V. Ventricule chjlijiqiie (3).-— Cette cinquième
(1) Roget, Animal and vegetaUe Physiology, 2 vol. in-8, Londres, 1834, tome II, p. 2i5, d'après M. Newport .
(2) Foyez le travail de M. Nitzcli sur les Insectes épizoïques , Magasin entoniolog-ique de Germar, tome III , p. 2/(2 et suivantes.
(3) Ce nom, qui exprime dune manière exacte les l'onctions de cet organe , lui a été donné par M. Léon Dufour. C'est \ Estomac
NUTRITIOM. u5
portion du tube intestinal est celle qui joue le principal rôle dans l'acte dicestif, et en même temps la plus variable de toutes, sous le rapport de la forme et de l'étendue. D'après ce qui précède, on voit qu'elle est limitée en avant par le gésier ou le jabot , et même que dans certaines espèces, elle vient immédiatement après l'œsopbage. En arrière, sa terminaison est indiquée par l'insertion des vaisseaux hépatiques, et lorsque ceux-ci sont reportés plus loin, par un rétrécissement ou sphincter qui le sépare de l'intestin. Ce sphincter existe toujours, quelle que soit du reste la position des vaisseaux dont nous venons de parler. On a nommé PjloVe^ l'orifice qu'il ferme et l'ouverture opposée Cardia , vu l'analogie évidente de ces deux parties avec les orifices correspondans de l'estomac chez les vertébrés.
Ce n'est pas sans raison qu'un assez grand nombre d'anatomistes ont donné le nom de duodénum au ventricule chjlifîque. Il est en effet très probable que c'est dans son intérieur que se passe en grande partie l'acte de la cbylification, et qu'il réunit les fonctions de l'estomac et du duodénum des vertébrés. Les trois membranes qui le composent sont généralement plus visibles que dans les portions précédentes du canal digestif; elles sont même assez faiblement unies entre ielles et se laissent séparer s;ins peine. L'externe ou la musculeuse y fournit quelquefois des fibres disposées en bandes longitudinales, qui ressemblent à celles qu'on observe à la surface exlerne de l'estomac chez beau-
proprement dit de la plupart des anatoniisles allemands et anglais , et le J)i(octeiium de Cuvier et de MM. Marcel de Serres, Strauss, J- MuUer, Treviranu», etc.
coup de mammifères. Celle du milieu offre pins fré-quemment là qu'ailleurs , ces i;ranulations dont nous avons parlé et que M. Strauss a rei^ardées (.ommedes glandes gastriques.
Deux sortes d'appendices sont propres à cet or^^ane, mais seulement dans certaines familles. Les premiers sont des papilles ou villosités qui le I. crissent à l'extérieur et lui donnent une apparence velue (i). Observées au microscope, on voit que ces villosités sont des vaisseaux aveugles qui ont ia forme d'un doie t de ii;int. Elles sont formées par la muqueuse interne et traversent la membrane musculeuse sans être recouverte par elle. 11 règne encore beaucoup d'incertitude sur ia part que prennent ces nombreux petits cœcums à l'acte digestif. Cuvier, et après lui M. Strauss , les ontre gardés comme sécrétant une liqueur gastrique destinée à se mêler au cby me. M. Rengger pense, au contraire, que ce sont les vaisseaux absorbans du cbyle. Enfin , M.Léon Dufour est d'opinion que la pulpe alimentaire pénètre dans leur intérieur, et que la division plus intime de ses parties qui en résulte hâte sa conversion en chyle. Ramdhor, et la plupart des autres anatomistes, s'iibstiennent de prononcer à cet égard.
Les autres appendices dont nous parlons ont beaucoup de ressemblance avec ceux-ci. Ce sont également des cœcums, mais beaucoup plus granrls, infiniment moins nombreux , et qui , au lieu d'être formés seulement par la membrane interne, le sont aussi par la musculeuse. Ils rappellent ces appendices singuliers qui existent au pylore des Poissons , et l'on ne peut guère se refuser à croire que ce soit comme ceux-ci
Il , I I ■ -. I - -^
(i) PI. i4, fig. I, b, 2,3, 8, d.
