‹ Introduction à l'entomologie (volume 3)Chapitre 8 sur 32 · OEUF · texte numérisé non relu

OEUF

une autre observation faite sur une Zipule , qui lance les siens à une distance de dix pouces.

Si nous passons maintenant à ce que Fabricius appelle la situation (situs), mot que nous prenons dans le sens indiqué plus haut , nous observerons des différences aussi considérables que dans la ponte, mais où brille l'instinct , quin’entre pour rien dans cette dernière. Le plus souvent les femelles des Insectes, après avoir invariablement déposé leurs œufs dans le lieu qui réunit les conditions favorables à leur développemént, abandonnent à la chaleur de l'atmosphère le soin de les faire éclore, et à leur substance même celui de les protéger contre l’intempérie des saisons. Mais il est aussi un grand nombre d'espèces qui les mettent à l'abri, en les recouvrant d’une sorte de vétement composé de diverses substances , soit que leur nature ne leur permette pas de résister au froid ou à l'humidité, soit par toute autre cause qui nous est inconnue.

Nous parlerons d'abord de ceux qui sont déposés en groupes, et parmi ceux-ci de ceux qui sont protégés par le vêtement en question.

Les Coléoptères nous fournissent le seul exemple bien avéré d'insectes qui renferment leurs œufs dans une espèce de poche à la manière des araignées. Ce sont les espèces aquatiques qui constituent la tribu des //ydrophiliens. Quelques-unes portent cette poche comme font les lycoses de la leur, fixée à la partie inférieure de leur corps, tandis que d’autres l’abandonnent après l'avoir terminée. La plus remarquable est celle du grand Hydrophile (77. piceus) , que Lyonnet a décrite et figurée il y a long-temps, mais qui à été observée de nos jours avec plus d'attention par

Miger. La femelle de cet insecte est pourvue de deux filières qui sécrètent un fluide soyeux avec lequel elle construit dans l’espace de trois heures une coque ovoïde, de couleur brune, surmontée d’une pointe en forme de corne arquée. Cette coque est en quelque sorte double ; son tissu extérieur est formé d’une matière glutineuse, qui, par la dessiccation, devient solide et impénétrable à leau; l'intérieur est garni d'une espèce de duvet soyeux éclatant de blancheur qui recouvre les œufs. Ces derniers sont disposés avec beaucoup de symétrie. La coque ne flotte pas en liberté sur l’eau, mais la femelle qui l’a construite l’attache à quelque plante, à laquelle elle reste fixée à la superficie du liquide jusqu'à ce que les larves venant à éclore sortent de cette singulière prison.

Un autre coléoptère, la casside verte (C. viridis), recouvre ses œufs, suivant Roesel, d’une membrane à demi-transparente ; mais c’est parmi les Lépidoptères qu'on observe les soins les plus attentifs à cet égard. Un bombyx, commun sur les saules ( Liparis salicis), cache entièrement les siens sous une substance blanche et écumeuse, qui, desséchée , est en partie friable, en partie cotonneuse, et qui, étant insoluble dans l'eau, les protége efficacement contre l'humidité. La femelle du Zenthréde du pin, après avoir fait au moyen de sa double scie une incision longitudinale de grandeur convenable dans une feuille de cet arbre, y dépose ses œufs bout à bout sur une seule file, et bouche louverture avec de petits fragmens de feuilles qu'elle colle ensemble au moyen d’un fluide verdâtre et glulineux qu'elle rend par la bouche, et qui, en se desséchant , devient friable. Ces œufs, qui sont exirêémement fragiles, sont ainsi mis à l'abri de tout

:ŒUF. 29 accident qui pourrait les compromettre. D'autres espèces du même genre, telles que le tenthréde du rosier ( //ylotoma rosæ), font des incisions analogues dans les petites branches tendres ces arbrisseaux , et les remplissent de leurs œufs , placés également bout à bout, en ayant soin de laisser un intervalle entre chaque œuf, afin qu'il ait de la place pour se développer. Un charancon, très-brillant et bien connu par le tort qu'il fait à la vigne ( Æhynchites Bacchus), roule avec beaucoup d'art les feuilles de cette plante, de manière à former une sorte de poche danslaquelle il place les siens. D’autres espèces du même genre pratiquent des manœuvres semblables ; peut-être même, comme les tenthrèdes, placent-elles leur future progéniture dans l'intérieur des branches en y faisant une incision au moyen de leur bec. Quelques espèces de cette famille introduisent, comme on sait, leurs œufs dans l'intérieur des grains de blé, des noisettes et autres fruits utiles à l’homme, qu'elles rendent ainsi impropres à aucun usage.

