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CHAPITRE PREMIER

Les Insectes composent la majeure partie de cette multitude presque innombrable d'animaux dépourvus de système nerveux cérébro-spinal et de squelette intérieur, désignés sous le nom d’arricucés, et que les naturalistes sont généralement d'accord aujourd'hui à répartir dans cinq classes, qui sont : les Annélides (Sangsues, Lombrics, etc.) ; les Crustacés (Crabes, Écrevisses, elc.); les Arachnides (Araignées, Scorpions, Mites, etc.) ; les Myriapodes (Jules, Scolopendres); et les Insectes eux-mêmes.

Les animaux de ces cinq classes ont entre eux de grands rapports de conformation intérieure et extérieure, et il est souvent difficile de déterminer le point précis où chacune d’elles commence. Le caractère le plus saillant qui leur est commun à tous, et qui frappe d'autant plus promptement qu'il est extérieur, consiste en ce que leur corps est divisé transversalement, par des plis ou desincisions plus ou moins nombreuses , en anneaux ou segmens, aux côtés desquels sont le plus souvent attachés des mem-

bres articulés. C’est cette conformation particulière qu'exprime le terme /nsecte, traduction littérale du mot latin insectum, dérivé par syncope d’intersectum (entre-coupé) : ce dernier mot, à son tour, n’est qu'une traduction de celui d'entomon, qui, en grec, exprime la même idée, et qui, combiné avec le substantif logos (discours), a donné naissance au mot Entomologie, ou science des animaux articulés.

Ainsi, dans son acception la plus vaste, l’entomolosie embrasse non-seulement l'étude des Insectes proprement dits, mais encore celle des Crustacés, des Arachnides et des Myriapodes. Quant aux Annélides , dont la forme générale est différente de celle des précédens, et qui ont élé long-temps confondues avec les vers, tant que leur organisation intérieure n'a pas été connue, elles n’ont jamais fait partie de cette science.

Ayant tout, il est nécessaire de connaître avec précision les caractères qui distinguent les Insectes, dont l'étude est l’objet de cet ouvrage, des autres articulés, ainsi que ceux par lesquels ils leur ressemblent. Nous allons, en conséquence, définir ces animaux ; et, afin d'éviter d'inutiles répétitions , cette définition nous servira de point de comparaison entre eux et les animaux de quatre classes voisines avec lesquels on pourrait les confondre.

Les Insectes sont des animaux dépourvus de squelette intérieur. — À système nerveux, composé d’un double cordon renflé d'espace en espace, et situé sous le ventre, à l'exception des premiers ganglions qui sont placés dans la tête. — Sans organes circulatoires proprement dits.— Respirant par des organes particuliers, appelés trachées, qui s'étendent parallèlement

MÉTAMOR PHOSE. 3

de chaque côté du corps, et qui communiquent avec l'air extérieur par des ouvertures latérales nommées stigmates. — Ovipares et à sexes séparés. — Ayant le corpsrecouvert de tégumens coriaces ou membraneux, et divisé en trois parties distinctes, savoir : 1°. une tête offrant deux antennes, deux yeux presque toujours composés, quelquefois des yeux lisses et une bouche de forme très-variable ; 2°. un tronc ou thorax portant toujours en dessous six pates articulées, et souvent en dessus deux ou quatre ailes ; 3°. un abdomen composé d’un nombre variable de segmens, mais ne dépassant jamais dix, et portant, à très-peu d’exceptions près , les organes sexuels à son extrémité postérieure. — Enfin n'offrant complétement ces diverses parties qu'après être passés, sauf un très-petit nombre d’exceptions, par plusieurs changemens successifs appelés métamorphoses.

Cette définition, qui comprend tous les caractères anatomiques intérieurs et extérieurs, positifs et négatifs, qui distinguent les Insectes des autres animaux, est assez rigoureuse pour que tout animal qui ne les présente pas tous doive être rejeté de la classe des premiers ; mais, en même temps, il ne faut jamais perdre de vue que la nature ne procède pas comme nous par divisions nettement tranchées; qu'entre l'animal qui offre au plus haut degré tous les caractères de sa classe et les animaux des classes voisines, il existe des dégradations insensibles de forme, des passages plus ou moins nuancés ; de sorte qu'il se présente un point où les classes en question se touchent et paraissent se confondre. Cela est vrai , surtout pour chaque organe considéré isolément , de sorte qu’en se servant d’un seul pour caractériser une classe ou un groupe quel-

conque, on court le risque d'arriver aux rapprochemens les plus bizarres. L'histoire de l’entomologie en fournit une foule d'exemples, ainsi que nous aurons occasion de le montrer par la suite, et pour n’en citer ici qu'un seul, l’un des plus grands anatomistes qui aient existé, Swammerdam, employant la métamorphose pour base de sa classification des Insectes, a réuni à ces animaux un animal vertébré, la grenouille, attendu qu'avant d'atteindre son dernier état, elle passe par celui de tétard. Si une erreur aussi forte a pu avoir lieu, on peut juger de celles dans lesquelles il est possible de tomber en comparant entre eux des animaux d’un même embranchement.

