Dipières, Cousins, Mouches, etc
développent peu à peu à mesure que l'insecte croît, jusqu’à ce qu’elles aient atteint leur longueur normale. Cetle sorte de changement constituait la métamorphose demi-complète (semi-completa).
Chez d’autres, la larve est semblable à un ver, hexapode ou polypode, dodue (succulenta), et lente dans ses mouvemens. La nymphe est immobile, couverte d’une peau membraneuse , renfermant dans des fourreaux distincts et séparés les organes extérieurs , telles que les antennes, les ailes, et les pates qui ne sont pas collées contre le corps, mais libres, et faciles à distinguer. Tous les Coléoptères, les Fourmis et les Abeilles de l’ordre des Hyménoptères, sont dans ce cas. Leur métamorphose avait recu le nom d'incomplète (incompleta ).
Il existe un ordre entier d'Insectes, les Lépidoptères , chez qui la larve diffère peu de celle des précédens en’ général, et dont la nymphe est également enveloppée d’une peau membraneuse; mais les antennes, les ailes et les pates sont appliquées exactement contre le corps , et cette peau forme une sorte d'étui corné, à travers lequel on distingue plus ou moins bien ces organes. Ce genre de métamorphose s'appelait emmaillotitée (obtecta ).
Enfin, dans certains Insectes, la larve étant toujours pareille aux précédentes, la nymphe se présente sous la forme d’un corps oblong qui ne laisse voir aucune partie du corps de l'animal ; telles sont les Mouches et un grand nombre d’autres Diptères. Linné et Fabricius avaient nommé cette métamorphose resserrée (coarctatla ).
Ces dénominations ont été adoptées par la plupart des entomolosistes qui n’ont souvent fait qu'augmen-
ter la confusion en transportant d’une espèce de métamorphose à l’autre les noms que Linné et Fabricius leur avaient imposés; mais il suffit d'un peu de réflexion pour voir combien peu sont philosophiques ces distinctions où la forme de la nymphe joue un si grand rôle, et combien même sont inexacts les noms qu'elles ont reçus. D'abord, pour ces derniers, c’est précisément celle où il s'opère de moindres changemens qui est dite complète, et celle où ces changemens sont le plus importans qui est dite incomplète ; de sorte que les termes ont ici une valeur absolument inverse de celle qu'ils devraient avoir. Ensuite, la forme des nymphes peut et doit servir à les distinguer entre elles, mais qu’a-t-elle à faire avec la métamorphose envisagée d’une manière abstraite et générale ? En suivant le principe de Linné et de Fabricius, il n'y à pas de raison pour que les diflérences qui existent entre les larves ne servent de base à de nouvelles espèces de métamorphoses, aussi bien que celles qui existent entre les nymphes. Une chenille, par exemple, ressemble certainement moins au ver blanc, qui donne naissance au hanneton, qu'une nymphe de Diptère à celle d’un Coléoptère. En étudiant les métamorphoses sous leur véritable point de vue, on n'en distingue réellement que trois sortes, ainsi que l’a fait Latreille : l’une, où l'animal sort complet de l'œuf moins la grosseur ; la seconde , où il sort également de l’œuf avec toutes ses parties, sauf les ailes qui se développent au fur et à mesure de la croissance; la troisième, où 1il se change en véritable nymphe, ne prenant point de nourriture, immobile, et d'où il sort Insecte parfait. Que cette nymphe soit ensuite emmaillottée ou resserrée, peu importe,
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nous en parlerons au mot #ymphe, de même qu'au mot larve nous traiterons des tégumens, des poils, des pates, etc., de ces dernières.
Avec Latreille encore nous donnerons à ces trois sortes de métamorphoses les noms suivans :
La première sera la métamorphose ébauchée (M. inchoata ): quelques Crustacés, Myriapodes, elc.
La seconde, la métamorphose partielle, ou demimétamorphose ( Semi-metamorphosis ) : Hémiptères, Orthoptères , certains Névroptères.
Enfin , la dernière, la métamorphose totale, parfaite ou complète ( M. perfecta, completa ) : Goléoptères, Lépidoptères, 4beilles, Fourmis, etc.
Un simple coup d'œil suffisant pour voir auxquelles des cinq espèces de Linné et Fabricius se rapportent celles-ci, nous nous abstiendrons d’en faire la comparaison.
Nous pouvons maintenant définir la métamorphose d’une manière générale et par la suite la mue, deux choses qui paraissent bien distinctes au premier aperçu, mais qui sont néanmoins très-voisines l’une de l’autre.
