‹ Introduction à l'entomologie (volume 2)Chapitre 2 sur 44 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ORGANIBATION IHTÉBIEUKE SîS INSECTES.

igUTBlTIOX.

Dans les chapitres précédens nous avons suivi les Insectes depuis le moment de leur naissance jusqu'à celui où ils revêtent la forme qu'ils ne doivent plus quitter. Nous avons fait connaîtreles diverses parties de leur squelette extérieur, qui constitue la charpente de leur organisation, et auquel ont été jusqu'ici presque uniquement empruntés les caractères qui ont servi à classer ces animaux. Il nous reste maintenant à étudier les organes que recouvre cette enveloppe protectrice , et au moyen desquels s'exécutent les actes sans lesquels la vie ne pourrait subsister.

Ces actes, d'une importance fondamentale, se classent naturellement dans trois grandes divisions. Par les uns, l'animal pourvoit à l'entretien de ses organes en s'assimilant certains corps étrangers dont il rejette ensuite les parties inutiles. Leur ensemble constitue les fonctions de nutrition. Par les autres, il prend connais-

INTP,. A l'entomologie, TOME II. I

sance des corps qui l'entoure, perçoit l'action qu'ils exercent sur lui , en exerce à son tour une sur eux ; en un mot, se met en rapport avec le monde extérieur de la manière que réclament ses besoins. Ceux-ci ont été nommés fonctions de relation. Cette vie , que l'animal entretient ainsi , et dont il fait l'usage que nous venons d'indiquer, ne lui a été accordée que pour un espace de temps limité. Il<loit tôt ou tard la perdre; mais auparavant il la transmet à d'autres êtres semblables à lui, destinés à jouei le même rôle et à subir le même sort. Les actes, au moyen desquels s'opère cette transmission, constituent las fonctions de génération ou de reproduction.

La première et la troisième de ces fonctions , étant communes à la fois aux végétaux et aux animaux, ont reçu le nom collectif de {^ie i^égétatiue. La seconde, d'une nature plus élevée, appartenant en propre à ces derniers, a reçu celui de i^ie sensitis^e ou animale.

Les Insectes étant placés à peu près à égale distance des deux extrémités du règne animal , se rapprochent de l'une et de l'autre par la perfection de quelques-uns de leurs organes , et la dégradation manifeste qu^ont subie certains d'entre eux. Egaux aux vertébrés par l'éneriiie de leur fibre musculaire , à peine au-dessous d'eux par l'organisation compliquée de leur canal digestif, supérieurs même ; ux oiseaux par la quantité de leur respiration, ils tombent au-dessous des mollusques, et presaue au niveau de certains animaux rayonnes par l'imperfection de leur système circulatoire. Leur système nerveux offre également un moindre degré de concentration que celui de beaucoup de crustacés qui appartiennent comme eux à l'embranchement des animaux articulés, et qui néanmoins leur sont infé-

rieurs sous le rapport de l'instincl;. Ces différences de perfection entre leurs divers organes rendent leur étude une des plus intéressantes de toute la série zoologique, ainsi qu'on va le voir dans ce chapitre et les suivansj où nous allons examiner leurs fonctions, en suivant l'ordre indiqué pltis haut.

Cette fonction , qui a pour hut de renouveler les molécules constituantes du corps de Tanimal, se compose, considérée en général, de trois sortes d'actes bien distincts, dont un seul s'opère chez les Insectes de la même manière que chez les animaux supérieurs. Cet acte est la digestion^ ou la transformation des alimens en chyle , qui fournit à toutes les parties du corps les matériaux dont elles ont besoin pour réparer leurs pertes. Chez les Insectes , comme chez les vertébrés, ces alimens sont reçus dans un appareil spécial parfaitement limité, où a lieu leur élaboration, et qui est le canal digestifs aussi nommé canal alimentaire^ canal intestinal.

Le sang, résultat de cette première opération, n'est propre à remplir ses fonctions réparatrices qu'après s'être mis en contact avec l'air atmosphérique, dont il absorbe en partie l'oxigène, sans lequel il n'aurait aucune propriété vitale. Ce second acte constitue la respiration. Ici les Insectes s'éloignent, non-seulement des vertébrés , mais des mollusques , des crustacés, et de certaines arachnides. Chez ceux-ci c'est le sang qui, mis en mouvement au moyen d'un organe particulier nommé cœur., va à la rencontre de l'air que l'animal a ntroduit dans d'autres appareils, nouimés poumons

OU branchies , suivant leur structure et leur mode de rapport avec le fluide ambiant ; de là il se rend dans toutes les parties du corps , d'où il revient se mettre de nouveau en contact avec l'air. Ce mouvement rotatoire, qui ne cesse qu'avec la vie , s'appelle la circulation. Chez les Insectes , au contraire , c'est le fluide atmosphérique qui va trouver le sang au moyen d'organes particuliers ramifiés à l'infini dans toutes les parties du corps. Le sang n'avait alors plus besoin d'être contenu dans un système de vaisseaux fermés; aussi baigne -t-il simplement tous les organes contenus dans les mêmes cavités que lui. Cependant, par sa nature même et ses fonctions , ce liquide ne pouvait être stagnant ; et l'on retrouve en conséquence chez les Insectes une circulation imparfaite, dont le point de départ est dans un organe spécial , dernier vesLige , ou, si l'on veut, première ébauche du cœur des animaux à véritable circulation, tels que ceux mentionnés plus haut.

