LE DOGMATISME PES IMPRESSIONNISTES
singulièrement abusif : en fait de goût» tout le monde est sincère : le pédant en enseignant de vieilles recettes (puisqu'il les respecte), comme le bourgeois en suivant la mode, comme Testhète en s'en dégageant. Les pires contresens sont les plus convaincus. La sincérité n'est jamais une excuse, ni un argument. Autant vaudrait accuser d'un seul coup tous les dogmatistes d'hypocrisie ! Leurs jugements à eux ne seraient-ils donc pas aussi personnels, aussi sincères que les autres, quelle que soit d'ailleurs leur portée ? Il y a quelque injustice à soupçonner de probes ouvriers, et cela précisément dans la mesure où ils affirment le plus ouvertement leurs convictions, et parce qu'ils les affirment.
Les impressionnistes n'ont peut-être pas le droit de tenir leurs adversaires à si grande distance. En fait, ces fantaisistes plus qu'individualistes non seulement jugent, et parfois sévèrement, mais ils se trouvent assez souvent d'accord entre eux dans leurs jugements, et même, qui plus est, d'accord avec les dogmatiques les plus décidés : qu'on se rappelle seulement les réquisitoires tout semblables de France et de Lemaître contre Ohnet, ou des deux et de Brune tière contre Zola *.
1. Voir sur Ohnet :*A. France, Vie LUtéraire, Série II, p. 56-64 : — - J. Lemaître, Contemporains, Série I, p. 337-355. — Sur Zola : A. France, Série I, p. 75, 233; II, 196, 287, etc. ; — J. Lemaître, Série I, p. 253, 282, etc. ; — F. Brunetière, Roman naturaliste, p. 18 (1875), 155, 320 (i882), 346, 350 (1887), etc.