Pour en revenir aux Lépidoptères, un grand nombre d’entr'eux, tels queles Liparis chrysorhea, dispar, etc., enveloppent leurs œufs d’un vêtement également imperméable, mais composé de noils, dont ils dépouillent leur propre corps. Ges espèces commencent par en former à la surface d’une branche une couche moelleuse, sur laquelleelles déposent plusieurslits d'œufs, qu'elles entourent ensuite d’autres poils, et, quand tous ont été pondus, elles les recouvrent en dessus d’un vêtement analogue, mais encore plus digne de remarque. Les poils qui servent à tapisser l’intérieur du nid sont disposés sans beaucoup d'ordre; ceux au contraire dont nous parlons sont disposés avec art comme les

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tuiles d’un toit, de manière à former un abri impénétrable à Peau qui glisse à leur surface. Quand la femelle a terminé son ouvrage, qui loccupe souvent pendant vingt-quatre heures, et même deux fois cet espace de temps, son Corps, qui était auparavant très-velu, est presque entièrement dépouillé, et elle expire. Les femelles qui protégent ainsi leurs œufs ont souvent l'extrémité du corps garnie d’une auantité très-considérable de poils destinés à cet usage. Réaumur recut un jour un nid de ce genre, mais plus singulier que celui dont il vient d’être question. Les œufs étaient placés en spirale autour d’une branche, et recouverts d’un duvet épais et doux, non pressé et dont chaque poil était horizontal. Dans cet état, dit-il, on eût dit d’une queue de renard roulée en spirale autour d’une branche. Degéer a observé un procédé analogue à celui décrit plus haut chez quelques espèces de pucerons (4phis alni et 4 pruni), qui recouvrent leurs œufs d’un duvet cotounceux qu'ils enlèvent de leur corps au moyen de leurs pates de derrière ; seulement , dans ces espèces, chaque œuf est ainsi vêtu à part, et il n'y à point d’enveloppe générale pour le groupe entier.

Il est probable que ces précautions servent nonseulement à protéger les œufs contre l'humidité et le froid, mais encore à les soustraire à l’action d’une lumière trop vive, qui, d’après quelques physiologistes , serait fatale au germe qu'ils contiennent. C'est peut-être dans ce but que tant d’Insectes attachent leurs œufs à la surface inférieure des feuilles : ceux qui le sont en dessus sont ordinairement d’une couleur plus opaque que ces derniers et de consistance presque cornée.

ŒUF, à

La nature a épargné à quelques Insectes le soin de fabriquer un abri pour leurs œufs, en faisant servir leur corps lui-même à cet usage. Les Pucerons, déjà si bizarres sous tant d’autres rapports, sont tous dans ce cas. Après avoir été fécondée, une femelle de puceron se colle à une feuille, et reste immobile comme si elle était privée de vie. Son corps, gonflé par les œufs dont il est rempli , augmente prodigieusement de volume et devient de la grosseur d’un pois, sans qu'on puisse y distinguer aucun vestige de tête ni de membres. Dans cet état elle ressemble plutôt à une excroissance végétale qu'à un véritable insecte. Si on l’enlève, on s'aperçoit que son corps est plat en dessous et s'applique exactement à la branche de l'arbre, dont il n'est séparé que par une légère couche d’un duvet cotonneux. À mesure que les œufs sortent elle les pousse entre son ventre et le lit de duvet, jusqu'à ce que tous soient pondus. On a d’abord quelque peine à concevoir comment il peut y avoir assez de place pour eux, mais en y réfléchissant on conçoit qu'à mesure que chaque œuf sort du ventre de la femelle, il y laisse un vide qui permet à la peau de se contracter, de sorte que, la ponte finie, les œufs n'ont fait que changer de place; au lieu d’être en dedans, ils sont en dehors. Aussitôt que la femelle a terminé cette singulière opération , elle meurt; mais son corps, conservant sa forme premitre, reste collé aux œufs, et devient une espèce de toit qui les protége d’une manière eflicace jusqu’au moment de l’éclosion. Quelques espèces cependant en pondent une telle quantité que leur abdomen ne suffit plus pour les recouvrir en entier; dans ce cas il n’en protége qu'une partie, et le reste est recouvert d’un duvet cotonneux.