L'un des résultats de la nutrition est la formation de certains produits, dont les uns sont employés à divers usages dans l'économie animale, tandis que les autres , qui pourraient lui nuire , sont rejetés au dehors sous des formes variées. Les uns et les autres sont extraits du sang par des organes spéciaux, c[ui, chez les Insectes, diffèrent souvent beaucoup de ce qu'on observe chez les animaux supérieurs. Ceux qui extraient des produits de la première espèce sont appelés organes sécréteurs ^les autres organes excréteurs. Nous en parlerons sous le titre commun de sécrétions.

On ne peut, à la rigueur, y comprendre une substance particulière fort abondante clicz beaucoup d'Insectes, surtout cliez les larves, qui a la plus jurande

analogie avec la graisse des vertébrés, et qu'on désigne sous le nom de corps graisseux ou tissu adipeux. Nous l'étudierons en conséquence à part.

§ I . Du canal digestif.

L'appareil destiné au séjour momentané des alimens et à leur élaboration consiste chez les Insectes , comme dans la majeure partie des animaux, en un organe alongé , tubulaire , renflé de distance en distance , formant des circonvolutions plus ou moins nombreuses dans l'intérieur du corps , et ayant deux orifices distincts : l'un antérieur, destiné à l'introduction des matières alimentaires; l'autre postérieur, au rejet de leur résidu quand les molécules nutritives qu'elles contenaient en ont été séparées.

Ces deux ouvertures existent toujours, excepté dans un très-petit nombre de cas. Ainsi , la première manque chez les Œstres , qui , sous forme d'insecte parfait, ne prennent point de nourriture ; mais la seconde subsiste encore , bien qu'elle ne serve à aucun usace. L'inverse a lieu chez les larves des 3Tyrméléons^ des Guêpes et des Abeilles , qui prennent de la nourriture , mais ne rendent point d'excrémens. Chez elles l'orifice anal est oblitéré, et ne s'ouvre qu'après la transformation en nymphe. Ces exceptions sont à peu près les seules connues.

Le canal digestif est constamment situé dans la ligne médiane du corps, au-dessous du vaisseau dorsal d'une part et de l'autre , supérieurement au système nerveux (i). Il est séparé de tous deux par

une couche plus ou moins épaisse de tissu graisseux qui lui tient lieu de mésentère, mais qui cependant est quelquefois très-réduite, surtout chez les Insectes parfaits. Outre ce premier moyen de suspension, qui l'empêche de flotter trop librement dans l'inlérieur du corps , d'inombrables rameaux trachéens l'enveloppent de toutes parts, et non- seulement rampent à la surface, mais pénètrent dans son tissu, et servent ainsi à la fois à le maintenir en place et à activer son éner2:ie vitale.

Ce tissu a la plus grande analogie avec celui du canal alimentaire des animaux vertébrés , et se compose, comme chez ceux-ci, de trois tuniques ou membranes : l'une muqueuse^ interne, la seconde papillaire et celluleuse, située au-dessus de la précédente, la troisième musculeusG , externe.

Ces trois membranes ne gardent pas des rapports constans entre elles , et ne revêtent pas uniformément l'organe dans toute son étendue. Elles prédominent l'une sur l'autre , suivant les fonctions attribuées à telle ou telle portion de son trajet, ce qui rend parfois assez sujette à erreurs la détermination de chacune d'elles.

La première paraît absolument identique à la muqueuse digestive des vertébrés, et remplit les mêmes fonctions. Elle est très -délicate , molle, assez trans-r parente, et n^est pas toujours facile à découvrir à cause de sa ténuité. On la distinç^ue surtout au voisinage du pharynx et de l'anus, et elle acquiert son maxir mum d'épaisseur dans le renflement stomacal, nommé gésier^ dont nous parlerons bientôt, et où s'opère principalement la trituration des alimens. On y remarque un grand nombre de rides longitudinales, qui

NUTRITION. rj

lui permettent de se prêter aux dilatations du canal intestinal , dans lequel elle sécrète une liqueur propre à favoriser la marche des alimens et activer leur diirestion. C'est elle qui contribue en grande partie à former, en se reployant transversalement , les valvules dont l'organe digestif est muni de distance en distance , et qui ont pour but de s'opposer à la fois au passage trop rapide des matières nutritives, et à leur rétro-

gradation.

