IV. Point d'ailes. .aptères
De ces quatre ordres aucun n'était parfaitement naturel. En effet, dans les Coléoptères se trouvaient inclus les Orthoptères actuels. Les Gymnoptères étaient un véritable magasin où étaient confondus les Hyménoptères , les Névroptères , les Lépidoj)tères et les Diptères. On peut objecter, relativement aux Hémiptères, que tous les Insectes compris sous ce nom n'ont pas les ailes à demi crustacées, mais qu'il en est, tels que les Cigales , qui les ont entièrement membraneuses. Quant aux Aptères, ils embrassaient non-seulement les Insectes privés d'ailes , mais tous les Myriapodes , les Arachnides et les Crustacés; seulement, et c'était un progrès véritable sur les systèmes précédens , on n'y trouve point d'Annélides ni dautres invertébrés des classes inférieures. Pour la première fois aussi apparurent , dans cet ouvrage , des caractères génériques précis, chose inconnue jusque-là en zoologie. Linné perfectionna bientôt ce premier travail ; dès la seconde édition , qui parut à Stockholm en 1740 , il établit le nombre et les noms définitifs de ses ordres ; et dans la douzième ( Stockholm , 1767 ) , qui est la dernière qui ait paru de son vivant et qu'il ait corrigée luimême , sa classification fut établie de la manière suivante :
HISTOIRE DE L'ENTOMdr.oaiE. 6:(l
Le* rcrnslàceeS) avec ta sutore droite. Coléoptères. \ slipérietirës }
I (^ dcrtii-cruÈlacées, incurhbentes. Uèmiptèrest
j couvertes d écailles. Lépidoptè.
Toutes
/Point d'à) ' Un aiguil
•Point d'aiguillon. Névroptères.
, membraneuses. \
illon. Hyménoptères,
1. Des balanciers remplaçant la seconde paire. Diptères. nulles. uiptères.
Tous ces ordres, à Texception du dernier, subsistent encore aujourd'hui , mais limités pour la plupart un peu autrement que ne Teutendait Linné. Par un chfingement malheureux fait à la première édition du Systevia Natiirœ, il avait reporté parmi les Hémiptères les Orthoptères, que d'abord il avait placés dans l'ordre des Coléoptères , avec qui ces Insectes ont certainement beaucoup plus de rapport. La disposition relative de ces ordres n'est pas non plus très-heureuse, et a dû être modifiée. Malgré ces imperfections , ce système était trop supérieur à ce qui avait été fait jusque-là pour ne pas être adopté généralement , et du moment où il parut , on put regarder la classification des Insectes comme fondée sur ses véritables bases. Mais ce n'est pas là le seul service rendu à l'entomologie par Linné. Les définitions claires et rigoureuses qu'il donnait de chaque groupe , Tinvention du nom trivial substitué aux longues phrases descriptives jusque-là en usage, la concision et la netteté de son style étaient d'immenses services rendus à la science en général , et dont l'entomologie profita comme les autres branches de la zoologie et la botanique.
Un an avant la publication de la première édition du
INTR. A l'entomologie, TOME II. ^\
64» HÎstoiiiÈ iJE 1'ént6s!g£6g1Mi
Systema naturœ avait paru le premier volume des Mémoires sur les Insectes, de Réauraur (i), l'duteur peut-être qui a le plus contribué à rendre l'eritomologie attrayante et populaire , et qui pourrait difeputer à Linné Thonneur d'attacher son nom à l'époque {actuelle , si nous n'envisagions ici cette science principalement sôus le point de vue systématique. Réaumur était l'un des savans les plus distiflgUés et des premiers physiciens de son époque. Son talent consistait surtout dans l'observation, et si , à cet égard, il a eu des rivaux, en ne lui connaît point de supérieurs. Les observations contenues dans ses Mémoires suffiraieilt pour illustrer plusieurs entomologistes. Personne n'a montré plus de talent dans l'art de disposer ses expériences, de patience pour les suivre jusque dans leurs dernières conséquences, et surtout un esprit plus dégagé de toute influence systématique et d'idées préconçues. On peutlili reprocher seulement quelque prolixité et son indilïérence pour toute espèce de méthode. Ge dernier défaut a rendu inutiles quelques-unes de ses observations^ attendu qu'on ne sait plus à quelles espèces elles s'appliquent. 11 a cependant essayé une classification pour une partie des Lépidoptères, mais trop imparfaitepourqu^il en soit fait mention ici. Son volumineux ouvrage parut très-rapidement : le sixième et dernier volume fut publié en 1742 ; un septième , à ce qu'il paraît , est resté manuscrit.
Réaumur avait au nombre de ses correspdndans les plus assidus le célèbre Bonnet de Genève , dont les travaux entomologiques ont beaucoup d'analdgie avec
(1) Mémoires pour ièri>ir à l'hisïàire des insectes, 6 vt)l. ih-4-i Paris, in^^-i'^j^i.
HISTOIRE DE LENTOMOLOGIE. 643
les siens. On y remarque la même absence de méthode, et un talent t'gal |)Our l'observation ; mais Bonnet, plus philosophe peut-être, s'est occupé de beaucoup de questions sur lesquelles Réaumur n'a rien écrit. La découverte qui l'a immortalisé comme entomologiste , est celle de la fécondité des Pucerons sans accouplement, pendant plusieurs générations consécutives (1).
Les travaux d'observation , qui se poursuivaient ainsi parallèlement aux réformes systématiques opérées par Linné , eurent encore à cette époque plusieurs représentans , dont les deux plus célèbres sont Rœsel et Degéer. Le premier , peintre en miniature , établi à Nuremberg, commença à publier, en i'ïkQ dans cette ville , un recueil mensuel intitulé : yiniusemeus sur les Insectes (2) , dont trois volumes ont paru de son vivant. Un quatrième, resté manuscrit , a été publié eu 1761, par Kleman. Cet ouvrage contient une foule de planches et d'excellentes observations ; mais le style en est encore plus dilïus que celai de Réaumur, et comme il n'a pas été traduit en français, il est peu connu parmi nous. Degéer (né en 1720, mort en 1778) lui est bien supérieur et n'a de rival que Réaumur, sur lequel il l'emporte même par son style plus concis, et en ce qu'il était à la fois observateur, anatomiste, physiologiste et auteur systématique. Le premier vo-
(i) Trailè (l Tnseclologic, ou observations sur les Pucerons , 2 vol. in- ri, Paris, I745-
(a) JDas monallich herausgegehen Insecklen Belusiigmi^ , etc., in-^., JNuremlierg. Dans la pretace du premier volume, Rœsel expose sa classification, qui est piesque ULSsi impariuite que celle dAlclrovande.
6^4 ItlSTfUR}: DE L'rNTOMOLOGlE.
lume de ses Mémoires (1) parut en 1752 , et le dernief après sa mort, en 1778. Sa classification des Insectes a été exposée par ReLzius (2) ; nous la reproduisons néanmoins ici , quoiqu'elle appartienne, par sa date, à l'époque suivante :
il. Lepidoptera