Ibid., II, p. XI
a08 l'impressionnisme et le dogmatisme
raire d'Anatole France. Ce paragraphe-ci, elle n'est plus rien. Il existe une logique de Tinconséquence. C'est précisément l'impressionnisme).
a En matière d^esthétique, poursuit France, tu redouteras les sophismes, surtout quand ils seront beaux, et il s'en trouve d'admirables ». (L'impressionnisme, par exemple?) <c Tu n'en croiras pas même l'esprit mathématique, si parfait, si sublime, mais d'une telle délicatesse que cette machine ne peut travailler que dans le vide, et qu'un grain de sable dans les rouages sufBt à les fausser. »
En vain essaierait-on de fonder la théorie de l'art sur certaines sciences déjà acquises. «L'esthétique ne repose sur rien de solide. C*est un château en Tair. On veut l'appuyer sur l'éthique. Mais il n'y a pas d'éthique. Il n'y a pas de sociologie. Il n'y a pas non plus de biologie. »
Lors donc qu'on nous parle de l'avenir de l'esthétique, ou de l'esthétique de Tavenir, l'imagination peut se jouer agréablement. <c Quand la biologie sera constituée, c'est-à-dire dans quelques millions d'années, on pourra peut-être construire une sociologie. Ce sera l'affaire d'un grand nombre de siècles ; après quoi, il sera loisible de créer sur des bases solides une science esthétique. Mais alors notre planète sera bien vieille et touchera aux termes de ses destins. » ^
4. Vie Littéraire, Série IV, p. v. — Voir : Jarrfin d'Epicure, p. 213-
LES THÈSES DE l'iHPRESSIONNISME 209
Plus pratiquement, les dogmatiques invoquent volontiers une autorité autrement présente et posi* tive . Mais que vaut-elle ? — « Pour fonder la critique, on parle de tradition et de consentement universel. Il n'y en a pas. L'opinion, presque générale il est vrai, favorise certaines œuvres. Mais c'est en vertu d'un préjugé, et nullement par choix et par l'effet d'une préférence spontanée. Les œuvres que tout le monde admire sont celles que personne n'examine» On les reçoit comme un fardeau précieux, qu'on passe à d'autres sans y regarder. Croyezvous vraiment qu'il y ait beaucoup de liberté dans l'approbation que nous donnons aux classiques grecs, latins, et même aux classiques français ? » ^
Il faut éviter cette illusion, tantôt imbécile et tantôt candide, suivant qu'elle émane d'un sot ou d'un artiste, auxquels elle est trop souvent commune, mais toujours grossiëre et dangereuse. « Si la race future gardait quelque mémoire de notre nom ou de nos écrits, nous pouvons prévoir qu'elle ne goûterait notre pensée que par ce travail ingénieux de faux-sens et de contre-sens qui seul perpétue les ouvrages du génie à travers les âges. La longue durée des chefs-d'œuvre est assurée au prix d'aventure» intellectuelles tout à fait pitoyables, dans lesquelles le coq-à-l'âne des cuistres prête la main aux calembours ingénus des âmes artistes.