Il nous reste à jeter un coup d'œil sur les œufs qui sont également pondus en groupes, mais sans autre protection que le vernis dont ils s’enduisent en passant dans l'oviducte. Les femelles les placent simplement à côté de la substance qui doit nourrir un jour les larves, ou les fixent sur cette substance même au moyen du vernis dont nous venons de parler. Ces groupes en contiennent un plus ou moins grand nombre, et quand ils éclosent, les jeunes larves se dispersent de côté et d'autre, et attaquent avec voracité la nourriture qui les entoure. C'est ainsi que beaucoup de Lépidoptères fixent leurs œufs aux tiges, aux branches ou aux feuilles des plantes; que les Coccinelles , les Syrphes, les Æémérobes es déposent au milieu des pucerons , quelques Âouches sur la viande, les Sauterelles et les Grillons dans le sein de la terre, les Cousins et d’autres Zipulaires dans l'eau ou à sa surface.

Souvent la totalité des œufs pondus par une femelle ne forme qu’une seule masse, mais le plus ordinairement ils sont disséminés en plusieurs petits groupes, placés à distance les uns des autres sur la même plante ou sur des plantes distinctes. Dans ce dernier cas, le but de la nature semble être d'éviter l'accumulation d’un trop grand nombre de convives à une même table, ou d'empêcher que les œufs non encore éclos ne so‘ent dévorés parles larves venues les premières au jour, qui les attaqueraient souvent s'ils étaient dans leur voisinage.

La disposition des œufs qui composent ces groupes offre de grandes différences; quelquefois ils sont jetés comme au hasard en une masse confuse; mais le plus souvent ils sont arrangés d’une facon régulière et qui

ŒUF. Sn n'est même pas dépourvue d'élégance. Le papillon du chou ( Pieris brassicæ), et beaucoup d'autres insectes, placent les !eurs côte à côte en colonne serrée, le bout qui doit servir de sortie à la larve en dessus, de manière à ce que les larves qui viennent à éclore ne dérangent pas les œufs qui les avoisinent. Ceux de la Dicranura vinula ont une conformation très-propre à recevoir cette disposition : le côté par lequel ils sont destinés à être fixés est plat, membraneux et à demi transparent , tandis que la portion supérieure est au contraire hémisphérique, presque cornée et opaque. Ceux du petit paon (Saturnia carpini), un des plus beaux papillons de nuit de nos climats, sont oblongs et rangés côte à côte sur deux lignes, disposition que Ræsel compare à des bouteilles placées dans ces planches trouées en usage dans nos caves. Le gyrin nageur ( Gyrinus natator ), et le tenthrède du groseillier ( 7°. flavens), disposent les leurs bout à bout sur plusieurs rangs, le premier en files parallèles sur les feuilles des plantes aquatiques , le second sur les principales nervures des feuilles du groseillier dont ils suivent la direction.

En examinant les arbres fruitiers de nos jardins, on observe fréquemment sur les jeunes branches ou les tiges des espèces d’anneaux ou de bracelets composés d'œufs, arrangés avec un ordre si admirable qu’on les prendrait plutôt pour l'ouvrage de l’art que pour celui d’un insecte. Ces œufs appartiennent à une espèce de Lépidoptère nocturne (Bombyx neustria), quine pond qu'en automne, et comme ces œufs ne doivent éclore qu'au printemps suivant, au lieu de les placer sur les feuilles que le vent pourrait emporter, la femelle les colle autour des branches. Deux autres

espèces du même genre (2. castrensis et franconica) placent les leurs sur les tiges des graminées et des hélianthèmes. Chaque anneau se compose de deux à trois cents œufs de forme pyramidale, aplatis au sommet, ayant leur axe perpendiculaire à la tige qu'ils embrassent en formant plusieurs spirales. Les intervalles sont remplis d’une gomme brune et tenace, destinée sans doute autant à les protéser contre le froid qu'à les fixer en place. Il est d'autant plus difficile de connaître les moyens qu’emploient les femelles pour disposer ainsi leurs œufs, qu'en captivité elles semblent perdre leur instinct, et les laissent tomber au hasard sans essayer de les ranger avec symétrie. Réaumur , qui en a fait pondre plusieurs auxquelles il fournissait de petites branches, n'a jamais pu leur arracher leur secret.

