Évolution des Genres, p. 41-43, etc
travers ses divers styles ? La peinture moderne a été d'abord religieuse, jusqu'à la fin du Moyen Age ; mythologique à la Renaissance ; puis historique ; de cet état s'est détachée successivement la peinture de portraits^ puis de g^ire, enfin Tart des animaliers^ le paysage^ la nature morte. Chacun de ces genres est le démembrement et le développement des précédents, en vertu d une succession, ou mieux d'une génération, c'est-à-dire d'un lien plus continu, plus interne, et qui ne semble pas pouvoir être fortuit.
Voici maintenant l'évolution plus restreinte d'un genre, lie roman français est né des épopées ou chansons de geste^ d'où sortent (ainsi que d'autre part les mémoires et l'histoire) les romans (Taoen^ turesy comme le cycle merveilleux de la Table Ronde, le roman épique et à demi historique du début du xvn® siècle, puis le roman de mœurs : mœurs générales d'abord ; plus tard mœurs intimes; plus récemment mœurs exotiques.
L'évolution aujourd'hui éteinte de la tragédie française du xvi® au xix* siècle nous montrerait, en un cycle fermé, la façon dont un genre naît, grandit, atteint sa perfection, décline et enfin meurt.
La brusque floraison du lyrisme, en apparence spontanée et non préparée, et comme à l'état adulte dès sa naissance, n'est en réalité, chez nos romantiques, qu'un héritage de l'éloquence de la chaire au xvn® siècle; elle montre comment un
genre se transforme en un autre» Ce miracle apparent n'est que la réapparition à la surface d'un courant d'idées ou de sentiments collectifs^ resté quelque temps souterrain. L'histoire du roman enseigne « commenty quand le temps en est venu, un genre se forme des débris de plusieurs autres^ ».
Ici se pose un problème capital : car la possibilité même de la méthode en dépend. Quel rôle joue, dans l'évolution, la personnalité de chaque grand homme ?
L'individualité des artistes, répond Brunetière, n'est elle-même qu'un moyen de réalisation, une partie intégrante des lois intérieures et extérieures de l'évolution des genres. Elle est l'accident utile, la variation favorable admise par Darwin à l'origine de toute phase de l'évolution *. (On ajouterait aujourd'hui, avec De Vries et tant d'autres, la « mutation » créatrice.)
De là découlent deux effets très différents. Par exemple la réforme de Malherbe dépasse de beaucoup sa personnalité assez médiocre. C'est pourquoi les conditions du milieu l'emportèrent au XVII® siècle : le lyrisme se transforma en éloquence. Au contraire, plus tard, avec le génie authentique de Rousseau, l'éloquence se transforma en lyrisme