathus, Diphucera, Bjssonotus, Laniprima , Macrotops , AdeiUmi , Paropsis , ne se trouvent que là. Les Lamprinia , très-abondans à l'île de Norfolck, ne paraissent pas exister à la Nouvelle-Zélande ni dans la Nouvelle-Calédonie; cette dernière possède aussi des Theratcs. Ces deux îles, du reste, sont infiniment moins riches eu espèces que la Nouvelle-Hollande.

16" La Haiite-Egjyie , hi Nubie, Y ylbjssinie , eiles pa^'^s voisins à l'ouest. Région encore peu connue comme la plupart des contrées de l'Afrique en général. L'Egypte paraît peu riclieen Insectes, surtout en Lépidoptères. Des Mélasomes, parmi lesquels il fiiut remarquer le genre Eitrychora et la Pimelia coronata, des Graphiphterus , et un gTand nombre de Gjnmoj9/eu/ U.S très-briîlans , sont surtoutdignes d'être signalés parmi les Coléoptères. La Nubie et l'Abyssinie sont beaucoup plus riches , ce qu'elles doivent à leur sol plus boisé et plus arrosé. On y trouve en particulier une multitude ^ Anthocharis et d'autres Piérides. En général, ainsi que nous l'avons dit , les espèces ont le

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plus grand rapport avec celles de la Péninsule arabique, et quelques-unes parmi les Lépidoptères, s'étendent jusqu'au Sénégal.

17" La région au sud de l Atlas jusqu'au grand désert, comprenant le Bélidulgerid, l'empire de Maroc, les îles de Madère et des Canaries. On ne connaît presque rien de la partie continentale de cette région. Madère et les îles Canaries très - explorées, au contraiie, surtout depuis le voyage de MM. Web et Berthelot, ont une entomologie absolument analogue à celle de la région méditerranéenne, et souvent identiques sous le rapport des espèces.

18° La Sénégambie, bornée au nord par le fleuve Sénégal, au sud par une ligne partant des Bissagos, à l'ouest par l'Océan et sans limites déterminables à l'est. Elle n'a guère été explorée , sous le rapport de l'entomologie, que le long du fleuve Sénégal jusqu'au pays de Galam , et sur la côte. C'est une région très-ricbe, et qui a peut-être plus de rapport avec l'Abyssinie et la Nubie, par ses Insectes, qu'avec la région suivante. Elle possède néanmoins en propre une foule d'espèces de tous les ordres.

19° La côte de Guinée depuis les Bissagos jusqu'au rio Gabon. Région que son climat mortel pour les Européens ferme en quelque sorte aux naturalistes, et l'une des plus remarquables du globe, sous le rapport de l'entomologie. Toutes ses productions en ce genre ont \xn faciès propre quoique allié à celui des espèces de la Sénégambie et du cap de Bonne-Espérance. Elle possède une foule de Lépidoptères de la plus grande beauté, surtout en Papilio JJanaïs, Aciea et JNymphalides. C'est la patrie spéciale des Charaxes et pour les Coléoptères des Tejlus , Goliathus , etc.

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20° Le Congo , pays à peu près inconnu sous le rapport de l'entomologie , mais qui paraît moins riche que le précédent.

21° Le cap de Bonne-Espérance jusqu'au tropique du capricorne, et y compris par conséquent une grande partie de la Cafrerie. Cette région est la plus connue de toutes celles de l'Afrique, et très-riche , mais seulement en Coléoj)tères. C'est la patrie spéciale des Manticora , Platichjles , Dromica , des grandes espèces de Moluris et de Brachycevus , d'un grand nombre de Jalodis et de Lepitrix, yinysonjrx j Monochelus, qui remplacent les ^m^î/iicoma de la région méditerranéenne , etc. Ses Lépidoptères, médiocrement nombreux , consistent en quelques beaux Papilio, Danaïs, Njmphalides et Satyres. Le genre Pneumora , l'un des plus remarquables des Orthoptères, n'a encore été trouvé que là.

Les Insectes de tout le centre de l'Afrique sont absolument inconnus , et il est par conséquent inutile d'établir d'autres régions dans ce continent.

22'' Madagascar et les îles d'ylnjouan. On ne connaît jusqu'à présent que l'entomologie de la partie sud et orientale de Madagascar. Il est probable que cette grande île a, sous ce rapport, la plus grande analogie avec la côte d'Afrique , en face de laquelle elle est située ; mais, comme on ne connaît rien de cette dernière , on ne peut prouver ce rapport. Quoi qu'il en soit, cette région est très-riche et possède une foule de genres propres , tels cjue les Psilocera qui y remplacent les CoUjiiris de l'archipel Indien, les Thyreopterus , Hexodon , les Boljhotliris , espèces de Buprestides à élytres très-élargies, et à^vax faciès inconnu ailleurs. Une foEile de belles Cefo/? m , de Gurculionites

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et de Lamia de grande taille , y ont aussi été découvertes. Les Lépidoptères consistent surtout eu ^ic/ea, Papilio, Vanessa etNymphalidos ; quelques-uns sont les mêmes que ceux du Sénégal et de l'Afrique australe. On retrouve aux îles d'Anjouan le genre Idca^ qui appartient plus particulièrement à l'archipel Indien.

23** Les îles Maurice et Bourbon^ auxquelles on peut joindre les Seychelles. Malgré leur peu d'étendue, on est obligé de faire une région à part de ces îles. Leur entomologie, peu riche et peu variée, a nn faciès ambigu, à la fois africain et asiatique. Leurs Coléoptères se réduisent, en espèces saillantes, à un petit nombre de Curculionitcs et de Longicornes. En Lépidoptères, on n'y trouve pas une seule espèce de Pieris , de Colias , à.'Acrea; et pour ce qui concerne Maurice et Bourbon, une seule espèce de Papilio dans chacune d'elles (1). Les îles Seychelles ne sont guère remarquables que par une belle espèce de Phasma^ qui leur est particulière.

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