Ce grand observateur a été plus heureux à l'égard du cousin vulgaire ( Culex pipiens), qui dispose ses œufs d’une manière encore plus singulière que celle qui précède. Ces œufs, de forme oblongue, assez semblables à de petites fioles , sont accollés côte à côte au nombre d'environ deux cent cinquante à trois cents, en une masse oblongue , pointue et relevée à chaque extrémité, qui ressemble assez bien à un bateau. Cette espèce de nacelle flotte à la surface de l’eau; et, quelle que soit l'agitation de celle-ci, jamais il n’en pénètre une seule goutte dans son intérieur. Le procédé que la femelle emploie pour leur donner cette forme est très-industrieux, et l’une des plus fortes preuves de cet instinct dont la nature a doué les insectes. Ces œufs ont une base trop étroite, relativement à leur longueur, pour se maintenir debout sur une surface quelconque, solide oufluide. Afin d’obvier

OEUF. 35 à cet inconvénient, la femelle s'accroche, au moyen de ses quatre pates antérieures, à une feuille ou à la tige de quelque plante aquatique, et laisse son abdomen flotter en liberté sur l’eau; elle croise alors ses deux pates postérieures, et retient dans l’angle qu'elles forment les œufs à mesure qu'ils sortent, en les collant les uns aux autres avec une gomme tenace. Lorsqu'elle sent qu'il y en a un nombre suflisant pour donner une base solide à son bateau , elle décroise ses pates, et ne les emploie plus qu'à retenirles œufs jusqu’à ce que leur ensemble ait pris la forme qu’elle veut lui donner. Elle s'envole ensuite et les abandonne à leur sort à la surface de l’eau.

Quant aux œufs qui sont placés solitairement , ils offrent nécessairement des particularités moins intéressantes que ceux qui précèdent. En général, on remarque que toutes les larves qui vivent isolées dans l’intérieur du bois, des feuilles, des fruits , des semences , proviennent d'œufs de cette sorte, pondus par des femelles qui sont pourvues d’instrumens propres à les placer dans le lieu qui leur convient. Ainsi deux charancons , dont l’un attaque les noix ( Balaninus nucum ), et l'autre le gland du chêne ( B. glandium), percent avec leur long bec une noix ou un gland et y déposent un œuf solitaire, d’où sortira un jour la larve qui détruira ces fruits. Le charancon du blé (Calandra granaria), emploie un procédé analogue en perçant un trou dans chaque grain de blé avant d'y confier un œuf , et il est probable que beaucoup d'espèces de la même famille se servent pour le même usage du bec plus ou moins long dont la nature les à pourvues ; mais dans le plus grand nombre des autres insectes , c'est la tarière que les femelles por-

tent à l'extrémité de l'abdomen qui est destinée à remplir cette fonction.

Le genre de nourriture que doit prendre la larve est toujours ce qui détermine le choix du lieu que la femelle adopte pour y déposer ses œufs , et par une merveilleuse coïncidence sur laquelle nous reviendrons ailleurs , l'apparition de la larveet celle des feuilles de la plante qui doit la nourrir est toujours simultanée. Les Lépidoptères dont la larve ne vit que d’une seule ne les pondent jamais que sur celle-ci. D’autres, dont les larves sont polyphages , les dispersent sur diverses espèces de plantes. Réaumur a observé un fait assez singulier relativement à quelques petites phalènes dont les larves, qui rongent le parenchyme des feuilles et y creusent des galeries tortueuses , sont appelées vulgairement chenilles mineuses. Les œufs d'où sortent ces larves ne sont pas placés par la femelle dans l’intérieur de la feuille, mais seulement à la superficie, de sorte qu’en naissant, le premier soin de la larve est de s’introduire dans la feuille qui doit lui servir de demeure.

Une seconde section très-nombreuse d'insectes, dont les œufs sont solitaires , se compose de ceux qui les déposent dans les substances animales mortes , ou dans l’intérieur des animaux vivans. Quelques-uns, tels que les Diptères, se contentent de les mettre sur la viande et les abandonnent ensuite; d’autres , tels que les Nécrophores, enfouissent dans la terre le cadavre où ils doivent éclore; de nombreuses espèces de Sphex, de Pompiles, etc., emploient un procédé analogue; mais au lieu de cadavres de petits mammifères, ce sont des Insectes tués à dessein qu'elles enterrent ainsi. Parmi ceux qui déposent leurs œufs