La membrane papillaire et celluleuse (i), ainsi nommée par Cuvier, est mince, ordinairement blanche, et, quoique d'une nature sponiiieuse, ne présente presque jamais de fibres. Observée avec de forts verres amplifians , elle offre quelquefois dans son tissu des globules ou granulations d'une extrême petitesse, et qui sont assez souvent groupés en rangées transversales assez régulières (■->). M. Strauss, qui les décrit sous cette forme , les regarde comme des follicules destinés à sécréter quelque liqueur digestive , et leur donne le nom de glandes gastriques ; suivant d'autres anatomistes , elles seraient des bouches absorbantes du chyle. Cette membrane se distingue ordinairement plus facilement que la précédente , surtout dans la portion stomacale du canal digestif. Elle paraît manquer dans quelques Insectes , et même dans l'ordre entier des Hémiptères, chez qui M. Léon Dufour n'en a pas découvert de traces (3).

(i) Memhrane propre de M. Strauss. — Membrane ou couche floconneuse de M. Ranidlior.

(2) Strauss , Considérations générales sur Vanatomie comparée des animaux articulés, etc. , p. 245, — Ramdhor, Albilduugen zur anatomie der Insecten, p. '25.

(3) Léon Dufour, Recherches a>nalomiques sur les Hémiptères, p. l6.

La membrane musculeuse a tous les caractères de son analogue chez les animaux supérieurs , c'est-à-dire qu'elle est fibreuse , souple , très-contractile , et se ramçllit par la macération prolongée dans l'eau. Elle se compose de deux plans de fibres : les unes longitudinales, les autres transversales , qui s'entrecroisent sous des angles très -variés. Ces dernières, qui entourent comme autant d'anneaux le canal alimentaire, sont beaucoup plus nombreuses que les autres, et forment ces rétrécissemens ou sphincters que cet organe offre sur différens points de son trajet. C'est dans cette membrane que réside le mouvement péristaltique du tube digestif, qui est sensible surtout dans sa portion stomacale, et qui a pour double but de séparer le chyle du bol alimentaire, et l'expulsion du résidu excrémentiel de ce dernier. Aussi son épaisseur est-elle généralement plus considérable dans le gésier, et les parties voisines où s'opère la trituration des alimens que partout ailleurs. Cela cependant souffre d'assez nombreuses exceptions. Le gésier et le jabot n'en offrent alors presque aucune trace , et on ne la distingue bien qu'au pharynx, au ventricule chylifique et à la partie moyenne des intestins (i).

En traitant des diverses parties de la bouche, et notamment des mandibules et des mâchoires des Insectes broyeurs, nous avons dit qu'à leur inspection seule on pouvait deviner dans un assez grand nombre de cas quelle devait être la nourriture de l'animal. Le

(i) Pour plus de détails sur ce sujet, et en général surtout ce qui concerne la structure du canal intestin;il , consultez le travail étendu do M. Marcel de Serres, intitulé : Observations sur les usages des diverses parties du tube intestinal chez les Insectes, i vol. in-4) Paris, 181 3.

NUTRITION. n

même rapport existe jusqu'à un certain point entre l'aliment et la longueur du tube digestif. Il est en général d'autant plus alongé, que l'Insecte chez qui on l'observe est moins carnassier. Il s'en faut néanmoins de beaucoup que cette loi pbysiologique soit aussi constante chez les Insectes que parmi les animaux vertébrés , surtout les mammifères, et cela dépend sans doute de ce que leur nourriture est infiniment plus variée que celle de ces derniers. Les vertébrés , en effet , ne prennent guère que deux sortes d alimens , des substances animales ou végétales non décomposées; un petit nombre seulement, et encore non d'une manière constante, vivent de cbair putréfiée ou de végétaux dont les clémens primitifs se sontdésacirréiiés. Aucun d'eux ne se contente d'extraire simplement les sucs de la proie dont il s'est emparé : ils l'ingèrent toute entière avec ses ])arties les moins alibiles. Chez les Insectes, au contraire, outre les deux modes d'alimentation ci-dessus, on en observe une multitude d'autres. Tous ceux qui sont suceurs, tels que les Hémiptères, les Lépidoptères et les Diptères, ne vivent que de liqueurs animales ou végétales, qu'ils prennentdans un état plus oumoins grandde pureté, etdontl'assimilation est plus ou moins facile. Parmi ceux qui sont broyeurs, il en est, comme les Goprophages , qui vivent de substances excrémentielles qui ont déjà servi à la nourri ture d'autres animaux ; d'autres rongent le bois mort ; enfin quelquesuns, tels queles Dej^mestes j\es\avYes desTeigJies, etc., se contentent des matières en apparence les plus indigestes , c'est-à-dire des poils ou des jilumes dans un état complet de dessication. Des différences aussi nombreuses dans la nourriture doivent nécessairement

en amener de correspondantes dans la longueur du canal digestif, mais fort difficiles à apprécier. Souvent, en outre, la nature a recours à plusieurs moyens pour augmenter son étendue : elle compense Tabsence de longueur par un diamètre plus considérable, ou par un plus grand nombre de renflemens ; de sorte qu'un canal intestinal très-court peut en réalité ég:;tler et même surpasser en surface un autre beaucoup plus aloniré.