Les Annélides sont les articulés les plus éloignés des insectes et les moins susceptibles d’être confondus avec eux. Les caractères qui leur sont communs avec ces derniers se réduisent, outre l’absence du squelette qui caractérise tout l’embranchement , et dant nous ne parlerons plus désormais, à avoir un système nerveux pareil, et à être ovipares. Pour tout le resteils différent : leur sang est rouge et circule dans des vaisseaux aussi compliqués que ceux des vertébrés; ils respirent par des organes tantôt extérieurs et analogues à des branchies, tantôt intérieurs ou situés à la surface de la peau, mais n'ayant aucun rapport avec les trachées. Leur corps, divisé en anneaux nombreux, n'offre qu'une têle à peine distincte des autres segmens et dépourvue d'antennes proprement dites; les yeux manquent dans le plus grand nombre, et sont à peine distincts dans les autres; leur peau est molle et jamais membraneuse ou coriace; beaucoup sont dépourvus de pates, et les autres n’ont pour la locomotion que des soies raides et inarticulées ; enfin ils ne

subissent point de métamorphoses, et la plupart sont hermaphrodites. Il est à peu près impossible, en un mot, de les confondre avec les Insectes.

Il n’en est pas de même pour les Crustacés, qui ont de grands rapports extérieurs avec ces derniers, et qui ont été long-temps réunis dans la même classe ; ils ont de commun avec eux d'avoir un système nerveux qui ne diflère en rien d’essentiel du leur, le corps composé de segmens analogues, des antennes véritables, des yeux composés, deux pates articulées, des sexes distincts, et d’être ovipares. Leurs différences consistent en ce qu'ils possèdent un système complet de circulation, des branchies analogues à celles des poissons pour organes respiratoires ; la tête soudée avec le tronc, et non distincte; quatre antennes dans le très-grand nombre au lieu de deux ; les yeux composés, mais ordinairement situés sur un pédoncule mobile; la bouche composée d’un plus grand nombre de pièces ; plus de six pates; jamais d'ailes ; point de métamorphoses. Enfin, les Insectes meurent immédiatement après avoir déposé leurs œufs et pourvu au soin de leur postérité, acte qu'ils n’exercent qu'une seule fois dans le cours de leur existence, sauf quelques cas exceptionnels; tandis que les Crustacés vivent pluslong-temps, et donnent le jour à plusieurs générations.

A ces différences déjà si considérables on pourrait en ajouter plusieurs autres qui prouveraient également que les Crustacés sont des animaux d’une organisation plus élevée que les Insectes : ce sont, par exemple, les seuls articulés chez lesquels on retrouve, dans quelques espèces, des organes de l’ouïe disüncts; beaucoup d’entre eux ont un foie; leur enve-

loppé extérieure est d’une consistance plus solide que celle des Insectes, et d’une composition chimique différente, etc.; mais ce que nous avons dit plus haut est suffisant pour montrer combien diffèrent ces deux classes.

Si nous passons maintenant aux Arachnides , nous les trouverons encore plus éloignées des insectes que les Crustacés eux-mêmes ; mais ici se présente une difficulté qui n'existait pas pour ces derniers, et qui empêche de rien dire d'aussi général sur cette classe. Les naturalistes, en effet, y ont réuni des animaux qui , bien qu'ayant les plus grandes affinités les uns avec les autres, et ne pouvant pas être séparés, différent cependant sur la manière dont s’opèrent deux de leurs plus importantes fonctions. Chez les uns (Ærachnides pulmonaires), qui se composent des araignées ordinaires, l'air, après avoir pénétré dans l'intérieur du corps par des stigmates comme chez les Insectes , se rend dans des espèces de sacs analogues aux poumons des vertébrés; chez les autres (Ærachnides trachéennes), tels que les Scorpions, les Araignées faucheurs, les Acarus , etc. , il se répand dans de véritables trachées, qui différent, il est vrai, de celles des Insectes, en ce qu’elles ne forment pas deux troncs s'étendant parallèlement dans toute la longueur du corps, mais qui n’en sont pas moins des organes essentiellement distincts des précédens. Par une conséquence naturelle de ce double état de choses, les premiers ont une circulation bien caractérisée, tandis que les seconds en sont dépourvus, ou que, s'ils en ont une, elle est incomplète.