OŒUF. 37 sur des animaux vivans, tantôt, comme chez les Zchneumons, lalarve future doit vivre aux dépens des organes de cet animal qui est ordinairement une chenille , tantôt, ainsi que cela a lieu chez les OEstres , la larve se nourrit du fluide muqueux que sécrètent les intestins de l’animal dont elle habite l’intérieur sans causer d’accidensgraves à celui-ci. Enfin, un certain nombre de Coléoptères coprophages, principalement ceux du genre Ateuchus , renferment leurs œufs dans une boule de fiente qu'ils enterrent ensuite dans une cavité cylindrique plus ou moins profonde. Ces procédés si variés ne peuvent être indiqués ici que d’une manière sommaire : nous y reviendrons en parlant, dans un chapitre spécial , de l'instinct des Insectes, et en même temps nous exposerons ceux que suivent les 4beilles, les Guépes, les Fourmis, etc., qui toutes pondent aussi leurs œufs un à un, et qui les entourent de soins non moins dignes d’étude que les précédens.

D'après l’ordre que nous nous sommes prescrit, nous avons maintenant à parler du nombre d'œufs que pondent les femelles des Insectes. Leur fécondité surpasse de beaucoup celle des oiseaux, et rivalise quelquefois avec celle des poissons , quoique en général ceux-ci l’emportent sur elles à cet égard. La quantité d'œufs mise au jour par chaque espèce est très-variable, même dans les familles les plus naturelles. Les Insectes pupipares sont, sous ce rapport, au dernier rang de l'échelle : il est probable qu'ils n’en produisent qu'un seul. Une Mouche commune de nos pays (M. meridiana ), en pond deux selon Réaumur ; d’autres Mouches, six ou huit; la Puce, douze; le Necrophorus vespillo, trente; les Friganes , un peu moins d’un cent ; le Bombyx du ver à soie, environ

cinq cents; le Cossus ligniperda, mille; la Cheloma caja, seize cents; quelques Pucerons, deux mille; d'autres, quatre mille; la Guépe ordinaire, au moins trente mille ; les reines d’Æbeilles différent beaucoup sur le nombre d'œufs qu'elles pondent pendant une saison ; dans certains cas ils se montent , suivant Degéer, à quarante ou cinquante mille. Leuwenkoeck a calculé qu’une seule mouche ordinaire pouvait en produire, en trois mois, sept cent quarante-six mille quatre cent quatre-vingt-seize : mais cette fécondité étonnante n’est rien auprès de celle d’une espèce de termite ( Zermes fatalis ), dont la femelle pond soixante œufs par minute, ce qui donne trois mille six cents pour une heure, quatre-vingt-six mille quatre cents pour un jour; et, en suivant ce calcul pour l'année entière, on arriverait à une somme énorme dépassant deux cents millions. Il est probable que cette femelle ne continue pas sa ponte sur ce pied-là, mais, en l’estimant au plus bas possible, sa fécondité surpasse de beaucoup celle de tous les autres animaux connus. C’est en faisant allusion à cette multiplication presque sans bornes des Insectes, que Linné a dit avec justesse que trois mouches consumaient aussi vite qu'un lion le cadavre d’un cheval.

Quant à la forme, les œufs des Insectes offrent d'aussi grandes différences entre eux qu’on en observe entre les semences des plantes, et peut-être, en les observant sous ce point de vue, fourniraient-ils de bons caractères génériques comme ces derniers. Ceux des oiseaux que nous sommes le plus accoutumés à voir varient simplement de la forme ovale à la forme sphérique, mais ceux des Insectes ne sont pas organisés d’après un type aussi limité ; ils sont , il est vrai, le

OEUF. 39 plus souvent oblongs, ovales, ou globuleux , mais on en rencontre fréquemment de plats, orbiculaires , elliptiques, coniques, cylindriques, hémisphériques , lenticulaires, pyramidaux, carrés, en forme de turban, de poire, de melon, de bateau, de tambour, etc., etc. Quelquefois même leur aspect est si singulier, qu'il est difficile de les reconnaître pour de véritables œufs. Réaumur, Degéer, Brünnich, Sepp, et d'autres auteurs, en ont décrit ou figuré un assez grand nombre, et c'est dans leurs ouvrages qu’il faut les étudier dans leurs détails ; à ceux que nous avons déjà décrits plus haut nous en ajouterons ici quelques-uns.