C'est parmi les larres , surtout celles qui sont herbivores , que l'organe qui nous occupe présente le plus de brièveté ; ce n^est chez elles qu'une espèce de sac d'un diamètre égal dans toute son étendue, et qui s'étend en ligne droite d'une extrémité du corps à l'autre sans faire de circonvolutions (i). Il diffère souvent alors beaucoup de ce qu'il sera plus tard. C'est principalement dans Ses larves à métamorphose complète qu'il offre cette disposition. Dans celles à métamorphose incomplète il ressemble à celui de l'Insecte parfait, ainsi que nous le verrons plus loin.

Les Insectes suceurs ont généralement un canal intestinal de médiocre longueur. Dans les Hémiptères il excède rarement trois fois celle du corps. 11 j^araît un peu plus alongé chez les Diptères, surtout ceux de la famille des Muscides. On ne remarque pas, à cet égard, de dilïérences bien sensibles entre les espèces qui vivent de sucs végétaux et celles qui sucent le sang des animaux. Les Hyménoptères, qui sont des Insectes à demi-broyeurs, et même entièrement suceurs sous le rapportde l'alimentation, se rapprochent

(i) PI. i3, fig. I, b, c, d, ef.

des précédens par la longueur médiocre de leur canal intestinal. Les variations sont plus fortes parmi les Insectes véritablement broyeurs, mais ne s'accordent ]ias toujours avec la loi dont nous avons parlé plus haut. En elT'et, les Orthoptères, insectes herbivores par excellence, ont le canal digestif deux fois à peine delà longueur du corps ; et parmi les Coléoptères, si l'on observe que dans certaines espères carnassières , telles cjue les Carabiques , il est également très-court , on trouve la même brièveté chez les Longicornes , cjui vivent de matières ligneuses , et ont par conséquent un régime tout opposé. Les grandes espèces de Staphylins et les Sylphes vivent également de matières animales décomposées ; chez les seconds , le tube digestif a quatre fois la longueur du corps et seulement deux chez les premiers. 11 est encore plus court chez les Ccuilliarides et les Méloés , qui sont phytophages. Ce n'est que chez les Lamellicornes qu'il paraît prendre une dimension en rapport avec la nature des alimens ; celui des Hannetons , qui sont phytophages, a juscju'à sept ou huit fois, et celui des Copris , qui vivent de matières excrémentielles jusqu'à douze fois la longueur du corps. De tous les Insectes, ce sont ceux cjui l'ont le plus alongé. Ces exemples , qu'il serait facile de multiplier, montrent qu'il ne faut pas trop se hâter d'appliquer à tout le règne animal les lois qui régissent les animaux supérieurs. Les exceptions à celle dont il est ici question sont si nombreuses parmi les Coléoptères, c|ue Meckel, et après lui M. Carus, ont pu dire, d'une manière générale, que chez les espèces carnassières de cet brdre, le canal digestif est proportionnellement

plus long que chez celles qui sont herbivores (i).

Dans son trajet de la tête à l'anus, le canal digestif présente , comme nous l'avons dit, un certain nombre de dilatations ou renflemens. Considéré sous ce point de vue , on peut le diviser en deux portions distinctes , l'une stomacale, l'autre intestinale, dont la limite est ^généralement indiquée par l'insertion des vaisseaux biliaires. Ces mêmes vaisseaux , ainsi que d'autres, versent dans son intérieur des liqueurs qui sont évidemment en rapport avec l'acte digestif. Le tube intestinal se compose donc de parties propres et d'annexés. Quoique ces derniers appartiennent, à proprement parler, aux fonctions de sécrétion, on ne peut les séparer de cet organe avec lequel ils sont en relation intime.

Les parties propres du canal alimentaire sont : le pharynx ^ Y œsophage, \e jabot, \e gésier, le ventricule chjlifique , \ intestin grêle , le cœcum et le rectum.

Ses annexes sont : Les i^aisseaux salii^aires , les v^aisseaux hépatiques ou biliaires , et les i^aisseaux excrémentitiels .

Jamais toutes ces parties ne se trouvent réunies chez un même Insecte. Il en est à cet égard comme des diverses pièces du thorax , à propos desquelles nous avons fait la même observation. La forme et la grandeur de chacune d'elles varient ensuite au point qu'il serait imprudent d'en dire rien de trop général. Leurs modifications sont infinies , et surpassent de beaucoup , ainsi que l'a dit Cuvier^ celles qu'où observe dans le canal alimentaire de tous les animaux vertébrés réunis.

(i) Carus , Traité élémentaire d'aiiatomie comparée , toru. II, p. 35 de la traduction française-

NUTI^ITION. l3

i" Des parties propres du canal digestif.

I. Pharynx. — Il fait suite à la cavité buccale, et forme l'entrée de l'appareil digestif. Rien ne le sépare de la première , les Insectes n'ayant point d'organe analogue au voile du palais. Cela souffre à peine une exception chez quelques Hyménoptères, les, Abeilles et les Bourdons^ où il est fermé par ces pièces que nous avons signalées sous les noms d'hypopharynx et d'épipbarynx. Son diamètre est en proportion de celui de la bouche ; il est par conséquent beaucoup plus large chez les Insectes broyeurs que chez les Suceurs. On peut même dire qu'il n'existe pas chez ceux-ci , et que la partie suivante fait directement suite au suçoir. Sa forme chez les premiers est ordinairement celle d'un entonnoir plus ou moins évasé antérieurement, et plissé à sa partie postérieure. La membrane muqueuse qui le tapisse est en général assez développée, etl es vaisseaux salivaires , quand ils existent, y versent le plus souvent leur produit.