NUTRITION. a«
des organes de sécrétion analogues au pancréas, conclusion qu'il faudrait peut-être étendre aux précédens. On les rencontre principalement dans l'orlre des Orthoptères. Ainsi il y en a deux en forme de vésicules , situés à l'origine du ventricule ciiylifif|ue dans les Acheta^ la Courtillière commune, les Sauterelles^ etc., six chez les Criquets , qui sont longs, lubulaires , et couchés le long du ventricule. Ils existent également dans les autres ordres, même chez des larves, dont les Insectes parfaits n'en ofii iront plus tard aucune trace. Celle du Alelolotitha uulgaris en a dix disposés enforme de verticille au-dessous du gésier; dans celle de la Cetonia aurata ^ il y ^ trois de ces verlicilles, composés chacun de douze à quinze cœcums : l'un entoure l'origine du ventricule chylifique, le second sa partie moyenne, et le dernier est silué au pylore. On les retrouve encore chez les Poux qui en ont une rangée au-dessous du gésier.
Les Buprestes et les Elater présentent une particularité plus remarquable. Chez les premiers, il existe de chatjue côté du ventricule chylifique un vaisseau aveugle plus long que cet organe lui-même, et auquel aboutissent d'autres cœcums courts, et semblables à ceui des carnassiers. Le reste du ventricule est cylindrique et lisse (i). Ch z les seconds, il est muni au même endroit de deux poches courtes et lisses , après lesquelles il se continue sous la forme d'un tube étroit , cylindrique et plissé, puis se termine par une dilatation vésiculaire.
La forme du ventricule chylifique est toujours plus
(i) Gaede, Nova acta phys. med. nat. cur. tome XI, pars 2«, p. Sag.
ti8 ORCiANISATION INTÉRIEURE DES INSECTES.
OU moins tabulaire ou ovoïde : il ofïre surtout la première de ces dispositions dans les larves à métamorphose complète , chez qui il ressemble à un long cylindre d'un diamètre égal dans toute son étendue (i); il est en même temps assez sujet à prendre des formes singulières. Ainsi, dans le Melolontha t^ulgaris (2), il se rétrécit postérieurement en un long tube semblable à un intestin, et qui fait de nombreuses circonvolutions. Dans la Cicada orni (3) , sa partie antérieure se recourbe en anse , en faisant un angle avec la postérieure , et celle-ci alongée en un tube excessivement long et entortillé vient s'insérer dans l'angle formé par ce coude , de sorte que les alimens décrivent un cercle complet pendant le cours de la digestion. Chez la Scutcllera Jiigrolineata (4) il est divisé en deux portions, l'une antérieure alongée, l'autre postérieure ovaîaire que réunit un long tube recourbé sur lui-même; puis ensuite viennent quatre tubes garnis de valvules, dont l'usage est difficile à ])réciser, et qu'on peut aussi bien regarder comme lui aj)partenant que comme les représentans de l'intestin grêle (5).
La longueur du ventricule chylifique, comparée à celle des autres parties du canal intestinal, varie dans des limites très-étendues. Dans les chenilles , par
(1) PI. i3 fig. I, c.
(2) PI. 14, fig. 6, d.
(3) PI. i5, fig. 3, d, d, e.
(4) PI. i5, fig. 1, ce c, d.
(5) Ces tubes sont ce que Ramdhor a nommé estomac de punaise (wanzen mageii), M. Léon Dufour, à qui est empruntée la iigure que nous en donnons , les appelle simplement cordons valvuleux sans leur assigner de fonctions.
NUTRITION. ag
exemple, il forme à lui seul presque tout le canal inlestinai. Chez la Scuteliera nigrolineata ^ que nous venons déjà de citer, il est presque deux fois plus loog que le reste de l'organe , qui lui-même est très-alongé. Mais communément il ne forme que d'un cinquième à un tiersdelalon-ueur totale du tube digestif. Ces différencesont certainement une Irès-grande influence sur la digestion ; mais il serait difficile, pour ne pas dire impossible, en ce moment, d'établir quelque règle générale à cet égard. Voici cependant en peu de mots ce qu'on observe le plus souvent dans les différées ordres.
Celui des Coléoptères, dont les espèces varient beaucoup sous le rapport de la nourriture, présente des différences noml)reuses et remarquables. Dans les familles qui sont carnassières (i), il est de grandeur médiocre, et plus ou moins rétréci à sa partie inférieure; un étranglement bien prononcé le sépare du gésier. Sa surface est en totalité ou en partie couverte de villosités assez longues et grêles. Tel est en général celui des Carabiques, des Hydrocanthares et des Brachéljtres. Les espèces qui sont phjllophages et granivores, et qui prennent par conséquent des alimens grossièrement divisés, telles que les Ljtta^ les JSIeloe ^ la plupart des Curculionites, l'ont plus long, plus tubulaire, et séparé du jabot ou du gésier lorsqu'il existe par un sphincter musculeux. On y observe encore quelquefois des villosités , comme dans le Cryporhjiichus lapathi , et il est remarquable qu'il existe alors en même temps un gésier. Le ventricule chylifique s'allonge encore , et prend une forme plus cy-
(i) PI. I (, lig. i, 2,3.
