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L'ESTHÉTIQUE ET L'ENSEIGNEMENT

L'enseignement supérieur est exclusivement littéraire ; il n'y a pas de doctorat es arts. Jamais, depuis qu'existent l'Université et le Musée du Louvre, celle-ci n'a fait visite à celui-là : jamais, celui qui explique Sophocle et Pindare n'eut l'idée d'illustrer son cours par la vue des antiques ; non plus que le professeur d'histoire celle de conduire sa classe à Notre-Dame pour lui faire sentir le moyen âge.

Choses de métier ou d'agrément, les arts ne tiennent aucune place dans le programme officiel : on obtient les mandarinats, sans connaître le nom de Giotto ou de Robert de Luzarches.

Ruslun sera immortel pour avoir osé dire que le Beau appartient au

domaine sensible. L'esthète anglais formula une vérité riche de conséquences, devant un public sérieux, sinon docile; il parla d'une religion de la Beauté, conviant le peuple à des joies nouvelles, à des consolations inconnues encore ; au moment même où le clergé catholique laissait la foule sortir de son giron: et les dimanches matin, l'étranger trouve trois cents ouvriers devant la Joconde que leur commente quelqu'un, qui n'est pas le directeur des musées nationaux.

Ainsi, la culture esthétique, totalement inutile aux emplois de l'instruction publique et aux diverses carrières, n'existe que par l'effet d'un goût individuel.

Le Conseil municipal entretient quatre écoles d'art industriel où l'on n'enseigne que l'industrie; il en sort naturellement des artisans et non des artistes. Deux appellations rendront évidente l'erreur contemporaine :

« Ecole des Arts et Métiers » et « Monumentshistoriquea ».On forme plus communément un prêtre qu'un artiste. En tout cas, celui qui se des- ■ tine à la réalisation de la beauté diffère singulièrement de l'autre qui ne

se propose qu'un gagne-pain. Jusqu'ici, les officiels n'ont pas invoqué la raison esthétique pour sauver un monument. Est-ce faute de la sentir ou défiance de l'opinion, fermée à ce concept? Historiquement, le vieux pignon, la curieuse fontaine, le pan de mur romain ne signifient vraiment rien : ils ne valent que par leur beauté. Le jour où il existerait, en France, une rubrique des monuments esthétiques, la civilisation aurait fait un pasimmense. L'idée d'histoire évoque des études longues et difficiles, impossibles à la masse ; or, l'œuvre d'art a été faite pour les ignares, les illettrés, les simples et les pauvres, pour ceux qui n'ont pas le livre.

Il faut bien le dire, au risque de décourager des êtres sympathiques:

la lecture désordonnée de Michelet ou Nietzche ne produira pas le sens historique ou philosophique; et sans loisir personne ne parvientàla haute culture. Il en est autrement pour l'esthétique : là, se dévoile la supériorité populaire; là l'ingénuité plus voisine du génie que lepédantisme, à ses Parsifals qui comprennentpar compassion, selon l'étymologie du mot :

ils vibrent devant le chef-d'œuvre.

Cette vibrationest toute l'esthétique.

On entend bien que je n'évoque pas ici le Radeau de la Méduse, ni même le Saint Jérôme de Sigalon et que, sans blâmer le pathétique, je le subordonne à la beauté abstraite de la Sainte Anne ou de la Madone de la Victoire où il n'y a point d'autre sujet que la musique des âmes contre-pointée plastiquement. Ni le Laocoon, ni le Taureau Farnèse, trop dramatiques, ne vaudraient, comme critères de vibration. L'ouvrier se trouve dans une condition précieuse pour la sensation d'art, il ne sait rien, ni de l'artiste, ni du modèle, ni de l'époque; ou du moins ses notions vagues permettent à l'œuvre d'agir comme une apparition et de lui mettre sur le cœur son poids de mystère ! Les prêtres, qui n'entendent plus l'âme populaire, se figurent que YAntiope du Corrège agit comme nudité et la maîtresse du Titien, sexuellement 1 Erreur, les tableaux de la Renaissance, le Parnasse de Mantégna ou la Vierge de François /er, produisent uniformément un effet religieux. Le simple n'est pas un polisson et la Kermesse de Rubens l'assomme.