Ainsi les œufs de la Nèpe cendrée (NW. cinerea), vulgairement appelée scorpion aquatique, sont oblongs et portent à leur extrémité supérieure une sorte de couronne formée de sept épines ou rayons gréles qui les font ressembler aux semences du chardon bénit ; ceux d’une autre espèce de la même tribu ( Ranatra lincaris), n'ont que deux de ces épines, qui seules font saillie hors de la tige de quelques plantes aquatiques , où ils sont ordinairement enfouis. Les /1émérobes, qui nous rendent de si grands services en détruisant, lorsqu'elles sont à l’état de larves, les pucerons qui infestent nos arbres fruitiers, et que Réaumur a nommées pour ce motif lions des pucerons, pondent des œufs encore plus singuliers. Ceux d’une des espèces les plus communes de ce genre ( Æ. perla), sont ovales et supportés chacun par un long pédicule filiforme de la grosseur d’un cheveu, qui est sans doute formé d’une substance glutineuse que sécrète la femwelle en les pondant; ces œufs sont fixés par groupes de dix ou douze à Ja surface des écorces. Quand la larve en est sortie, en s’ouvrant un pas-

sage à leur sommet, ils ont l'apparence de petites cupules , et, dans cet état, ils ont souvent donné lieu à des méprises singulières de la part de quelques botanistes qui les ont pris pour des plantes cryptogames. D'autres insectes pondent des œufs analogues également supportés par un pédicule : nous donnons entre autres ceux d'une espèce d'ichneumon (Z. luteum), dont le support est composé de plusieurs pièces qui paraissent articulées ensemble.

La nature nous a, en général, caché l’objet de ces différences de formes, mais dans certains cas cependant le but qu'elle s’est proposé se révèle clairement à l'observateur ; ainsi , le pédicule des œufs de l'Æémérobe, dont nous venons de parler, est sans doute destiné à les mettre hors de la portée des insectes qui pourraient en faire leur proie. C’est ainsi que certains oiseaux, pour préserver leurs nids de l'attaque des serpens, les suspendent à de longues lianes. Réaumur a décrit les œufs d’une espèce de mouche commune sur les excrémens des chevaux et d’autres animaux ( Scatophaga slercoraria ), qui ont besoin, pour se développer, d'être plongés dans la substance dont les larves doivent se nourrir : s'ils n'étaient pas ainsi entourés d'humidité, ils se flétriraient et deviendraient stériles ; mais il est également nécessaire qu'ils ne soient pas entièrement recouverts, sans quoi la jeune larve serait étouffée en sortant de l’œuf. Pour atteindre ce double but, celui-ci est pourvu à lextrémité qui doit servir d’issue à la larve de deux cornes divergentes qui lempêchent de s’enfoncer au delà des trois quarts de sa longueur. Latreille pense que les soies des œufs de la Vèpe et dela Ranatre, mentionnés plus haut, ont un usage analogue , car les femelles les font entrer dans l'intérieur des

ŒUF. 41 plantes aquatiques, à l'exception de ces appendices. Réaumur à figuré un autre œuf de Diptère, qui est pourvu d’un rebord ou aileron longitudinal qui lui donne l'apparence d’une navette, et dont le but, à ce qu'il pense, est d'augmenter la surface par laquelle la femelle le fixe à quelque objet.

Outre ces variations de formes qui nous frappent davantage, les œufs des Insectes différent encore de ceux des autres animaux ovipares par les dessins en relief dont ils sont souvent ornés, et que lartiste le plus habile imiterait à peine. Quelques-uns, comme celui à ailerons dont nous venons de parler, sont sculptés seulement sur une de leurs faces ; d'autres, tels que ceux de quelques Bombyx qui sont orbiculaires et déprimés, avec une cavité centrale en dessus et en dessous, ont leur circonférence coupée par des stries qui correspondent aux anneaux de l'embryon qu'ils renferment. Il en est dont la surface entière est couverte de dessins. Parmi ceux-ci la sculpture des deux côtés n’est pas toujours symétrique; mais, en général, il y a une correspondance à cet égard entre leur différentes parties. Geux d'une espèce d'Ornythomie qui s'attache au faisan doré, et qui ont l'aspect de la cire la plus pure, sont sillonnés par des stries longitudinales dont les intervalles sont occupés par des points enfoncés, ce qui leur donne lapparence d’un réseau. D’autres, tels que ceux du Satyrus Egeria, ont leur surface entière couverte de réticulations hexagonales. Un autre satyre ( S. kyperanthus) a les siens parsemés de petits grains ou tubercules trés-serrés. Ceux d’autres Lépidoptères, au nombre desquels sont la piéride du chou ( Pieris brassicæ) et la piéride de lalizier (2. cralægt),