3o ORGANISATION INTÉRIEURE DES INSECTES.
lindrique, d'un diamètre plus égal chez les espèces qui vivent de substances végétales, plus molles et même liquides, telles que le suc des fleurs ou la sève des arbres. Les Scarabées^ les Cétoines^ la plupart des Cérambycins et les Chrysomèles appartiennent à cette catégorie : chez ces dernières il a de courtes villosités. Enfin , dans cet ordre , il atteint son maximum de longueur, et sa forme la plus simple chez les espèces qui vivent de matières véuétales déjà digérées par les animaux vertébrés, c'est-à-dire chez les Goprophages. C'est alors un long tube à peu près d'égal diamètre, qu'aucun étranglement ne sépare d'un jabot très-petit qui le précède , et qui dans quelques espèces surpasse plusieurs fois le corps en longueur.
Le ventricule chylifîque de la plupart des Orthoptères est particulièrement caractérisé par ces appendices cardiaques dont nous avons déjà parlé plus haut. Quoique ces insectes soient phytophages , il se rapproche par son peu de longueur de celui des Coléoptères carnassiers.
Celui des Névroptères varie selon les familles. Il est court , globuleux et divisé en deux parties inégales par un étrangleir.ent chez les Phryganes, du moins dans la P. strîata, ainsi que nous l'avons fait figurer d'après M. Pictet (i). Il est au contraire long et cylindrique chez les Libellules et les Éphémères. Dans les autres il paraît généralement court, et tantôt lisse, lanlôt cannelé en travers, et de forme cylindrique ou conique.
(I) PI. i5, %. 9, c.
NUTKITION. 3l
Les organes digestifs des Hémiptères sont aujourdliLii les mieux connus de tous depuis les beaux travaux analomiques de M. Léon Dufour sur cet ordre (i). Un cou]) d'œil jeté sur cet ouvrage, où cet Organe est figuré dans Une multitude d'espèces, en iappn-ndra plus que tout ce que nous pourrions en d:re. On y voit que, dans cet ordre, le ventricule chylifîque est en génëial assez long, muscu- Ifux, et souvent plus compli(iué que chez les Insectes précédens. Il se divise en efïet fréquemment en plusieurs parties bien distinctement séparées les unes des autres , ainsi que nous en avons cité plus haut un exemple dans la Scutellera nigrolineata. Les fluides dont se nourrissent ces Insectes sont ainsi considérablement relardés dans leur marche, et subissent une élaboration plus parfaite.
Dans les ordres suivans, où il n'existe jamais de gésier et presque toujours un jabot propre à favoriser la succion , le venlricu'e chylifique a une structure en général plus siniple que dans les précédens. Chez les Hyménop ères il débute par une ouverture infundibuliforme, séparée de l'ipsophai^e par une valvule qui s'ouvre d'avant en arrière, et (|ui permet par conséquent l'entrée des alimens iet s'oppose à leur retour, C«tte disposition paraît être constante. Quant à la forme et à la longueur, cet organe varie. Dans les Guêpes et les abeilles , il est de grandeur médiocre, de largeur presque uniforme, et placé comme chez les vertéhrés, c'est-à-dire non en lii^ne droite, mais presque transversalement à l'axe du corps. Les larves
(i) Beckerckes anatomiques , etc., sur les Hémiptères, i vol. in-4*» Pari», 1834.
de ces Insectes ne rendent point d'excrémens , ainsi que nous lavons dit; aussi, chez elles, l'intestin n'existe pas, et le ventricule cliylifique va jusqu'à l'extrémité de l'abdomen, qui est imperforé. Suivant M. Succow (i), dans ces larves, ce viscère serait composé de sept tuniques au lieu de trois qui existent cLez tous les autres Insectes ;, anomalie qui est due probablement à ce que les membranes musculeuses et muqueuses se sont partagées en plusieurs couches distinctes. Dans quelques autres Hyménoptères, tels que les Sirex ^ le ventricule chylifique est court , large, droit, et ressemble à un sac. Celui des Chrysis est au contraire renflé au milieu et recourbé à son extrémité, etc.
Dans l'ordre des Diptères , cet organe est généralement alongé, couvert dans le voisinage du cardia de rides longitudinales et transversales, c[ui lefontparaître granuleux, et séparé distinctement de l'œsophage par un anneau valvulaire. Tel est celui des Muscides en particulier. Une famille entière, celle des Athéricères de Latreille , présente , suivant Ramdhor, des glandes vésiculaires, qui paraissent être de même espèce que celles que nous avons signalées chez les Orthoptères. Elles s'ouvrent , comme dans cet ordre, près du cardia.