On se trouve forcé de choisir ses exemples dans la peinture, seul art un peu connu ; mais un enseignement esthétique devrait porter sur l'architecture qui fournit, pour chaque race, la synthèse des aspirations et des faits. Avec une douzaine de planches intelligemment commentées, on projetterait, sur un auditoire, la vision nette des grandes périodes.

L'Egypte, à Karnac, n'est-elle pas mieux exprimée que dans le poème de Pentaour ou le'Livre des Morts ?

La statue de Goudéa et le taureau ailé à face humaine ne sont-ils pas plus explicites que les briques aux formules de sorcellerie ? Le temple indien, fils de la Zigurrat ou tour à étages, sculpté par des hallucinés trop voyants pour réaliser la beauté réelle; et la pagode chinoise, absurde et raffinée, image d'une décadence immobile (si ces mots se peuvent suivre), ne traduisent-ils pas, ici la métaphysique aboutissant au cauchemar ; et là, un positivisme superstitieux.

La Grèce, si longtemps confondue avec Rome, par les écrivains, ne doit son autonomie, devant l'admiration humaine, qu'à ses arts. Pour un abbé

Barthélémy, Parlhénon, Panthéon forment des pendants et il n'y a pas beaucoup d'années que les photographes mettent au bas des statues « u'uvre grecque » au lieu de la rubrique antique qui englobait les Parques et le buste de Lucius Verus !

Bas-empire est l'épithète dernière du mépris, en matière d'histoire :

une vue intérieure de Sainte-Sophie modifie singulièrement les textes ; la coupole de Justinien élève à soixantecinq mètres sa splendeur incomparable et les mosaïques de Ravenne (puisque celles de Sainte-Sophie attendent sous un voile de chaux que les chrétiens retrouvent les sentiments de la Croisade) manifestent une civilisation vraiment féerique.

La nuit du moyen âge s'éclaire singulièrement par l'œuvre monu- •mentale: le fameux an mil se recommande par l'abondance de3 fondations et le zèle de continuations architecturales. Le trivium de cette période se compose de la Bible, du Miroir universel, par Jean de Beauvais et de la Légende Dorée. Qui se plaira aujourd'hui à l'encyclopédie du xiii8 siècle et aux récits ingénus du bienheureux Jacopo, tandis que

le bas-relief et le vitrail les reproduisent, transfigurant la mesquine zoologie en bestiaire et le conte pieux en tableau pathétique! Sans discuter le « Ceci tuera Cela » de Victor Hugo, il est évident que ceci, l'Art, a été, jusqu'à la Renaissance, l'expression majeure de l'humanité. Les trois derniers siècles seulement s'offrent à l'étude, sous la forme livresque. Cette proposition incontestable s'étend même jusqu'au Romantisme.

Au risque de mécontenter les spécialistes, Philippe de Champaigne ex- ; prime le jansénisme d'une façon très profonde; les Batailles d'Alexandre résistent à d'écrasants voisinages; et le portrait de Bossuet par Rigaud ferait une belle préface aux Oraisons funèbres. Qui ne préfère les petits peintres des fêtes galantes aux petits vers de Voltaire, de Parny et, à ne citer qu'un artiste du xix8, Delacroix n'est-il pas l'égal de Victor Hugo ?

Tandis que le second Empire s'honorait de Mérimée, Carpeaux retrouvait le génie florentin, dépassant de beaucoup de coudées la littérature d'alors.

Ce coup d'oeil, que chacun complétera selon son érudition, démontre

qu'aucune époque, pas même la nôtre, ne tient dans une bibliothèque et que le savant du livre, l'homme des textes, ignore les trois quarts des chefs-d'œuvre et la plupart des manifestations de l'esprit humain.

Constatation déplorable : la méthode actuelle puérilement analytique rend une culture supplémentaire écrasante, sinon impossible. On ne peut pas être pédant en vingt matières ; pour exercer la science en magister, il faut se spécialiser, s'emparer d'un burg dont on a numéroté les pierres et défier le passant.