II. Œsophage (i). — L'œsophage des Insectes estun conduit d'une ténuité souvent capillaire, qui sert à transmettre les alimens reçus par le pharynx dans le reste du canal digestif. Dès sa naissance , il est embrassé par une sorte d'anneau formé par les deux ganglions céphaliques du système nerveux, et les cordons latéraux qui les unissent entre eux. Il remplit ordinairement l'intérieur de cet anneau , de manière à en toucher les parois

(1) PI. i3, fig. I, 2, 3, a. — PI. i4, %. I, 2, 3, 6, 8, a. Ou le reconnaîtra sans peine dans les figures de la PI. i5 à sa position.

l4 OF.G-ANÎSATION INTÉUIEUlSi: DES INSECTES.

de toiiles parts. Dans les Insecfces broyeurs, qui sont, ainsi que nous venons de le dire , les seuls qui aient véritablement un pharynx, l'œsophage se distingue de ce dernier, non-seulement par son moindre diamètre, mais encore par quelques particularités de structure. Ces trois membranes sont plus intimement unies entre elles ; la moyenne est très-mince, et l'interne ou muqueuse est dans quelques espèces , telles que les Carabes ^\esChiysoinèles ,\e?> Blattes ^ les Sauterelle s ^ etc. ^ munies de cils ou d'épines très-petites qui sont destinées à prévenir la rétrogradation des alimens

La forme tubulaire de l'œsophage est constante chez tous les Insectes : partout également il est simple, excepté chez les Lépidoptères , où il offre une disposition remarquable. Sa partie antérieure se bifurque , et chaque branche aboutit à l'un des canaux latéraux de laspiritrompe(i ), ce qui semblerait indiquer que chez ces Insectes le fluide nourricier ne passe pas dans le canal mitoyen de l'organe, ainsi que le pensait Latreille (2), mais bien dans les conduits en question. Les deux branches dont nous venons de parler se réunissent ordinairement de bonne heure en arrière , et sont très-courtes. Quelquefois cependant, comme dans le Papilio Machaon , elles se prolongent jus» qu'au milieu du thorax , où a lieu leur réunion.

Rien n'est plus variable que la longueur de l'œsophage-, on peut s'en convaincre en jetant un coup d'œil sur les Planches i3 , i4 et i5 de cet ouvra^^e, qui en offrent des exemples saillans, bien qu'elles ne le représentent pas dans tous les ordres. Quelquefois il

(i) Treviranus , Fermische Schrifteii , etc., -2'. partie , p. 200. (2) Foyez tome l, jf. 3iJi.

NUTRITION. l5

se termine immédia teiiient derrière ]a IxHe, comme dans les Tenéhno ; ailleurs il se prolonge à peu près jusqu'au milieu du prothorax, ainsi qu'on le voit dans le Melolontha uulgajis (i ), Enfin , dans quelques espèces d'Hyménoptères [Pimpla eneivator^ Pompilius viaticus)^ il va jusqu'au milieu de l'abdomen, et fait à lui seul près du tiers du tube digestif. Mais le plus ordinairement il traverse tout le thorax et ne finit qu à l'origine de la cavité abdominale. Sa longueur paraît en général être déterminée par le mode de jonction de l'abdomen avec le thorax , et le développement qu'a pris ce dernier. Lorsque l'abdomen est sessile, que le thorax est grand , long et volumineux , et permet aux organes qu'il contient de se développer, alors l'œsophage ne le traverse pas en entier, et le jabot ou le gésier commence dans la cavité thoracique. Quand, au contraire, l'abdomen est pédoncule comme dans les Hyménoptères et les Diptères, l'œsophage se prolonge jusque dans la cavité de ce dernier. Cette règle n'est cependant pas constante , ainsi qu'on le voit en comparant l'œsophage de la Scutellera Jiigrolmeata (PI. i5, fig. i) , avec celui de la Cicada orni ( même PI. fig. 3) qui toutes deux ont un thorax très-développé ^ et qui néanmoins offrent une différence sensible dans la longueur de l'organe qui nous occupe.

La même Cicada onii présente une disposition remarquable et insolite dans le ligament [f] , qui suspend le ventricule cliylifique à l'œsophage.

HL Jabot [i).' — A la suite de l'œsophage on trouve

(1) PI. i4, fig. 6, a.

(2) Estomac, de M. Marcel de Serres. — Jabot , de Guyier et de

ib ORGANISATION INTERIEURE DES INSECTES.

dans un grand nombre d'espèces une poche qui paraît n'en être qu'une simple dilatation, et qui n'est en effet que cela dans beaucoup de cas, mais qui ailleurs joue un rôle spécial. On l'a nomméey«èoi , attendu qu'elle occupe la même position que l'organe de ce nom chez les oiseaux, et remplit souvent des fonctions analogues , c'est-à-dire que les alimens y séjournent quelque temps avant de passer dans les autres parties du canal intestinal , et y reçoivent un commencement de préparation.