Enfin, chez les Lépidoptères (2), il arrive à un très-grand état de simplicité. Ce n'est plus qu'une poche plus ou moins alongée ou ovoïde^ irrégulièrement plissée, et dans laquelle l'œsophage aboutit directement sans rencontrer de rétrécissement valvulaire au cardia. Ses parois sont plus minces que dans la
(i) Dans le Journal de P/iys. Qrg: de Heusinger, 3*. partie, p. j8. (u) 1^1. i3, lig. 3, c.
NUTRITÎON. 33
i)laparc des p.utrcs ordres, m;iis fortifiées par une ou plusieurs baruies uiusculeuses. Meckel signale clans celui de YAcheronda atropos des espèces de flocons ou viliosités. C'est la seule espèce de l'ordre dans laquelle on ait observé rien de pareil jusqu'ici.
VT. Intestin grêle. — La portion du tube digestif, qui suit sa partie antérieure ou stomacale que nous venons d'examiner, présente des divisions moins tranchées, et en même temps sujettes à moins de modifications. Quelques analomistes attachant, ce nous semble, trop d'importance aux renflemens qu'elle présente dans certains cas, la partagent en autant de portions que les intestins des vertébrés, et y reconnaissent par conséquent un duodénum, un intestin grêle, un cœcuni, un colon et un rectum. Si l'on connaissait exactement les fonctions des intestins chez les Insectes, il est possible qu'on y trouvât matière à des divisions aussi nombreuses, ayant chacune leur rôle spécial; mais dans l'incertitude où Ion est à cet égard, il nous paraît suffisant d'y reconnaître les trois portions que nous avons indiquées plus haut. On verra d'ailleurs que celles que nous rejetons , le duodénum et le colon , ne paraissent exister que chez un trèspetitnombre d'espèces, et qu'aucun caractère constant ne les particularise.
L'intestin, considéré dans son entier, commence immédiatement à la suite du ventricule chylifîque, dont le sépare le rétrécissement annulaire dont nous avons parlé. Ce sphincter seul imlique son origine, lorsque les vaisseaux hépatiques sont reportés plus près de l'anus; mais ordinairement ils s'insèrent immédiatement au-dessous du sphincter en question, et marquent
INXn. A l'eNTOJIOLOGIE , TOME II. 3
34 ORGAITISATIOIT INTERIEURE DES IXSECTSS.
ainsi la limite antérieure précise de l'intestin. D'ailleurs, il ne peut guère y avoir de difficultés à cet égard, le ventricule chylifique se distinguant sans peine de ce dernier par sa forme particulière.
Nous avons peu de chose à dire sur la structure de cet organe. Ses trois tuniques sont le plus souvent assez intimement unies ; la musculeuse en particulier y paraît d'autant plus dense et épaisse , que l'intestin a moins de diamètre , ce qui est dû naturellement à ce que ses fibres, qui sont la continuation de celles de l'œsophage, se trouvent réunies dans un plus petit espace.
La première portion intestinale du canal digestif, ou l'intestin grêle, manque dans quelques espèces : on en voit un exemple dans la Scutellera nigrolineata (i), et beaucoup d'autres Cimicides sont dans le même cas. Le ventricule chylifique arrive alors jusqu'au cœcum, à moins qu'on ne regarde comme l'intestin grêle, dans l'espèce en question, ces cordons valvuleux, ou estomac de Punaise de Ramdhor, que nous avons déjàsignalés, ce que leur structure rend peu probable. Cette disparition de l'intestin grêle s'explique du reste par la conformation du ventricule chylifique, qui se trouve divisé en cjuatre poches distinctes, disposition très-favorable à l'élaboration complète des substances alimentaires , et qui rendait moins nécessaire l'organe dont nous parlons.
Dans l'état normal , l'intestin grêle est un simple tube sur lequel il n'y a guère d'autres remarques à faire que pour ce qui concerne sa longueur, comparée
(I) PL i5, fig. I.