L'immense domaine des arts du dessin ne comprend pas encore tout l'empire esthétique: l'homme a des oreilles. La volonté du Créateur propose au libre arbitre la spiritualisationdes sens, comme ascèse normale; il y a une beauté du son, il y a un art de l'ouïe. Dans la cathédrale, comme dans tous les temples, la prière fut un chant. L'hymne commence la poésie du Veda comme de YAvesta, et les odes de Pindare qui sont, en somme, des hymnes malgré leur sujet apparent, obéissaient à un rythme musical. Pythagore comme Fo-Hi assimilèrent la théologie à la

musique, au moins pour les premiers degrés de leur enseignement. Ils voyaient dans les lois de l'harmonie un écho de la Norme cosmique. Nos églises entendirent la prose liturgique s'élever jusqu'à Palestrina, sommet incomparable de l'art vocal, réalisation du vox populi, merveille tellement fabuleuse," que l'exécution, même avec les ressources actuelles, s'obtient malaisément. Le chœur antique sublimé par la messe du Pape Marcel s'incarna dan3 un instrument vraiment magique, l'orgue, dont l'orchestre actuel n'est, à tout prendre q îe l'individualisation selon les timbres. Mais le dernier venu parmi les arts produisit, sauf pour le chant, ses merveilles dans un pays secondaire sous les autres rapports : l'Allemagne enfanta la trinité musicale :

Bach, Beethoven et Wagner.

En définissant l'esthétique une vibration supérieure, je ne songeais pas à la musique qui est, par son mode d'action, le plus matériel des arts, attaquant la sensibilité des animaux eux-mêmes et les frappant de phénomènes magnétiques. Les femmes, confondant le cœur et les sens, s'extasient sur l'immatérialité de ce

qui les subjugue; et le caractère indéfini, qu'on traduit étourdiment par celui d'infini, explique comment tant de personnes du sexe, aveugles au dessin, vibrent aux caresses de l'onde sonore. Un homme prodigieux a conçu et réalisé la simultanéité de Shakespeare et de Beethoven, moins la grâce de l'un et la pureté de l'autre ; il a mêlé le drame et la symphonie avec une égale puissance de poète et de compositeur ; son double et surhumain génie a fait du théâtre le chef-d'œuvre absolu du xix° siècle, qu'il nommera certainement dans les manuels futurs.

L'Université de France soupçonnet-elle que la musique fait partie intégrale de l'éducation? Elle a des classes de solfège et de piano, mais le bachelier, et même le docteur es lettres, interrogé sur ce qui eut lieu en l'an 1565, répondrait que Marie Stuart épousa Darnley et non que la messe du Pape Marcel fut exécutée.

Apprendre à saboter un air en famille et à barbouiller des chrysanthèmes sur bristol constitue la culture artistique, dans nos mœurs actuelles. La jeune fille contemporaine blasphème l'harmonie et la

couleur pour sa vauité et celle des siens. Malgré l'acoustique du Trocadéro, on devrait donner aux écoliers des auditions qui leur révélassent ce monde enchanté de l'évocation musicale, par les œuvres sévères, Cantates et Passion de Bach, Symphonies de Beethoven. Que signifie, dans une époque démocratique, cette salle du Conservatoire où on ne pénètre qu'à la mort d'un abonné ! Deux grands concerts existent, mais qui n'ont point un caractère pédagogique,puisqu'ils donnent place aux contemporains et à la virtuosité. Ne pourrait-on opérer, pour la musique, une tentative semblable à celle de M. Bernheim ? Aux Gobelins, ou dans tout autre théâtre de quartier, la tragédie trouve un public avide et enthousiaste. Pourquoi M. Pugno ne viendrait-il pas jouer au peuple des sonates de Beethoven ? Pourquoi l'enseignement, sans toucher aux arts d'agrément (!), ne dévoilerait-il pas aux étudiants la beauté musicale ? Il suffit d'un pianiste pour qu'un lycéen apprenne que le fredon du frère aîné, et le tapotage de la sœur sont des grimaces et qu'il existe un art pour les oreilles.

