‹ Introduction à l'esthétique: les méthodes de l'esthétique, beauté naturelleChapitre 37 sur 97 · L*IDÉE DE VALEUR · texte numérisé non relu

L*IDÉE DE VALEUR

particulières, c'est-à-dire appliquées spécialement à une école ou bien à une œuvre déterminées, c'est la critique d'art. On se place à son point de vue normatif, qu'on le veuille ou non, toutes les fois qu'on juge une œuvre belle ou laide. C'est en rétrécir la portée que de la restreindre à l'éloge ou au blâme : autant dire à une distribution de bons ou de mauvais points, et à l'étalage d'exemples à copier. Sa fonction la plus caractéristique n'est pas de sanctionner, mais déjuger ; c'est de dresser une échelle de valeurs, de mettre une hiérarchie dans nos opinions, et non de proclamer d'une façon définitive et indiscutable qu'on ne saurait juger autrement d'autres faits esthétiques, ou les mêmes faits dans d'autres conditions. En d'autres termes, une norme n'est pas forcément absolue; et pour être relative (ce qu'implique d'ailleurs par définition l'idée même de valeur) elle ne cesse pas d'être une norme.

Tels sont les trois degrés d'abstraction que l'on doit distinguer dans l'étude d'un fait esthétique. Ils s'impliquent étroitement l'un l'autre ; parce que le fait esthétique n'est pas Texistence brute d'un objet : c'est le jugement que nous portons sur lui. Dès lors il n'y a point d'esthétique sans histoire de l'art : car de quels faits extrairait-elle ses idées générales ou ses hypothèses ? Et il n'y a point d'histoire de l'art sans esthétique : car le choix des faits « historiques » parmi les autres, implique

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déjà que pour les décrire on les a jugés significatifs. On les loge donc plus ou moins implicitement dans une hiérarchie de valeurs. Et peu importe ici qu'on la tienne pour subjective ou variable : au moment où on l'applique elle a le caractère, absolu en un sens, de tout ce qui est : elle devient ellemême un fait. Enfin il n'y a pas d'apprentissage qui ne suppose, en droit, à la fois une connaissance dé la théorie désintéressée et des différences de valeurs ; connaissance d'ailleurs plus subconsciente, instinctive ou habituelle, que réfléchie et cherchée.

Ainsi une esthétique vraiment complète suppose les trois fonctions que l'on retrouve dans Tétude intégrale de tout fait. Mais tantôt Tune, tantôt l'autre prédomine : les anciens esthéticiens ou cri-j tiques d'art ont toujours pratiqué surtout le jugement et les préceptes; les écoles, renseignement et les recettes; enfin l'esthétique moderne se tourne parfois, par une lassitude ou une réaction sans doute excessives, vers la description ou l'explication pures et simples : elle renonce alors à être normative.

Toutefois cette gageure est intenable. C'est l'œuvre de Taine qui manifeste cette tendance au plus haut degré. Il est instructif de montrer par son exemple comment un théoricien devient malgré lui un jugé ; comment l'explication se prolonge, quoi qu'on en ait, en échelle de valeurs, et par là en préceptes ; comment elle les réclame d'elle-même pour se compléter, pour se réaliser plus entière.

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