NUTRITIOX. 35
avec celle dii canal digestif entier. Dans les chenilles (i), et en gcnéral clans toutes les larves h métamorphose complète, il est très-court et quelquefois même à peine distinct. Chez les Coléoptères phytophages , et même les carnassiers , il est plus court que le ventricule cliy'ifîque; cependant cela n'est pas constant, ainsi qu'on peut s'en assurer en comparant sur nos planches celui de la Cicindela campestiis (2) avec celui du Djtiscus Mœselii (3). Il est (galemenl peu alongé chez les Diptères , la ])lupart des flyménoptères et les Névroptères (4). Dans les Cigales [b)^ au contraire, il est très-long , mais sans surpasser toutefois en longueur le ventricule chylifique, qui est excessivement développé. Chez les Lépidoptères , il atteint à une longueur triple et même quadruj)le de ce dernier organe. Mais le plus long qu'on ait encore ohservé est celui des Necrophorus, chez qui il est au ventricule chy» lifique comme 9 : 4- On tenterait vainement d'étahlir en ce moment que'ques règles générales à cet égard, îlamdhor, crui a essayé de le faire avec une rigueur mathématique, a élé obligé d'étendre tellement les limites de ses chiffres, que par cela seul ils perdent presque toute leur valeur.
En dehors de cet état normal dont il vient d'être question , l'intestin grêle prend quelquefois des formes particulières. Il se renfle plus ou moins brusquement en une poche ovaiaire , qui souvent présente des caractères particuliers dans sa structure. Sa portion
(1) PI. i3, fig. I, d.
(2) PI. 14, fig. i,f.
(3) PI. i4, fig. 2,/.
(4) Voyez celui de la Plirygaiiea striata ^ Pi. l5, fig. g, d.
(5) PI. i5, fig. 3, h.
36 ORGAN'lSATrON I?! rLRIÏlTJRE Dr.S INSECTES.
iintcfieure, restée grêle, constitue alors le fluodeniim des analomisles dont nous parlions plus haut. Ramdhor même a considéré celte dil.ilation comme un oriiane spécial, et l'a nommée ùitestiii en massue. Nous n'adoptons ni cette manière de voir ni le nom de duodénum , attendu que, si l'on appelle ainsi la partie grêle que nous venons dindiquer, il faut appliquer à celle qui suit le renflement , le nom de colon ou de cœcuni , ce qui ne peut s'accorder avec la position du véritable cœcum, qui est une j)artie bien distincte. Le Meloloiitha i^ulgaris présente un exemple frappant de la dilatation dont il s'aiiit (i); elle forme une poche ovoïde d'un grand volume, qui remonte obliquement en avant ; sa face extérieure , lors de l'état de distension , offre cinq côtes saillantes, qui correspondent à autant de séries de lamelles placées en recouvrement les unes sur les autres dans son intérieur. A la suite de ce renflement , on en voit un second beaucoup plus petit , et qui n'oflre rien de particulier dans sa structure. Les Lamellicornes en général participent à celte disposition. On la retrouve chez leurs larves , mais avec des modifications plus ou moins profondes. Elle existe égaleinent chez quelques Cérambycins et Chrysomélines-
jihitestin grêle, ainsi modifié, remplit probablement d'autres fonctions que îorsqu il a sa forme ordinaire. Il rappelle alot s le cœcum de quelques rongeurs, tels que les lièvres , qui est garni intérieurement d'une lame en spirale, et dans lequel les alimens sont soumis en quelque sorte à une seconde digestion. On ne doit
(I) PI. 14, fi-, 6, /.
cependaiit j).'u> |)OL;rcel;i le regarder comme un or^^ane spécial, pas plus t[ue le cœcum de ces vertèbres.
VII. Cœcum. — Quoique nous donnions à cette portion du tube inlcstinal le nom de cœcum, on pourrait aussi bien lui appliquer celui de colon , ainsi que le font quelques analomistes, ou ])lutôt elle remplit les fonctions de l'un et de Fautre. C'est là en eiïet que les aliniens , presque totalement dépouillés de leurs parties nutritives, commencent à se solidifier, et ne sont plus propres qu'à être expulsés sous forme de fèces. Dans quelques espèces, cependant, cet organe est accompagné d'un appendice qui peut passer pour un cœcum analogue à celui des vertébrés ; mais ce cas est assez rare.
Le cœcum fait directement suite à l'intestin grêle , dont il est prescjue toujours séparé par une valvule. Quelquefois, néanmoins j celui-ci s'insère sur son côté comme dans le Dytiscus Bœselii ( i ) et espèces voisines. Sa structure est la même que celle de cet organe, et subit également quelques variations peu nombreuses. Il offre assez fréquemment à sa surface extérieure des papilles floconneuses qui manquent à l'intestin grêle , et qui sont probablement des organes sécrétant, non un suc gastrique qui serait inutile dans cet endroit du tube digestif, mais quelque fluide propre à faciliter l'expulsion des matières fécales. Fréquemment pour retenir plus long-temps ces dernières , son intérieur est muni d'un grand nombre de plis et de sillons qui agissent comme des valvules.