Si le lecteur, rassemblant ses souvenirs, voulait bien chercher la justification de ces dires, il la trouverait en lui-même et ne prendrait plus l'esthétique pour une annexe des classes de philosophie, ou une idée propre à l'Académicien. La Beauté, sœur abstraite de la vérité et de la justice, comporte mille commentaires et suffit à baser un système complet de théodicée et de morale. Dieu le Beau, ou Dieu le Bien, ou Dieu le vrai, se conçoit à l'égal des autres aspects séphirotiques. Mais l'individualisme seul se plaira à ces spéculations ; et l'esthétique, susceptible d'amplifications transcendantales, comme la religion, est une chose pratique, réelle, et j'ajouterai, usuelle.

Que la Sainte-Chapelle ait été conçue par Pierre de Montereau sous Saint Louis, ou non, son effet de bijou architectonique dépend-il de sa date ? Qui est Vhomme au gantl Si on ignorait le nom du peintre, l'œuvre serait-elle moins admirable ?

Comprendre, prétention toute moderne et absurde. L'esthétique sent.

Ohl je me figure l'ennui des privilégiés, des docteurs, à cet élargissement de la symbolique salle du Con-

servatoire. La Beauté échappant aux professeurs, et nue de commentaires, se donnant, en une promiscuité sublime, à qui la désire, comme la Divinité ! Voilà cependant le cours de l'évolution : et les gens de bonne volonté y aideront tous, pour le perfectionnement humain. Le Moyen Age appelait les .sculptures de ses porches, et les peintures de ses vitraux, la Bible du peuple ! Mon Dieu ! qu'on reprendrait, sans le respect humain, le mot de Lahruyère et qu'entre le prône du curé et la statuette médiévale, on dirait aussi:

« je suis peuple ». A un office de la chapelle Sixtine,ce n'est pas le Sacré Collège qui soutient le prestige séculaire, c'est Michel-Ange et Mustapha le dernier maître du chant que l'abbé Perosi a renvoyé, pour les aises de ses théâtrales compositions.

Sans érudition, sans instruction même, on peut sentir la beauté. Les formes et les sons composent la langue universelle, que tout homme entend,par le seul fait qu'il est homme.

Cependant, il faut une éducation pour voir et pour entendre. Personne ne se plaira, sans effort, au Clavecin bien tempéré et à l'Ecole d'Athènes,

et surtout de prime abord. On apprend à sentir et l'esthétique véritable n'a point d'autre but. La méthode se résume en un point : commencer par les chefs-d'œuvre consacrés. La Symphonie fantastique de Berlioz, les Caprichos de Goya, ne sont pas des œuvres d'initiation, mais la Cantate pour tous les temps, et la Madone de S. Sixte conviennent à la formation du goût.

Le goût lui-même n'est qu'une habitude de sensibilité qui se réjouit devant la sublimité et souffre, s'effare et fuit en présence de la laideur. De nos jours l'éclectisme règne, c'està-dire que l'on se force à admettre les choses les plus disparates, pour prouver l'étendue de sa compréhension. Oui, l'amateur, tel qu'on le conçoit, promène son enthousiasme d'un dessin de Léonard à une araignée japonaise, et des métopes aux kakémonos ; il adore Mozart et apprécie Mascagni ; c'est l'homme au courant et dans le train artistique, Philinte du goût qui rit au Palais- Royal, rêve aux danses javanaises, et ne refuse pas aux nègres son attention, offerte même aux grimaces du singe.

Celui qui porte, sur sa feuille militaire, la mention ne sait ni lire, ni écrire, peut devenir un esthète :

car les tours de Notre-Dame, les chœurs de la Neuvième et les nymphes de Goujon n'ont rien à faire avec l'imprimerie : mais l'autre, l'éclectique, véritable barbare, malgré qu'il incarne la fin des civilisations, obéit à une curiosité de sauvage et non à la sainte recherche, à cette queste où tous peuvent être chevaliers : la dévotion à la Beauté. Le sentiment esthétique implique, en même temps qu'une attraction versj-les splendeurs, une répulsion en face du monstrueux, du difforme ou même du médiocre; et rien n'empêchera cette attraction d'être égale à cette répulsion. On aime un objet dans la proportion ou on déteste son contraire : il faut haïr la laideur pour sentir la beauté.

