‹ Introduction à l'esthétique: les méthodes de l'esthétique, beauté naturelleChapitre 2 sur 97 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

sée dans le vide : une « pensée de la pensée », eût dit Aristote, — qui ne permettait ce luxe qu'à Dieu I De même, toutes les innombrables formes du mysticisme esthétique ont fait de Tétude du beau une rêverie en dehors des faits, étrangère et même parfois hostile aux deux grandes formes que revêt l'examen méthodique de ces faits : l'histoire et la critique.

Or ces trois disciplines ne peuvent légitimement vivre l'une sans l'autre. Lorsqu'un critique littéraire nous parle de l'Avare ou à' Œdipe-roi^ dès qu'il avance une assertion générale sur le genre d'esprit des grands comiques ou sur le problème de la tragédie, il fait de l'esthétique sans le savoir, — et aussi en le sachant. Et lorsqu'un esthéticien réfléchit sur la beauté comique ou tragique en général, comment n'aurait-il pas présents à Tesprit des cas particuliers comme l'Amre ou V Œdipe ^ sous peine d'arbitraire fantaisie ou d'abstraction scolastique ? « La meilleure théorie de l'art, disait avec raison le vieux La Harpe, sera toujours l'analyse des chefs-d'œuvre. »

Ainsi, critique ou esthéticien prennent éga- ' objet, — immédiat chez l'un,

PHILOSOPHIE DE LA GRinQUB d'aRT III

moins prochain chez l'autre, — quelque œuvre d'art donnée, et tous les deux ont sur elle les mêmes points de vue : ils l'expliquent d'abord, la jugent ensuite. Seulement l'un s'attache plutôt aux idées générales, l'autre plutôt aux faits particuliers. Entre leurs deux manières de voir, il n'y a donc qu'une nuance de degrés dans l'abstraction, non une différence d'espèce dans la nature de la pensée.

Tous les deux enfin n'ont pas sur chaque (Buvre de points de vue plus sûrs que ceux de Vhistoîre. Pour l'expliquer et la juger, ils la considèrent nécessairement comme un fragment de cette histoire, c'est-à-dire comme un fait représentatif, comme un moment d'une évolution collective. Voilà l'arsenal où la critique comme l'esthétique puisent également leurs armes. L'histoire de l'art de son côté implique un choix des œuvres significatives, donc une critique préalable, et par là une esthétique virtuelle.

On n'isole chacun de ces trois points de

vue que par abstraction. Et cette abstraction

est d'ailleurs parfaitement légitime, pourvu

qu'elle se reconnaisse et se donne comme telle.

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