La première peut se définir : tout changement par lequel un animal paraît autre qu'il n’était auparavant par l'apparition de nouveaux organes, ou l’occultation de ceux qu'il présentait (1).
(1) Cette définition nous paraît plus exacte que celle de Latreille, qui est ainsi conçue : « Changement d'un animal qui augmente par une mue complète le nombre de ses organes extérieurs, ou qui en acquiert de nouveaux. » ( Cours d'Entomologie, page 272.) Ceci est applicable à beaucoup d'insectes, mais ne peut convenir à un aussi grand nombre d'autres. Un diptère, par exemple, n'augmente nullement le nombre de ses organes extérieurs en pas-
La seconde : une crise par laquelle un animal se dépouille uniquement et sans altérations organiques essentielles de sa peau ou des appendices de cette dernière pour reparaître avec des parties analogues. Gette crise est plus ou moins complète, selon qu'elle agit simplement sur les appendices cutanés , ou sur la peau elle-même. Chez les mammifères et les oiseaux , elle n'influe que sur les poils et les plumes qui tombent et sont remplacés par d’autres qui se développent plus ou moins rapidement. Dans les reptiles, au contraire, et notamment dans les sauriens et les ophidiens, c’est la peau elle-même qui , ne recevant plus de nourriture par suite de l'interposition d'une autre peau qui s’est formée au-dessous d’elle, se détache et fait place à celleci. La dépouille de l'animal se présente alors sous la forme d’un fourreau parfaitement semblable à l'animal lui-même. Cette espèce de mue est encore bien plus complète chez les larves des Insectes qui se délivrent non-seulement de leur peau, maïs encore des enveioppes de leurs yeux, de leurs mandibules lorsqu'elles en ont, etc., ainsi que nous le dirons en traitant des larves.
La métamorphose et la mue différent donc en ce que, dans l’une, il ya apparition de nouvelles parties, changement de forme extérieure dans l'animal, tandis que dans l’autre la forme est identique, les organes sont toujours les mêmes et ne varient pas quant au nombre; seulement l'animal est plus volu-
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sant de l'état de larve à celui de nymphe. Tous ont, au contraire, disparu : l'animal paraît seulement autre qu'il n’était auparavant. Nous nous sommes approprié la définition donnée par Latreille de ka mue, ne pouvant en faire une meilleure.
mineux qu'auparavant. Partant de [à, il est facile de voir qu'il n'existe réellement que deux espèces de métamorphoses chez les Insectes, la partielle et la complète. L'ébauchée, qui s’observe chez les Crustacés , et les Myriapodes, dont les uns acquièrent des pates, et les autres des pates et des segmens en avançant en âge, se réduit chez les Insectes aptères à une véritable mue. C'est un des rapports qu'ils ont avec les crustacés et les arachnides, et qui fait que, dans l’ordre naturel , ils doivent venir après ces dernières. Le point où la métamorphose et la mue se touchent chez les Insectes, est parmi ceux chez qui la première est partielle, c’est-à-dire qui naissent avec toutes leurs parties, moins les ailes qui ne sont que rudimentaires : retranchez ces derniers organes à une sauterelle, par exemple, et elle n'éprouvera plus que des mues.
La métamorphose est un des phénomènes les plus admirables et les plus compliqués que nous présente la nature. Quoiqu'elle ait perdu cet excès de merveilleux qui fournissait aux alchimistes du moyen-âge des argumens en faveur de la transmutation des métaux , il lui en reste assez pour exciter notre surprise et notre admiration. L'usage a consacré ce nom de métamorphose, qui exprime d’une manière énergique ces changemens presque soudains qu’éprouvent les Insectes ; mais, en réalité, on ne devrait les nommer qu'une suite de développemens. Une chenille, en eflet, n'est pas un animal simple , mais composé, contenant enelle le germe du papillon futur, renfermé dans ce qui un jour sera le fourreau de lanymphe, fourreau qui luimême est contenu dans plusieurs peaux placées les unes sur les autres : à mesure qu'elle grossit, ces peaux se
dilatent, apparaissent au dehors, et sont tour à tour rejetées jusqu'à ce que l’Insecte parfait, qui était caché sous cette suite d'enveloppes ou demasques, se montre sous la forme qu’il ne quittera plus désormais. Swammerdam, Malpighi, et d’autres anatomistes, ont prouvé que telle était l'explication véritable du phénomène qui nous occupe. Le premier découvrit, par des dissections d’une délicatesse extrême, non-seulement que l’enveloppe de la nymphe était renfermée dans la peau de la larve, mais que la première contenait le papillon lui-même avec tous ses organes, quoique dans un état presque fluide. En faisant bouillir dans l’eau, pendant quelques minutes, une chenille prête à passer à l’état de nymphe, ou en la plongeant dans l’alcool et l’y laissant quelques jours jusqu'a ce que ses parties eussent pris de la consistance, il vint à bout de mettre à découvert le futur papillon; il vit que les ailes, roulées sur elles-mêmes commeune espèce de corde, sont logées alors entre le premier et le second segment de la chenille; que les antennes et la trompe sont appliquées sur le devant de la tête, et que les pates, quoique bien différentes de celles de la chenille, sont néanmoins contenues dans ces dernières. Malpighi etRéaumur allèrent encore plus loin ; le premier découvrit les œufs du ver à soie dans sa chrysalide transformée seulement depuis quelques jours, et le second ceux d’une autre espèce de Lépidoptère ( Liparis dispar ) dans la chenille ellemême, et cela sept à huit jours avant qu’elle ne se transformät en chrysalide.