Ces différences sur deux points aussi essentiels en entraînent d’autres dans l’organisation de ces deux

sections des Arachnides, et si les naturalistes ne les ont pas séparées en deux classes , cela vient à l'appui de l’assertion émise plus haut, que les caractères tirés d’un ou deux organes isolés ne suflisent pas pour placer des animaux dans des groupes fondamentaux distincts, et que ces séparations doivent ètre fondées sur le plus grand nombre de diflérences possible. Des rapports si nombreux, et que ce n’est pas ici le lieu d'exposer, joignent, en eflet, les Arachnides pulmonaires aux trachéennes, qu'il serait impossible d'en faire deux classes sans intervertir l’ordre naturel.

En tenant compte de ce qui précède et de quelques autres modifications dans le système nerveux qui offre un moins grand nombre de ganglions que chez les Insectes, on peut dire des Arachnides en général, qu'elles diffèrent de ces derniers, en ce que la tête n'est pas distincte du tronc (1), mais soudée avec cette partie comme chez les Crustacés; qu'elles n’ont point d'antennes, point d'yeux composés , mais seulement des yeux lisses ; jamais d'ailes; qu’elles ont plus de six pates; que beaucoup d’entre elles (les Æraignées ordinaires } semblent n'avoir d’autres incisions sur le corps que celles qui séparent l'abdomen du tronc ; que les organes de la génération, au lieu d’être situés à l'extrémité de cette partie, le sont presque toujours sous le ventre à l’origine des pates ; enfin qu’elles ne subissent point de métamorphoses , et que la grande majorité d’entre elles s’'accouplent plusieurs fois dans le cours de leur vie.

Restent maintenant les Myriapodes à examiner.

(1) Excepté chez les Galéodes.

Ce sont de tous les articulés ceux qui sont les plus voisins des Insectes ; leurs caractères anatomiques sont , à quelques légères modifications près, les mémes; ils ont également deux yeux composés pour la plupart, et deux antennes : leur bouche diffère peu de celle des insectes broyeurs, et il en est de même pour d’autres organes moins importans ; aussi, Jusque dans ces derniers temps, ont-ils été confondus avec les Insectes. Gependant s'ils s’en rapprochent par tant de rapports, ils s’en éloïgnent d’une manière frapparte par un grand nombre d’autres. Leur corps, composé d’un très-grand nombre de segmens et constamment dépourvu d'ailes, n'offre ni abdomen ni tronc distincts ; leurs pates, très-rapprochées les unes des autres, très-courtes dans quelques-uns (les Jules), de grandeur démesurée dans les autres ( certaines Scolopendres), sont quelquefois au nombre de deux cents et toujours au delà de six. Les organes de la génération , au lieu d’être situés à l'extrémité de l'abdomen, sont chez la plupart placés sous cette partie très en avant du corps. Enfin, celui-ci acquiert avec l’âge un plus grand nombre de segmens et de pates qu'il n'en avait au moment de sa naissance, sans subir de métamorphose proprement dite.

Cette dernière établit entre les Insectes et les autres articulés une ligne de Aémarcation non moins importante que les nombreuses différences que nous venons d'indiquer.

Chez ceux-ci le développement s'opère comme chez tous les autres animaux par degrés insensibles, et, sauf les changemens que subissent un petit nombre de parties, et le volume du corps entier, ils ont, en naissant, la forme qu'ils conserveront

toute leur vie. Le moment où ils sont aptes à propager leur espèce ne se révèle que par quelques phénomènes locaux qui n'altèrent en rien cette dernière. Les Insectes, au contraire, avant d'acquérir cette faculté et d'atteindre à la taille que comporte leur espèce, sont obligés de passer par divers états qui partagent leur existence en autant de périodes distinctes, états souvent si difflérens entre eux qu'il serait impossible de croire qu'ils ne constituent que des modifications d’un même animal, si l’observation n’en fournissait la preuve irrécusable.

Ces états sont au nombre de quatre : celui d'œuf, celui de larve, celui de zymphe, et celui d’insecte parfait.

Le premier, qui leur est commun avec tous les autres articulés, n'a pas besoin d'explication. Dans le second, c’est-à-dire à la sortie de l’œuf, l’Insecte se présente sous la forme d’un corps sans ailes , mou et ressemblant à un ver. Dans le langage ordinaire, il est presque toujours désigné sous ce dernier nom, et dans certains cas sous celui de chenille. Linné, considérant que sous cette forme l’Insecte réel était comme masqué, lui a donné le nom latin de /arva , qui signifie masque, et que l'usage a fait passer en français. Cette période de la vie des Insectes, pendant laquelle ils mangent avec voracité et changent plusieurs fois de peau, se prolonge plus ou moins long-temps : chez les uns plusieurs jours ou plusieurs semaines, chez d’autres des mois et même des années entières. Ils cessent alors de manger, et se retirent en lieu de sûreté ; leur peau se détache une dernière fois et découvre ur corps de forme variable, mais sans ressemblance avec celui qui existait un instant auparavant,

Ils ont alors atteint la troisième période de leur existence.

