‹ Introduction à l'entomologie (volume 3)Chapitre 7 sur 32 · ŒUF · texte numérisé non relu

ŒUF

Nous n'avons à envisager ici l'œuf des Insectes qu'après sa sortie du corps de la femelle. Les organes, au moyen desquels s'exécute cette opération , seront décrits plus tard lorsqu'il sera question de l'anatomie de l’Insecte parfait. Les œufs peuvent être examinés sous divers points de vue que nous classerons dans l’ordre suivant , afin de procéder régulièrement : d’abord la manière dont s'opère la ponte, le lieu où ils sont déposés et les précautions que prend la mère pour les préserver de tout danger, ensuite leur nombre , leur forme extérieure qui embrasse la taille, la couleur et la substance de l'enveloppe, leur contenu, enfin le plus ou moins de temps qu'ils mettent à éclore. Ces divers points répondent à peu près à ce que Fabricius, dans sa Philosophie entomologique , appelle figura, situs, vestitus, color.

Relativement à la ponte, on peut en distinguer deux sortes, selon que les œufs sortent réunis ou groupés du corps de la femelle, ou un à un.

Le premier cas est beaucoup moins commun que le second , mais offre des particularités plus intéressantes. Quelques Diptères, par exemple, pondent leurs œufs réunis en une chaîne ou collier, chaque œuf étant collé à celui qui le précède et celui qui le suit; mais ces chaînes varient beaucoup, suivant le point par lequel les œufs se touchent. Quelquefois ils sont accollés latéralement ; ceux de quelques 7ipulaires le sont au contraire bout à bout, comme les grains d’un chapelet; dans d’autres genres de Diptères, ils forment une chaîne d'environ un pouce de longueur, composée d'œufs de forme ovale réunis obliquement par leurs côtés; disposition qui se retrouve dans les espèces de rubans

que pondent les Ephémères. Les œufs ainsi réunis sont expulsés peu à peu du corps de la femelle, et adhèrent entre eux au moyen d’une substance gommeuse. Chez une Ephémère mentionnée par Réaumur, et dont l'espèce est incertaine , ils forment deux masses oblongues de trois lignes et demie à quatre lignes de longueur, et contenant chacune troisà quatre cents œufs. Aussitôt que les ailes de ces animaux , qui ne vivent que quelques heures , sont développées, ils se délivrent de ces masses par deux orifices , et les déposent ordinairement dans l’eau qui est l'élément des larves futures ; mais souvent l'animal ne semble pas connaître la différence qui existe entre une matière solide et une matière fluide , et place ses œufs dans le premier endroit venu. Son unique soin paraît être de se débarrasser de cet incommode fardeau. 1] fallait que ce besoin füt aussi pressant chez un animal dont l'existence est si courte, et qui n’a que quelques instans à donner aux soins qu'exige la conservation de son espèce. Dans la plupart des tribus dont les larves sont aquatiques, la masse des œufs est entourée d’une substance gélatineuse analogue à celle qui enveloppe le frai des grenouilles, et destinée sans doute aux mêmes usages. Tels sont ceux des Phryganea grandis, atrata, Linné, de quelques Diptères, et parmi les Lépidoptères ceux d’un Botys dont la larve vit sur les plantes aquatiques (B. potamogalis). On prendrait au premier aspect ces masses d'œufs pour de véritables larves , mais en les pressant entre les doigts de manière à les faire entr'ouvrir, on découvre une grande quantité d’œufs très-menus et d’une couleur plus ou moins obscure. Nous donnons, d’après MM. Kirby et Spence, la figure de ceux de la Phrygenca atrata, citée plus

ŒUF. 23 haut. La substance gélatineuse qui les enveloppe est de consistance assez ferme ; la masse entière paraît composée de deux cônes réunis par leur sommet, et présente des côtes élevées transverses dont les intervalles semblent crénelés, apparence qui est due aux œufs contenus dans l’intérieur. Nous donnors également, d’après les mêmes auteurs, les œufs d'une espèce inconnue de Diptère, trouvés dans un marais, et dont l’arrangement est encore plus remarquable. La masse gélatineuse, longue d'environ un pouce et demi, et un peu renflée dans son milieu, était attachée par l’une de ses extrémités à un brin d'herbe, et d’un bout à l’autre, dans l’intérieur, s’étendait une suite d'œufs extrêmement petits et disposés en ligne spirale à tours opposés.

Chez les Orthoptères du genre Patte , la femelle, après un long travail qui dure près d’une semaine, se délivre d’un ou deux corps suboviformes , de la moitié du volume de son abdomen , arrondis d’un côté, droits et crénelés de l’autre, et qui d’abord sont blancs et mous , mais qui se durcissent promptement et deviennent d’un brun noirâtre. Cet étui, car c’en est un, contient seize ou dix-huit œufs disposés sur un double rang, et les jeunes blattes en sortent par une fente qui existe du côté droit, et qui se referme si exactement lorsqu'elles sont dehors, que l'étui paraît aussi entier qu'auparavant. Les Mantes, qui appartiennent au même ordre, rendent en pondant leurs œufs une substance molle qui les enveloppe, et qui prend bientôt la consistance du parchemin. Les œufs y sont également placés sur deux rangs. Quelques espèces de Sauterelles, au dire des voyageurs, déposent aussi dans la terre un corps

oblong , qui contient un grand nombre d'œufs disposés régulièrement. Enfin Scopoli fait mention d'un Névroptère, du genre Perle (P. bicaudata), qui porte ses œufs sous son ventre dans un sac, à la manière de certaines araignées.

Les Insectes qui pondent leurs œufs un à un sont incomparablement plus nombreux que les autres, ainsi que nous l'avons dit plus haut. La rapidité avec laquelle s'effectue cette opération varie beaucoup, chez eux comme chez les précédens. Chez ja plupart des Coléoptères et des Lépidoptères, qui disposentles leurs en tas, ils s’'échappent des ovaires avec une grande promptitude, ainsi que chez les #beilles , les Fourmis, les Termites , dont les femelles en pondent jusqu'à soixante et au delà par minute. Mais dans d’autres espèces, la plupart parasites , tels que les Sphex, les /chneumons , les OËstres , il existe un intervalle de quelques minutes, de quelques heures, et peut-être même de quelques jours, entre la sortie de chaque œuf. Parmi celles chez qui la ponte s’opèreavec rapidité, on peut citer l'Hépiale du houblon (7. kumuli), qui dépose une immense quantité de petits œufs pareils à des grains de poudre à canon trés-fine, avec une telle vitesse, qu'ils semblent courir, suivant l'expression de Degéer. Quelquefois même ils sont lancés à une assez grande distance. D’après une observation de M. l'abbé Préaux (1), un insecte tétraptère de genre incertain, et auquel il a donné le nom de mouche baliste, projette les siens avec la même force que s'ils létaient au moyen d’une sarbacane. M. Kirby rapporte même

(1) Nouv. Dict. d'hist. nat., tome XXI, p. 442.

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