La structure et les fonctions du jabot paraissent être sous l'influence directe de la portion suivante du canal alimentaire ou du gésier^ et dépendre de l'absence ou de l'existence de ce dernier. Dans le premier cas , qui est le plus commun , le jabot se trouve précéder immédiatement le ventricule chyîifique , dont il est ordinairement séparé par une valvule. Ce n'est plus alors qu'un simple renflement de l'œsophage qui le forme en se dilatant d'une manière plus ou moins brusque. Il en conserve la structure , et ne paraît pourvu d'aucun appareil sécréteur propre à agir sur les alimens , qui ne font simplement que s'y ramollir s'ils sont secs , ou y subir peut-être quelques changements particuliers s'ils sont liquides. Les Coléoptères non carnassiers , les Névroptères et les Hémiptères offrent cette disposition , dont nous avons fait figurer plusieurs exemples (t). Lorsqu'au contraire il existe un gésier, comme chez les Carabiques , les Hydrocan-

MM. Léon Dufour et Strauss. — Ramdhor paraît le considérer comme un simple renflement de l'œsophage, et ne lui donne point de nom particulier.

(1) PI. i4, fig. 3, G, h.

NUTRITION. Iij

thares ^ les Blattes, les Sauterelles , etc., le jabot, tout en paraissant encore n'être qu'un renflement de l'œsophage, est pourvu dans son intérieur d'organes glanduleux, dont la sécrétion a probablement les propriétés d'un suc gastrique. La matière alimentaire est ainsi convenablement préparée à subir l'action triturante du gésier. C'est dans ce cas que le jabot est dans toute la force du mot l'analogue de celui des oiseaux. Dans le premier, cette analogie est plus douteuse. Les glandes dont nous parlons sont surtout très-développées dans le genre Cicindela. Chez la C. campestris ^ espèce commune dans nos pays, et dont nous figurons le canal digestif d'après M. Léon Dufour (i) , elles sont très-grosses^, et forment des rangées régulières. Dans le Djtiscus Bœselii (?,) , elles sont au contraire très-petites et visibles seulement à l'aide d'un fort grossissement. Chez d'autres Coléoptères carnassiers, le jabot paraît couvert destries, décotes, qui lui donnent l'apparence d'un melon lorsqu'il est distendu, ou d'autres formes analogues. Celui de la Cicindela campestris , dont nous venons de parler, est cordiforme et frangé sur ses bords ; mais dans tous les Insectes , sans exception , sa surface extérieure est constamment lisse.

La grandeur et la forme du jabot varient beaucoup et peuvent tromper l'observateur suivant l'état dans lequel il l'examine. Quand il est vide , il s'affaisse sur lui-même, et paraît ridé et très-petit. Dans le cas opposé, il peut être distendu inégalement par les matières qu'il contient, et paraître déjeté hors de la ligne mé-

(I) PI. i4, tig. I,

(2) PI. l4, fig. 2.

IKTR. A l'entomologie, TOME U. %

l8 ORGANISATION INTERIEURE DES INSECTES.

diane. Cet état est même constant chez quelques espèces , comme on peut le voir chez ï OEdemera ruficollis (i).

Cet organe manque dans toutes les larves à métamorphose complète , et quelquefois chez les Insectes parfaits, comme dans la Banatra lineqris (2). Dans d'autres espèces il est suivi d'un renflement semblable à lui , ou plutôt il est divisé en deux portions, qui ont l'une et l'autre les mêmes fonctions. Ce second jabot est ce que Cuvier et M. Strauss ont noxnméYc jabot ou ventricule succenturié ,• mais, comme ilne joue point de rôle à lui propre , nous n'avons pas cru devoir le compter parmi les parties essentielles du tube digtslif.

Ce que nous venons tle dire du jabot ne s'applique qu'à celui des Insectes broyeurs. Chez ceux qui sont suceurs, excepté les Hém^iptères, cet organe subit une modification remarquable, et paraît n'avoir plus qu un ra[)port accessoire avec l'acte digestif. Safonction n'est plus de recevoir les alimens , mais de faciliter leur introduction dans le canal alimentaire en agissant à la volonté de l'Insecte comme une pompe aspirante. Il suffit en effet qu'il se dilate pour que l'air contenu dans son intérieur se raréfie, et qu'il s'ensuive un vide suffisant pour opérer ou simplement favoriser l'ascension des liquides dans la trompe et l'œsophage. Les mouvemens de contraction et de dilatation successives de la première dont nous avons fait mention , ne concourraenit plus que secondairement à ce mouvement ascensionnel. Telle est du moins l'opinion de

(i) n. 14, fig. 8, c.

(i) PL i5, fig. 4.