in)

offrent des côtes longitudinales souvent réunies par des lignes élevées qui les coupent à angles droits. De petites écailles imbriquées couronnent ceux du Satyrus janira. Aïlleurs ces écailles sont remplacées par un duvet soyeux ou des poils plus ou moins longs. Les œufs d’une espèce de Pucerons qui nuit beaucoup au frêne nous offrent un exemple du premier cas, et un du second est fourni par ceux d’une espèce de punaise, assez commune dans nos environs ( Pentatoma junipera), qui sont réticulés avec des veines noires, dont chacune porte une soie très-courte. Les Hémiptères ne sont pas les seuls qui produisent des œufs ainsi velus; Sepp a figuré ceux d’un Lépidoptère ( Episema cæruleocephala), qui sont de même nature. Il nous serait facile de citer d’autres exemples du même genre, mais ceux-ci sufliront pour donner une idée de l'infinie variété que la nature a déployée dans les œufs des Insectes.

Il ne faut pas confondre avec les dessins ci-dessus les rides qu’ils présentent quelquefois au sortir du corps de la femelle. Malpighi, qui a observé ces dernières, pense qu'elles n'existent que dans ceux qui sont stériles. Il remarqua que ceux du ver-à-soie, qui avait l'apparence ordinaire, donnaient toujours des chenilles, tandis que ceux qui se ridaient avortaient constamment. D'un autre côté, Bonnet a observé le contraire sur les œufs d’un autre Lépidoptère, de sorte que ce point est encore douteux.

La couleur des œufs des Insectes est aussi variable que leur forme et leur scuipture. Le plus souvent ils sont blancs, mais on en trouve de toutes les nuances : de jaunes, comme ceux du ver-à-soic; d'orangés ,

OEUF. 43 comme ceux d'une Chrysomèle très-commune dans nos pays (Z'imarcha tenebricosa), de dorés, de rouge saneuin, de bleus, de verts, etc. Ils ne sont pas toujours également d’une seule couleur, mais quelquefois tachetés comme ceux des oiseaux; ceux du Bombyx potatoria en offrent un exemple. D'autres sont marqués de raies de diverses couleurs, tels que ceux du Lasiocampa quercifolia, qui sont entourés de trois zones brunes sur un fond bleu. Nous en donnons un, d'après Sepp, produit par un Lépidoptère qui nous est inconnu, et qui est brun avec un cercle blanc.

Suivant une observation de Kubhn (1), la fécondation influerait sur la couleur des œufs. Une femelle non fécondée de la Dicranura vinula , qui avait commencé à pondre des œufs mi-partis de jaune et de vert, ayant reçu les approches du mâle , en produisit, quelques instans après, d’autres d’un brun obscur. Quelques jours après la ponte, la plupart prennent une couleur différente de celle qu'ils avaient d’abord. Ceux du Stratyomis chamaæleon, de blancs deviennent verts, puis olives. Ceux du Puceron qui vit sur le frêne, et dont nous avons déjà parlé, sont d'abord couleur de souris, ensuite rougeûtres , et finissent par devenir d’un noir sale. Ceux du Cousin vulgaire, qui sont blancs immédiatement après la ponte, prennent peu après une teinte verdâtre ; quelques heures plus tard ils sont entièrement verts, et enfin deviennent gris. Nous citerons encore ceux du ver-à-soie, qui commencent par être Jaunes ou

(1) Naturforscher, tome XIIT, p. 229.

couleur de soufre, et prennent bientôt une teinte violette ; ainsi que ceux de l’Endremys versicolor, qui sont également couleur de soufre dans les premiers momens de la ponte, ensuite verts, puis roses, et enfin d’un noir obscur. Presque tous les œufs changent également de couleur lorsqu'ils sont sur le point d’éclore, mais ce changement provient plutôt de ce qu'on aperçoit à travers leur enveloppe la larve qu'ils contiennent, que d’une altération de leur substance même.

