‹ Introduction à l'esthétique: les méthodes de l'esthétique, beauté naturelleChapitre 57 sur 97 · Vie Littéraire, Série III, p. xvii-xvm · texte numérisé non relu

Vie Littéraire, Série III, p. xvii-xvm

LES THÈSES DE l'iBIPRESSIONNISME 2f3

ne saurait trop espérer, et dont Anatole France lui-même au fond, et comme Renan son maître, n'a garde de désespérer. Seulement, à l'attitude ingrate et rébarbative du prophète ils préfèrent jtôus les deux le tour d'esprit plus séduisant du conteur de mythes; et comme il arrive chez Platon, il faut parfois prendre leurs mythes au sérieux : ils sont même la partie la plus sérieuse de leur philosophie ; et c'est quand ils plaisantent qu'il faut les croire. Il y a de fortes chances pour qu41s aient au fond toute foi dans un avenir qu'ils commencent par railler, pour se donner plus de droits à l'attendre sans mécomptes.

Jules Lemaître s'est toujours refusé, à l'encontre de Brunetière, à distinguer entre aimet» et juger, se plaire à une œuvre, et Testimer belle. Il ne présente au public que « des impressions sincères notées avec soin* ». Il déflnit la critique : « un art de jouir des livres, et d'enrichir et d'affiner par eux ses sensations^ ». Et il estime que, notre tempérament et nos goûts changeant avec l'âge et les circonstances, pour être sincères ces impressions ou sensations doivent être changeantes aussi, et par suite rejeter toute règle, toute méthode invariable. « Aimons les livres qui nous plaisent, sans nous

1. J. Lemaître, Les Contemporains, Série I, p. 5. t. Ibid., Série lU, p. 334.

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soucier des classifications et des doctrines , et en convenant avec nous-mêmes que notre impression d'aujourd'hui n'engagera point celle de demain/ »

Ne dirait-on pas de ce philosophe antique, qui nous fixait comme unique but le plaisir présent, et nous interdisait, dit-on, ou nous conseillait de ne pas le gâter même par le souvenir des plaisirs passés, qui est un regret, ou la préparation des plaisirs futurs, qui est un souci? Comme si nous pouvions n'être pas solidaires de nous-mêmes, et vivre en dehors de la continuité du temps !

Jules Lemaître reste pourtant persuadé qu'il en est ainsi pour tous les hommes, et même pour les plus dogmatiques, bien qu'ils croient eux-mêmes le contraire. « Est-ce ma faute à moi, si j'aime mieux rélire un chapitre de M. Renan qu'un sermon de Bossuet, le Nabab que la Princesse de Clèves^ et telle comédie de Meilhac et Halévy qu'une comédie même de Molière ? Bien ne prévaut contre ces impressions plus fortes que tout, qui tiennent à la nature même de l'esprit et au tempérament. Et c'est pourquoi je ne trouve point à redire à celle de M. Brunetiëre. Seulement qu'il soit établi, encore une fois, que ses « principes » ne sont aussi que des préférences personnelles'.

L'impressionnisme n'est donc pas seulement une

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