NUTPJTIOX. i-q

M. Treviranus , qui en conséquence a donné à cet organe le nom d'estomac de succion ( saugniagot ) ( i ) . Le jabot ainsi modifié est exclusivement propre aux Hyménoptères, aux Lépidoptères et aux Diptères.

Chez les premiers il conserve encore dans quelques familles la forme , la situation et l'apparence d un jabot ordinaire; on ne doit même pas, à la rigueur, l'en distinguer. Ces genres sont ceux qui mâchent leurs alimens plutôt qu'ils ne les prennent par succion, tels que les Tentbrédines et les Ichneumonides, dont la trompe est très-courte, et prend peu de part à lintroduction de la nourriture. Un organe du genre de celui dont nous parlons leur eût été en quelque sorte inutile. Aussi , chez ces Insectes , le jabot ne paraiL-il que comme un léger renflement de l'œsophage. Mais dans d'autres genres , notamment chez les abeilles et les Guêpes, qui sont des Insectes éminemment suceurs, le jabot prend les fonctions dont il est ici question : c'est un sac volumineux, situé inférieurement au point de jonction de l'œsophage avec le ventricule chylifique , et c[ui paraît irrégulièrement plissé quand il est vide. Lorsqu'il est au contraire dilaté , il ressemble à une vessie mince et transparente qui embrasse l'ouverture du ventricule ch^difîque , dont le sépare la valvule ordinaire située dans cet endroit. En fféné-» rai , cet organe est développé en proportion de la

(i) Ramdlior rayar.t rencontré plein de liquide chez quelques Lépidoptères, l'a regardé comme une sorte de réservoir pour les matières alimentaires, et l'a nommé sac aux alimens (spisesack). Meckel, par une raison anaiogue , lui a donné le nom de réierfoir du miel ( houi^beîialter), cliez les Hyménoptères. Mais, d'après les observations de M. Treviranus, la présence d'autres substances que l'air n'y est qu'accidentelle, yoyes Burmeislcr, Uandbuch der Entomologie, tome ï, p. iSj-

longueur de la trompe , augmentant et diminuant de volume en même temps que celle-ci s'allonge ou se raccourcit. Cette remarque s'applique également aux ordres suivans.

Le jabot aérifère des Lépidoptères se sépare plus nettement de l'œsophage que celui de l'ordre précédent. Il est situé de même à l'extrémité inférieure gauche de l'œsopîiage , auquel il aboutit par un col peu aloniié (i), et recouvre plus ou moins en dessus le ventricule ch^^lifî'pe. Dans la majorité des espèces il est simple. Chez d'aulres ('es Zjgœiia) ^ il est composé de deux lobes qui sont situés, l'un à droite, l'autre à gauche. Lorsque la trompe est rudimentaire et presque nulle comme chez les Hépiales , le Gastropacha pini ^ le Cossus ligiiiperda^ il disparaît entièrement, en conformité de la règle que nous avons indiquée plus haut.

C'est chez les Diptères qu'il paraît prendre son maximum de développement. Il s'insère dans cet ordre comme chez les Lépidoptères , et est également simple ou multiple ; mais quelquefois son col s'allonge au point de dépasser le ventricule chylifique , de sorte que la vésicule se trouve en arrière de ce dernier au niveau de l'intestin grêle. Ce col est assez souvent de la même grosseur que l'œsophage dans lequel il aboutit. Tous les Diptères, cependant, ne sont pas pourvus de cet organe. Il manque entre autres exemples dans la famille entière des Pupipares.

Les Puces qui composent à elles seules l'ordre des Siphonaptères sont dans le même cas que les Hémip-

(i) PI. i3, tig. i,b'.

tères. Le jahoL aérii'ère n'existe pas non plus chez

elles.

Ces liqueurs noirâtres , que vomisseut beaucoup d'Insectes lorsqu'on les saisit et qu'on les irrite, proviennent du jabot, et ne sont autre chose que les matières alimentaires qu'il contient , mêlées aux fluides produits par les organes sécréteurs. Nous reviendrons sur ce fait lorsque nous aurons à examiner le rôle que joue le jabot dans l'acte digestif.

IV. Gésier (i).— Ainsi nommé ^ attendu sa ressemblance de structure et de fonctions avec le gésier des oiseaux granivores , il répète aussi l'estomac des Crustacés parmi les articulés. C'est dans son intérieur que les alimens, déjà divisés par les orj:anes masticateurs de la bouche subissent une nouvelle trituration plus achevée. Sa structure le rend éminemment propre à cet usa"-e. Il est en effet Irès-musculeux , quelquefois même à demi cartilagineux et fortement contractile. Ses parois internes sont armées d'un appareil de broiement qui varie suivant les espèces, etcjui consiste en dénis, lames, épines, arêtes, etc., qui convertissent les alimens en une pulpe l)omoi;ène et impalpable ; ceux-ci n'y sont généralement admis qu'en petite quantité à la fois. Il est effectivement d'un bien moindre volume que le jabot, et arrondi ou ovalaire (2), assez rarement tubuleux. On sent qu'un pareil organe ne peut exister que chez les espèces qui

(l) Esiomnc à replis (faheumaffen) ou Estomac broyeur (raumageii), des anatomistes allemands.— Cardia, de VossqH. — Gésier, de tous les anatomistes français et anglais.