Quant à la taille des œufs, elle est généralement en rapport avec celle de linsecte qui les produit, quoiqu'il y ait des exemples de pelites espèces dont les œufs sont plus gros que ceux d'espèces plus grandes. Ainsi, ceux de lOrnithomyie, qui vit sur le faisan doré, sont presque aussi volumineux que f'insecte qui les met au Jour ; tandis que ceux de tous les Lépidoptères sont incomparablement plus petits. Il est probable que la taille des œufs dépend surtout àe leur nombre, et qu'elle est plus forte lorsqu'ils sont en petite quantité que dans le cas contraire. Le plus gros œuf connu , si toutefois ce n'est pas un étui analogue à celui des blattes décrit plus haut, est celui d’une espèce du genre Phasma, figuré dans les Transactions de la Société Linéenne de Londres (1), qui a cinq lignes de long sur trois de large; et qui égale ceux de certaines espèces d’oiseaux-mouches. Parmi ceux de nos contrées, nous en rencontrons rarement qui atteignent une ligne de diamètre , et la majeure partie sont infiniment plus petits. Ceux des Ephémères sont plus menus que les plus petits grains de sable; d’autres,

(1) Tome IV, PL. 18, fig. 4, 5.

OEUF. 45 tels que ceux des Lcpidoptères, dont les chenilles sont des mineuses , peuvent à peine être distingués à l'œil nu. Ordinairement les œufs pondus par une même femelle sont de la même taille; mais, dans quelques familles, ceux qui doivent produire des femelles l’emportent à cet égard sur ceux qui doivent donner naissance à des mâles. Suivant Swammerdam , il en serait ainsi pour les œufs de l'Oryctes nasicornis, et, d’après Gould, pour ceux des Fourmis. Comme dans un grand nombre de familles la femelle est plus forte que le mâle , il est probable que la loi en question s’étend à beaucoup d'œufs. Cependant , suivant Réaumur, le contraire aurait lieu pour ceux des #beilles.

Une circonstance non moins remarquable dans les œufs de beaucoup d'insectes, c'est l'augmentation de volume qu'ils acquièrent après la ponte. On l’observe surtout chez ceux des /chneumons , des Cynips et des Fourmis. Les premiers, qui sont ordinairement déposés dans la substance parenchymateuse des feuilles ou des jeunes tiges de diverses plantes, absorbent d’une manière inconnue, à travers leur enveloppe membraneuse, les fluides végétaux qui les entourent ; de sorte que, lorsqu'ils ont atteint tout leur développement , ils sont deux fois aussi volumineux qu'au moment de la ponte. Les œufs des autres animaux ovipares , excepté ceux des poissons, n'offrent rien d’analogue à ce fait singulier. C’est à M. P. Hubner que nous devons de connaître l’accroissement de ceux des fourmis. En les mesurant d'une manière rigoureuse , il trouva qu'au moment d’éclore ils étaient le double plus gros que lorsqu'ils venaient d’être pondus. Il existe dans Ray une observation analogue , sur les œufs de quelques Diptères de la famille des Tipulaires

Malgré l'opinion de Réaumur, qui semble admettre une absorption des fluides environnans, il est probable que l'accroissement a lieu par Îa distension de la membrane de l'œuf, qui se prête au développement de la larve , laquelle grossit à mesure qu’elle s’assimile le liquide qui remplit l'intérieur de l'œuf.

Il nous reste maintenant à étudier la composition extérieure et intérieure des œufs des Insectes. Comme ceux des oiseaux , ils présentent d’abord une enveloppe dont la nature varie suivant les familles et même les espèces. Chez celles qui déposent leurs œufs dans des lieux humides , tels que la terre, les excrémens , les substances animales, cette enveloppe consiste ordinairement en une membrane très-mince et transparente, qui permet de voir les changemens successifs qu'éprouve l'embryon. Quelquefois elle est d’une texture si délicate, qu’elle cède à la plus légère pression, et serait insuflisante pour empècher l’évaporation des fluides qu'elle contient , si les œufs étaient exposés à l’action de l'atmosphère. Tels sont ceux des Coléoptères, de la majeure partie des Orthoptères, Hémiptères, Hyménoptères, etc. Chez beaucoup de Lépidoptères, et quelques autres familles des autres ordres, cette enveloppe est beaucoup plus solide, surtout quand les œufs sont destinés à passer l'hiver exposés aux injures de la saison; ceux du Bombyx neustrie, par exemple, sont si durs, que le couteau a de la peine à les entamer; mais dans ceuxci même leur substance ressemble plus à de la corne, ou à une membrane rigide, qu'à la coquille des œufs des oiseaux. Leur composition n’a rieu de calcaire, et ils ne font pas, comme ces derniers, eflervescence avec les acides.

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