Une cheniile peut donc être regardée comme un œuf doué de la faculté locomotrice, renfermant à l’état d'embryon le papillon qui ,après une certaine époque,
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s’assimile les substances animales dont il est entouré, développe insensiblement ses organes, et brise enfin l'enveloppe dans laquelle il était contenu. Cette explication dépouille le phénomène de la métamorphose de tout ce qu'il pouvait avoir de miraculeux , mais nele laisse pas moins une opération très-compliquée et difficile à comprendre. Il y a de quoi confondre notre raison dans cette pensée qu'une chenille, d’abord à peine de la grosseur d’un fil , renferme ses propres tésumens en nombre triple et même octuple , de plus le fourreau d'une chrysalide et un papillon complet, le tout replié l’un dans l’autre; avec un appareil de vaisseaux pour respirer et digérer, des nerfs pour la sensation, des muscles pour se mouvoir, et que ces divers organes exécuteront leurs évolutions successives au moyen de quelques feuilles introduites dans son estomac : encore moins pouvons-nous comprendre comment ce dernier organe peut digérer à une certaine époque des feuilles, et à une autre seulement du miel ; comment le fluide soyeux sécrété par la chenille disparaît dans le papillon; en un mot,comment des organes, essentiels à une cerfaine période de l'existence d’un Insecte, sont rejetés à une autre et avec eux tout le système auquel ils appartenaient.
Les causes de la métamorphose nous sont encore inconnues, et la meilleure explication qu'on en ait donnée, celle de Lamarck, nous paraît plus ingénieuse que solide : on concoit très-bien avec lui que l'Insecte, dans son état parfait, ayant des tégumens cornés qui jouent le rôle d’un squelette intérieur en servant de support aux organes qu'ils renferment, n'aurait pu croître si, dès sa naissance, ces tégumens eussent offert cette solidité, et qu'il a dû lui être assi-
ené une certaine période pendant laquelle son corps étant mou tant à l'extérieur qu'à intérieur, il opérerait son développement ; mais cela n’explique que la nécessité de la mue qui , en effet, est commune à tous les articulés. Les changemens qui s’opèrent dans tous les animaux à l’époque où ils deviennent aptes à la génération, et que Lamarck met en avant comme une seconde cause aussi puissante que celle qui précède, nerendent pas davantage compte dela métamorphose, c’est-à-dire de cet enroulement d’un animal dans plusieurs enveloppes de formes différentes. Un crabe parvient à son état adulte en subissant de simples mues, tout aussi bien qu'un Coléoptère qui éprouve une transformation complète ; et, parmi les Insectes eux-mêmes , une punaise est dans le même cas. Il y a donc à ces changemens merveilleux une cause plus profonde que les conditions d’existence ordinaires, et sur laquelle notre ignorance est complète.
Nousallons maintenant suivre les Insectes dans leurs divers états, depuis leur sortie du corps de leur mère sous forme d'œuf, jusqu’à celui où ils ont atteint leur point de perfection : il eùt peut-être été plus philosophique d'examiner tour à tour la manière dont s’opèrent les trois sortes de fonctions auxquelles se rapportent tous les actes de leur existence comme chez les autres animaux ; mais si l’on considère que la plus importante, celle qui est le complément de toutes les autres, la génération, en un mot, n’a lieu que dans la dernière période de leur vie, l’ordre que nous suivons paraîtra sans doute plus naturel. Arrivés à l’Insecte parfait, nous exposerons les fonctions dans l'ordre ordinairement suivi par les physiologistes, après avoir traité de ses parties extérieures.