Vainement celui qui supporte le café-concert et le vaudeville ira vers Bach et Sophocle. La vertu de l'esthète ressemble à celle de la femme:

il faut choisir entre l'honnêteté ou la galanterie ; il faut aller à droite, avec les élus ou à gauche parmi les réprouvés.

La plupart ne savent pas, en esthétique, distinguer leur droite de leur gauche, et sont au parcours d'un salon annuel, ou à l'audition d'un concert du dimanche, comme des gars du Finistère à leur arrivée au corps. Le devoir des enseignants consiste donc à montrer les modèles, que le suffrage des siècles rend incontestables, et met à l'abri des fluctuations du goût. Il ne s'agit pas de cours supplémentaire, ni de fonder des chaires nouvelles : le professeur de philosophie doit étudier l'architecture, et découvrir comment tel dogme nécessite tel temple. Car celui qui croirait qu'un monument sort comme un tableau de l'individualisme, serait ignare. Ictinos, ainsi que Bramante, réalise l'âme de son temps : et pour exemple bref et banal, la prédominance de l'horizontale dans le temple grec, et de la verticale dans la cathédrale gothique manifestent, aussi clairement que des mots, l'orientation anthropomorphique des Hellènes, et la projection de l'âme chrétienne vers le ciel. Les basiliques sont des anciens testaments, comme les mosquées sont des korans et les églises, des évangiles. La re-

cherche des relations entre les formes et les idées m'a permis de retrouver le véritable Saint Sépulcre. Malgré les modifications musulmanes, la prétendue mosquée d'Omar est l'Anastasis de Constantin.

Ce simple fait que le temple de Salomon fut une œuvre phénicienne, ne contient-il pas" un avertissement impérieux, que la race assimilatrice par excellence a dû emprunter ses idées comme ses formes et que le commencement de la Genèse et la Kabbale sont d'habiles pastiches et non des productions hébraïques ?

Le professeur d'histoire, au lieu de peser des témoignages toujours passionnés, pour juger les grands personnages, regardera et montrera à ses élèves, des portraits. Est-ce que chaque auteur classique ne devrait pas figurer lui-même en tête des textes ? Quel avant-propos d'OEdipe, sinon la statue de Sophocle, et pour les Memorabilia quelle phrase vaudra le buste de Socrate ? Raphaël a donné la meilleure psychologie de Léon X et de Jules II ! Juxtaposer les têtes de François Ier et de Charles-Quint, comme celles de César et de Pompée, n'est-ce pas rendre sen-

sible le conflit de ces individualités ?

On multiplierait les exemples, indéfiniment. 11 résulte de cet aperçu que l'esthétique représente la moitié au moins du génie de l'espèce; qu'on aborde son domaine sans étude préalable et qu'elle complète, éclaircit et vivifie les belles lettres, depuis la théologie et l'histoire, jusqu'aupoème et au roman.

Dégagée de l'appareil pédantesque, elle met l'homme ingénu en contact avec les plus radieuses créations et rétablit l'avantage en faveur de l'inspiration, sacrifiée jusqu'ici à l'exercice de la mémoire.

La langue des formes constitue la communion des âmes '.c'est vraiment d'elle que parle la Genèse en disant:

« Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots.» L'enseignement supérieur cherche en vain à se passer d'esthétique. Quant à la multitude des travailleurs manuels qui mourra fatalement sans avoir lu Hésiode et Pindare, ni compris Dante ou Goethe, elle peut du moins sentir Phidias et Praxitèle et regarder l'enfer et le paradis du parvis et de la fresque. La vérité sert d'enseigne aux marchands d'orviétan, la justice n

vaut souvent qu'en manière de convention nécessaire; seule, la beauté ne trompe pas ; elle a le soleil pour sublime témoin.

Voilà pourquoi l'esthétique fera, un jour, partie intégrante de l'enseignement à tous les degrés, et même tiendra lieu de tout enseignement, comme on l'a vu dans l'antiquité et au moyen âge. Puissent les détenteurs de l'instruction littéraire reconnaître que les arts ont une mission vraiment démocratique ! Le pédagogue du xxie siècle dira, à l'imitation du Divin Maître « Venez, voyez, et entendez ! »

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