(3) PI. i4, iig. I et 2, c.

32 OKGANISATION INTÉKIEURE DES INSECTIS.

prennent une nourriture solide; aussi tous les Insectes suceurs , sans exception , en sont-ils dépourvus, ainsi que les Coléoptères, qui vivent de matières animales ou végétales décomposées, et même des parties tendres des végétaux. Il manqueaussi cliezcertainsOrlboplères ( Phasmes et Grillons), et la plupart des Névroptères , tels que les Phrjgaues , les Hémé robes ^ etc.; enfin, chez toutes l^s larves à métamorphose complète , bien qu'elles prennent pour la plupart des alimens assez solides. Il existe au contraire chez les Coléoptères carnassiers, comme les Carabiques, les Hydrocanthares et les Brachélylres ; moins développé chez ceux qui ront^ent le bois , tels que les Cérambycins ; chez quelques Curculionites, et enfin il arrive à son maxitaum de développement dans les Orthoptères des genres Sauterelle et Criquet.

La tunique musculeuse externe du gésier est très-forte, lisse et tendue en dehors; elle recouvre exactement la muqueuse interne , qui est également épaisse, presque cornée et fortement plissée. La membrane moyenne paraît manquer dans le plus ffrand nombre des cas. Les plis dont nous venons de parler ne sont pas accidentels , mais disposés régulièrement et d'une manière constante, suivant les genres et même les familles. Il en est de même du reste de l'appareil triturateur. Dans le Carabus auratus , par exemple , cet appareil consiste en quatre pièces principales ou lames oblongues , brunâtres , de consistance cornée, mobiles surleur base, qui est musculeuse, et séparées par autant de gouttières profondes, dont le fond se relève dans son milieu en une arête pareillement cornée , et munie de soies acérées qui y forment une sorte de brosse. Les lames principales

NUTRITION. a3

sont échancrées à leur extrémité antérieure, et forment parleur convergence une sorte de valvule, dont l'ouverture en croix correspond au pbot ; à la partie inférieure on remarque de très-petites dents acérées , imbriquées et mobiles, dont les pointes forment en arrière un godet conique , dont le sommet s'abouche dans le ventiiculech^lifique, et y constitue une autre valvule analogue à la précédente (i). Les Carabiques, les Hydrocanthares et les Brachélytres, sauf quelques difïérences dans le nombre et la forme des parties, ont un gésier aussi compliqué que celui-ci. Dans les Gérambycins, et notamment dans la Lamia cedilis , il est plus simple, suivant Raindhor, et consiste principalement en quatre grosses btmes coi nées, entre lesquelles s'interposent qu.itre. autres lames plus petites de même nature. C( lui du Cryptorhyvchus lapnthi^ de la famille des Curculionites , présente intérieurement, d'après le même auteur, cinq plis de forme prismatique , du bord intérieur de chacun desquels s'élèvent deux rane;ées de soies cornées et divergentes qui, se dirigeant vers celles des plis voisins , forment dans la cavité de l'organe une saillie étoilée. Dans les Orthoptères , le gésier est encore mieux armé, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Celui de \ Acvida aptera est muni de six rangées longitudinales de grosses dents, entre chacune desquelles se trouve un double rang intermédiaire de dents ])lus petites. Les dents des principales rangées sont de trois sortes : on en voit d'abord à la partie supérieure cinq crochues, plus petites que les autres, auxquelles succèdent quatre

(j) Léon Dufour, Annales des sciences naturelles , tome III, p. 233.

5l4 ORGANISATION INTÉRIEURI! DES INSECTES.

très-larges et quacîrangulaires : puis au-dessous de celles-ci douze tricuspidées à leur extrémité. Les ranimées intermédiaires se composent chacune de douze petites dents triangulaires. Le nombre des dents s'élève en tout à 2yo(t). Dans les Blattes^ au lieu de plis et de lames longitudinales , il existe des sortes de crochets cornés qui sont fixés par une base large aux parois de l'organe , et se terminent librement dans sa cavité. Dans le même ordre , le gésier manque, comme on l'a vu plus haut , chez les Phasmes et les Grillons , mais chez ces Insectes , le jabot et l'œsophage sont pourvus de cils ou de petites dents dirigées en arrière, et qui servent sans doute à la comminution des alimens.

L'ordre des Névroptères contient aussi des espèces , dont les unes ont un gésier et les autres en sont privées. Parmi les premières sont les Myrinéléoiis^ les Termites^ les Panorpes etc. ; au nombre des secondes, les Libellules ^\e?> Ephémères ai les Phi'Ygcuies. Enfin cet organe se retrouve chez les Lépistnes de l'ordre des Thvsanoures, et parmi les Parasites pourvus de mâchoires, qui vivent en rongeant les poils ou les plumes des animaux supérieurs (2). On sent en efïet qu'il était de première nécessité pour des Insectes qui se nourrissent de substances aussi indigestes.

Page 1