‹ Introduction à l'esthétique: les méthodes de l'esthétique, beauté naturelleChapitre 66 sur 97 · H. Poincaré, La Valeur de la science, 1904, p · texte numérisé non relu

H. Poincaré, La Valeur de la science, 1904, p

RAISONS d'être de l'iMPRESSIONNISME 239

ne sauraient être conçus en dehors (fun esprit qui les conçoit ou qui les sent. Mais ils sont néanmoins objectifs parce qu'ils sont, deviendront ou resteront communs à tous les êtres pensants ^ »

Dira-t-on que précisément cette universalité absolue des apparences n'est jamais réalisée dans l'esthétique, pour laquelle s'il n'y a qu'apparence en effet, il n'y a jamais universalité ? Mais elle ne l'est non plus dans aucune science. La science n'est qu'un moyen de représentation, un ensemble de symboles, dont toute la valeur est d'être plus com-^ modes que d'autres. Cette commodité ne saurait être ni plus ni moins universelle que l'agrément esthétique ; car qu'est-ce donc qu'une commodité absolue, et la même pour tous les individus, pour les temps et les milieux les plus divers ? Elle ne peut que présenter une infinité de degrés et de qualités diverses^ sans jamais atteindre la limite inconnaissable vers laquelle nous disons qu'elle tend, et qui serait la « réalité »> 1' « absolu », la « chose en soi » des dogmatiques.

C'est pourquoi ce n'est pas seulement à la science, mais à l'esthétique, — toutes nuances gardées, — que s'appliquent encore ces mots de Poincaré. « On dira que la science n'est qu'une classification, et qu'une classification ne peut être vraie, mais commode. Mais il est vrai qu'elle est com-

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mode, il est vrai qu'elle Test non seuIemeBt fout moi, mais pour tous les hommes ; il est vrai quà restera commode pour nos descendants; ilesl\T!^i enfin que cela ne peut pas être par hasard '. 9

Le dogmatisme esthétique le plus décidé, h^ qn*il est bien compris, ne demande pas davantage l'objectivité de ses lois n'est que )a généra d'impressions individuelles; et cette généralité ne saurait atteindre l'universalité absolue, parce qu'une classification commode d^împressions est en évolution perpétuelle, qu'on peut toujours en souhaiter une encore plus commode, et que nos voisins, ou nos descendants, en trouvent ou en trouveront de mieux adaptées aux besoins de leurs esprits : point par point, le relativisme scientifique et le relativisme esthétique se correspondent, bien que les nuances qui les distinguent soient infinies ; ce qui est le propre de toutes les nuances au monde. Et l'esthéticien , comme le savant, répugnera à nommer hasard la commodité de ses hypothèses. Il osera donc parler, lui aussi, de lois. Il pourra, il devra le faire, sans présomption, simplement parce qu'il comprend ce que c'est que « la valeur de la science », même dans Tart !

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