(I) PI. î I, fig. 2,
Il se distingue aussi dans presque toutes les espèces de l'intestin grêle par une largeur plus grande, sauf dans le cas où celui-ci est lui-même renflé. Sa longueur relative ne peut guère plus que celle de ce dernier, s'exprimer d'une manière rigoureuse-, cependant on peut dire que presque toujours il est peu alongé. Sa situation est également constante; il occupe toujours le dernier anneau de l'abdomen. Quant à sa forme, elle peut être cylindrique ou peu s'en faut [Ranatra lineaTis(i), OEdemeraruficolhs['i)^ globuleuse (iScuteZtera nigrolineata (3), ovalaire {Cicindela campestris (4) , Melolontha uidgaris (5), Cicada orni (6)) ; ce dernier cas est le plus commun. Ramdhor a remarqué qu'il y avait à cet égard, ainsi c[ue sous le rapport du volume, une liaison directe entre cet organe et le jabot, qui se représenteraient ainsi l'un l'autre à cbaque extrémité du canal digestif: mais les exceptions nous paraissent trop nombreuses pour que cette assertion puisse avoir quelque solidité.
L'appendice de cet organe , que nous venons de dire pouvoir passer pour un véritable cœcum, est propre à un petit nombre d'Insectes. C'est une poche de forme variable, qui tantôt suit la partie qui nous occupe près de son insertion avec l'inteslin grêle , tantôt s'en détache d'une manière plus ou moins complète, et paraît alors former un organe distinct. Dans les deux cas , aucune valvule ne le sépare du cœcum. Dans les Sjl-
(1) PI. :5, fig. 4,.^.
(2) PI. i4, fig. %,ni.
(3) PI. i5, %. i,/.
(4) PL i4,%. I, o..
(5) P!. 14, fi-. 6, -.
(6) PI. i5, fig. 3, }.
NUTRITIOir. 3q
pha^ c'est une poche ovalaire dont la direction est en avant; celui des Necropliorus est plus sacritbrme et s'étend sur le côté. Chez le Djtiscus Bœsclii (i) , c'est un long filet tuhulaire, atténué à son extrémité ; dans les Nepa^ une poche courte, large et cylindrique. Celui de la Raiiatra linearis (2) est ovoïde, terminé antérieurement par un tube assez long, et complètement séparé du cœcum qui s'insère près de son extrémité postérieure , etc.
Cet appendice existe surtout chez les Insectes parfiùts aquatiques. M, Léon Dufourle regarde comme remplissant chez eux le rôle d'une vessienatatoire ; cependant on ne conçoit pas bien d'où lui viendrait l'air qui doit le gonfler pour le rendre apte à remplir cette fonction. Le fluide atmosphérique que ces Insectes viennent chercher de temps en temps à la surfoce de l'eau pénètre dans leurs stigmates et non dans leur canal intestinal. Ce dernier en paraît recevoir un peu en même temps que les alimens , mais pas en assez grande quantité pour dilater ces poches, souvent assez volumineuses. Il nous paraît plus probable qu'elles prennent part à l'acte digestif ou plutôt de la défécation.
VIII. Rectum. — Cette partie est très-courte dans tous les Insectes : ce n'est, à proprement parler, que la terminaison , du cœcum servant d'issue aux excrémens ou l'anus. Il est , comme de coutume , muni d'un sphincter sous forme d'anneau, qui le maintient fermé pendant son inaction. Il s'ouvre constamment dans le dernier segment abdominal et dans un véritable
(i) PI. 14, %.5, g-.
(2) PI, 14, fij. 4, h.
4© OllGAMSATIO-V INïÉRlELKl; DES INSECTES,
cloaque. Ce qu'il offre de plus remarquable, c'est l'épaisseur de sa tunique musculeuse , et les formes assez variées que prennent ses parois intérieures. Ce sont elles qui donnent aux excrémens leur confia uralion particulière. Celle-ci est surtout prononcée chez les chenilles , qui ont en général le rectum lanie. On pourrait, jusqu'à un certain point, reconnaître les espèces d'après la forme de leurs matières fécales.
Le rectum ne manque que chez quelques larves que nous avons déjà citées plusieurs fois, h savoir, celle des Myrméléons , des Guêpes et des Abeilles^ à quoi il faudrait peut-être ajouter celles des Iclmeumons ^ qui vivent en parasites dans l'intérieur du corps d'autres Insectes.
2°. Des annexes du canal digestif.
Ces annexes , ainsi qu'on a pu le voir plus haut , sont de deux espèces : les uns versent dans le tube intestinal des liqueurs essentielles à la digestion -, les autres sont de véritables orcanes dépurateurs ou d'excrétion cliargés de débarrasser l'économie des matières qui pourraient lui nuire. Quelques-uns même semblent réunir ces deux fonctions à la fois , comme on le verra par la suite.
