Taine, Histoire de la littérature anglaise, t. î, p
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tant, qui est celui de son auteur. » Qu'il étende son examen à la vie, aux opinions, aux manières d'agir de Tauteur lui-même, et leç résume en quelques formules : « il verra que ses sept ou huit formules dépendent les premières des autres ; que, la première étant donnée, les autres ne pouvaient être différentes;... qu'elles forment un système comme un corps organisée »
Dans ce corps organisé on retrouve toutes les lois de dépendance et de conditionnement réciproques qui règlent la classification ou révolution des organismes vivants : loi de connexion des caractères, de Cuvier ; loi de balancement orga*nique, de Geoffroy Saint-Hilaire ; principe de la subordination des caractères, commun à tous les classificateurs, depuis Jussieu et Linné ; hypothèses de Darwin sur la sélection naturelle. «Il suit de là qu'une carrière semblable à celle des sciences naturelles est ouverte aux sciences morales ^ »
Ainsi rindividualité n'est nullement absente de l'œuvre esthétique de Taine, comme on Ta trop souvent prétendu : ce qui ferait en son système une lacune ruineuse. Seulement, cette lacune n'est comblée que par une nouvelle méthode, dont le caractère le plus apparent est d'être moins inductive que déductive, et le plus profond d'être inté-
4. Taine, Essais, 8» édit., 4900, Préface, p. viii-x. 2. Ibid.f p. xxvi-xxxi.
rieure, tandis que rexplication par le milieu est extérieure au phénomène étudié. L'une est mé" caniste^ et n'invoque que des forces brutales sans orientation préétablie ; Tautre suppose une solidarité, une finalité interne dans tout organisme.
Pour bien comprendre comment cette nouvelle méthode n'est d'ailleurs pas étrangère à Tesprit de Taine, il faut se rappeler les tendances Spinozistes et Hégéliennes qui n'ont jamais cessé d'être les hypothèses directrices, les « idées a priori »} comme parle Claude Bernard, de cet observateur, de cet empiriste systématique, si Ton peut dire, au milieu même de ses observations expérimentales : ce qui d'ailleurs n'a au fond rien d'incompatible.
Il est facile de concevoir maintenant comment ce déterminisme méthodiquement organisé aboutit à un dogmatisme relativiste*
Taine croit fermement qu'il y a, en fait, une vérité esthétique ; il existe dans l'histoire de l'art des jugements inébranlables et acquis, non pas seulement en vertu de sa méthode personnelle, mais par le jeu normal des générations qui forment l'opinion commune et distribuent la gloire, c'est-à-dire la (c sanction diffuse » de Tart, comme dirait un sociologue de l'école de M. Durkheim, et même sa «sanction organisée », c'est-à-dire administrée par un groupe déterminé dont c'est la fonction, puisque
les jugements des critiques d'art accrédités font partie intégrante de cette opinion générale.
ce Ces jugements définitifs que la postérité prononce justifient leur autorité par la façon dont ils sont rendus. D'abord les contemporains de l'artiste se sont réunis pour le juger, et cette opinion, à laquelle tant d'esprits, de tempéraments et d'éducations différentes ont concouru, est considérable, parce que les insuffisances de chaque goût individuel ont été comblées par les diversités des autres goûts ; les préjugés, en se combattant, se balancent, et cette compensation mutuelle et continue amène peu à peu l'opinion finale plus près de la vérité. Cela fait, un autre siècle a commencé, muni d'un esprit nouveau, puis, après celui-ci, un autre; chacun d'eux a révisé le procès pendant ; chacun d*eux l'a révisé à son point de vue ; ce sont là autant de rectifications profondes et de confirmations puissantes. Quand l'œuvre, après avoir ainsi passé de tribunaux en tribunaux, en sort qualifiée de la même manière et que les juges, échelonnés sur toute la ligne des siècles, s'accordent en un même arrêt, il est probable que la sentence est vraie *. »
Quant à la méthode propre de Taine, elle fournit des critériums que nous avons analysés, et qui sont parfaitement scientifiques, puisqu'ils sont sus-