Dans ce nouvel état, la plupart ressemblent assez bien à une momie entourée de ses bandelettes , ou à un enfant emmaillotté dans ses langes. Le plus grand nombre également ne prennent alors point de nourriture , sont incapables de locomotion, et ne présentent intérieurement qu'une matière fluide dans laquelle on he distingue aucune apparence d'organes ; mais extérieurement leur forme varie beaucoup suivant les familles, et différens noms ont en conséquence été donnés au corps qu'ils constituent dans cet état. Linné la appelé en général pupa, terme que quelques auteurs ont traduit par celui de poupée; d’autres, tel que Latreille, par celui plus littéral encore de pupe, mais pour lequel nous emploierons le mot nymphe.

Après un espace de temps plus ou moins considérable, et qui varie de quelques heures à une ou plusieurs années, l'Insecte, ayant loutes ses parties portées à leur pointde perfection, se dégage de l'enveloppe où il était prisonnier, et entre dans son quatrième et dernier état. Il nous apparaît alors pourvu d'ailes (à moins qu'il ne soit une espèce aptère), capable de propagation; er un mot, jouissant de toutes les facultés accordées par la nature à son espèce. Il est alors ce que Linné appelle imago , image; attendu qu'ayant mis de côté son masque, et dépouillé les bandelettes qui l’enveloppaient, n’étant plus déguisé, en quelque sorte, il est devenu le véritable représentant, l'image de son espèce. On l'appelle encore insectum declaratum , perfectum, mots qui se traduisent en français par celui d’Insecte parfait; mais il est à regretter que

hous n’ayons pas, pour désigner ce dernier état, un seul terme équivalent à celui 1e imago.

L'ensemble de ces divers changemens, considéré d’une manière abstraite, c'est-à-dire en tant que changemens, et non point relativement aux diverses formes que ARTE avoir la larve et la nymphe, constitue ce qu’on appelle la métamorphose.

Il faut éviter de confondre la métamorphose avec la mue, autre faculté analogue qui consiste en un simple changement de peau sans altération des parties intérieures ; et qui est commune aux Crustacés et aux Arachnides , aussi bien qu'aux Insectes, mais dont les premiers jouissent pendant toute la durée de leur vie ; tandis que les derniers ne l'ont que dans leur second état, celui de larve. Nous expliquerons bientôt en quoi la mue diffère de la métamorphose, et comment il existe un point où elles paraissent presque se confondre.

La marche que nous avons décrite plus haut est celle que suivent la plus grande partie des Insectes dans leurs changemens ; mais de même qu’en les étudiant dans leur état parfait on observe des passages insensibles d’une famille à une autre, ainsi dans leurs métamorphoses la nature semble avoir gradué les formes sous lesquelles se présentent les rçés et les nymphes. Linné et Fabricius avaient reconnu cinq de ces formes , et avaient divisé les métamorphoses en autant d'espèces différentes, auxquelles ils avaient donné des noms; seulement il faut faire observer qu'aux Insectes ils réunissaient les Crustacés, les Arachnides et les Myriapodes. Il est donc question en ce moment de la métamorphose en général (1).

(1) Étant désormais obligé d'employer souvent les noms des

Dans la première sorte, l'Insecte au sortir de l'œuf est tel, à la grosseur près, qu'il doit rester plus tard ; aucune de ses facultés ne lui manque, si ce n’est celle de la propagation; il est agile et se développe ou croît en se dépouillant plusieurs fois de sa peau. Les Crustacés, les Arachnides et les Myriapodes sont dans ce cas, et, parmi les Insectes , tous ceux qui sont aptères, à l’exception de la Puce, c'est-à-dire les Lépismes, les Podures, lesRicins, les Pous, etc. Cette métamorphose était dite complète (completa); sa définition, que nous donnons ici en termes équivalens à ceux de Fabricius, n’est pas entièrement exacte. Quelques Crustacés et les Myriapodes ne naissent pas pourvus de toutes leurs parties; les premiers acquièrent des pates, et les seconds des pates et de nouveaux segmens : elle n’est juste que pour les Insectes aptères que nous venons de nommer.

D’autres Insectes, tel que l’ordre entier des Hémiptères, sont, comme les précédens, agiles au sortir de l'œuf, mais les ailes qu'ils doivent avoir plus tard ne paraissent que sous une forme rudimentaire, et se

divers ordres dans lesquels on a réparti les Insectes, nous indiquerons ici ces ordres, qui sont au nombre de douze :

1°. T'hysanoures, Lépismes et Podures.

20, Parasites, Pous et Ricins.

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