Les Insectes, étant dépourvus de vaisseaux circulatoires, sont également privés de glandes conglomérées. Leurs organes sécréteurs et excréteurs ont, comme l'a dit Cuvier, une forme tubuleuse, et flottent librement clans l'intérieur du corps. Cette proposiLion, vraie dans l'immense majorité des c;;? , soufirecepen- -lant ([uel{{i!cs exceptions que nous signalerons plus
NUïl;lTIO^f. 4'
loin. Ces ori^anes é[)roavent (la rcslc des modifications infinies; très-simples dans (juelques espèces, chez (]iii ils consistent en un simple vaisseau pius ou moins long, ils se compliquent cîiez d'autres de réservoirs ou dépôts pour le liquide sécrété, de conduits parliculiers pour le transport de ce fluide, et d'autres pièces accessoires en nombre variable. Entre ces deux extrêmes on observe une foule de degrés intermédiaires.
Nous allons les examiner dans l'ordre de leur situation, d'avant en arrière, qui correspond à peu près à celui de leurs fonctions.
I. Vaisseaux salwa.ires. — Ainsi que l'indique leur nom, ces vaisseaux versent dans le tube digestif un liquide ordinairement incolore, qui, par le lieu où il est sécrété et sa nature alcaline, répond évidemment à la salive des animaux vertébrés. C'est lui qu'on voit sortir sous forme de gouttelette de la trompe de quelques Insectes suceurs lorscju'on les irrite ou qu'ils sont occupés à prendre leur nourriture.
Les vaisseaux salivaires existent principalement cbezles Insctes suceurs, et y présentent un plus grand développement qu'ailleurs. C'est ce qu'on voit chez les Diptères, les Lépidoptères, les Hyménoptères, et surtout chez les Hémiptères. Les Orthoptères en ont également d'assez développés. Kamdhor les a signalés le premier chez les Goléoptèr; s , et depuis M. Léon Dufour (i) les a fait connaître dans un assez grand nombre d'espèces de cet ordre. Ils y sont du reste propres à certaines familles, telles cjue les Mélasomes,
(i) Aiiiiak's de Sciences naluiel/rs .
les Taxicornes, les Trac'iélides , les Curculionites, les Aphidiphages, et se trouvent toujours dans un état plus ou moins rudiiiien taire.
Chez les Insectes broyeurs, ils s'ouvrent ordinairement au-dessous de la languette, et dans certains cas beaucoup plus rares à la base des mandibules. Mais dans les Insectes suceurs qui n'ont point de cavité buccale , ils aboutissent à l'œsophage près de son origine. Leur longueur varie beaucoup ; quelquefois ils dépassentà peine la tête; le plus ordinairement ils sont logés dans le thorax plus ou moins en arrière, et dans un petit nombre de cas ils s'étendent jusque dans l'abdomen. Cela déjiend, du reste, de l'état d'enroulement dans lequel ils se trouvent.
Le nombre normal de ces organes est de deuv , un de chaque côté; quelquefois, comme dans certains Hémiptères (les Nèpes) il y en a quatre. Ramdhor n'en décrit qu'un dans le Cryptorhjnchus lapathi ; mais ce fait est trop contraire aux lois de l'analogie pour ne pas croire qu'il ait commis quelque erreur à cet égard.
Dans leur plus grand état de simplicité, les vaisseaux salivaires consistent en un tube aveugle, flexueux , et ordinairement roulé en peloton. C'est sous cette forme qu'on les rencontre dans tous les Coléoptères (r), chez qui ils ne diffèrent guère que par leur longueur. Dans les autres ordres, ils se compliquent davantage ; mais, quelque forme qu'ils affectent, on parvient sans peine à y reconnaître les parties suivantes : i°. un appareil glanduleux ou non destiné à sécréter la salive , et qui est unique ou
(i) PI, i4, fig. 8, /', h.
double et même triple ; -i. un ou deux conduits excréteurs ayant pour fonction de verser dans la Louche ou l'cnsopliaf e le liquide sécrété , et qui se composent, chez les Hémiptères du moins, d'un tube capillaire contenu dans une enveloppe contractile ; 3°. de bourses ou réservoirs dans lesquelles la salive est déposée et se conserve. Elles manquent quelquefois, et lorsqu'elles existent elles peuvent facilement , quand elles sont trcs-alouiiées et tubaleuses , être prises pour des organes sécréteurs , ainsi que cela est arrivé à Kanidhor (i).
L'ordre des Hémiptères, dont le canal intestinal est aujourd'hui le mieux connu de tous, grâce aux travaux de M. Léon Dufour (2), offrant toutes les modifications possibles dans la structure des vaisseaux salivaires, c'est àlui que nous emprunterons quelques exemples qui suffiront i^our donner une idée précise de ces organes.
Dans la Scutellera nigrolineata (3) il y en a une paire, et chacune d'elles offre les trois sortes de parties que nous venons d'énurnérer. L'organe sécréteur consiste en une assez grosse glande semi-diaphane, d'une texture cellulaire intérieurement , et composée de deux lobes, dont le postérieur est fortement dieité dans tout son contour; de chacun d'eux sort un conduit excréteur très-flexueux , et qui va aboutir séparément à l'œsophage. La bourse salivaire consiste
(1) Léon Dufour, Recherches anatom ques sur les Hémiptères, p. 119.
(2) Même ouvrage, p. n8 et suivantes. Il est indispensable de consulter ce travail capital pour tout ce qui concerne le tube digestif des Hémiptères.
(3) PI. 1.5, fij. I, ««, bb.
44 ORGANISATION INTKRIEURE DLS INSECTES.
eu un boyau aveu£;le , yréle , plus ou moins entortillé, et qui, déroulé, va jusque dans i'abdomen. Il paraît en exister une seconde paire tout-à-fait rudimentaire, qui est entièrement cachée dans la tête, ce qui la rend très-difficile à dislin^zuer. Cette oriianisation est commune à un i;rand nombre de Cimicides, mais avec certaines modifications déformes. Il faut surtout y remarquer la structure de l'organe sécréteur, qui se rapproche jusqu'à un certain point de celle des glandes des vertébrés.
L'analogie est encore plus marquée dans les Nèpes et la Ranatra linearis (i); chez cette dernière, l'organe en question consiste en une grappe formée de granulations sessiles, arrondies, à demi diaphanes et très - pressées ; elle est également double, quoique paraissant unique au premier coup d'œil. Un conduit excréteur bifurqué à son extrémité le met en rapport avec l'œsophage. Il y a deux bourses salivai res : l'une très-alon^ée, atteignant l'abdomen, et renflée dans son milieu; l'autre très-courte, et située à la naissance de l'œsophage.
Des glandes salivaires, composées comme celles-ci d'un ama^ de granulations, ne sont pas propres aux seuls Hémiptères. M. J. Muller en a décrit de y)areilles chez les Phasmes ^ et suivant M. Burmeister, elles existent aussi dans les Sauterelles ^ les Grillons et les Termites (2).
Chez les Cigales (!») , la disposition est toute différente. Les glandes de sécrétion sont composées d'un
(1) PI. 5, fig.4, bb, ce, d(l.
(a) Burmeister, Handbuch der Entomologie, tome I, p.;,i55.
(3) PI i5. ins,. 3, bh.
NUTHiriON. ^5
amas trulriculcs alongées ou ovoïdes, et divisées en deux jiortions léiinies par un canal tubultnx, dont l'antérieure est logée dans la tête et la ])Ostérieuredans le thorax. Le conduit excréteur est d'une ténuité telle, s'il existe, que M. Léon Dufour n'a pas pu le reconnaître. Sur le côté extérieur se trouve un boyau aveugle, qui, déroulé, égale le corps en longueur, et va aboutir à une autre petite glande enfouie dans Tintérieur de la léte, et qu'on prendrait au premier coup d'œil pour un vaisseau de dépôt. Les Cigales ont ainsi de chaque côté un double appareil salivaire.
Quelques larves, surtout celles des Lépidoptères, sont aussi pourvues des organes dont nous parlons , mais ils y sont en général très-peu développés. Swaramerdam , qui les avait reconnus, les avait confondus avec les vaisseaux sécréteurs de la soie, qui leur ressemblent beaucoup pour la forme, et depuis Ramdhor est tombé dans la même erreur, quoique ces deux sortes de vaisseaux coexistent, ainsi que Lyonnet l'a fait connaître dans la cbenille du Cossus ligniperda. Il y a cela de remarquable , c[ue ces vaisseaux , si différens parleurs produits, confondent leurs canaux excréteurs en un seul c[ui s'ouvre à la base de la filière.
Nous ne regardons pas comme des organes salivaires ces appendices, que nous avons dit exister à la naissance du ventricule chylitique chez les Orthoptères et quelques autres Insectes, bien cjue quelques auteurs , M. Burmeister entre autres , les rangent dans la même classe. Il est très-probable qu'ils sécrètent quelque liquide utile à la digestion; mais il est au moins fort douteux que ce licjuide soit de la salive.