‹ Introduction à l'esthétique: les méthodes de l'esthétique, beauté naturelleChapitre 97 sur 97 · G. Lanson, ibid., p · texte numérisé non relu

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Il ne reste plus qu'à distinguer dans ces réalités objectives, comme dans toutes les autres, celles qui sont bien organisées, stables et résistantes, et que Ton appelle pour cela vraies; et celles que Ton convient d'appeler illusoires ou fausses, parce qu'elles sont plus variables, moins solidement organisées et dans un milieu plus mal défini ou plus instable. Ainsi Timpression du moment n'a que peu d'autorité pour l'individu, comme la mode du jour pour la société. Mais elle en acquiert dans la mesure où d'autres impressions viennent la vérifier peu à peu, et où par conséquent elle est consacrée et devient traditionnelle, au moins dans un milieu donné.

N'en est-il pas de même pour toute autre sorte de valeur, scientifique ou morale par exemple? l]ne hypothèse ou une impulsion du cœur, ont-elles d'autres critériums de valeur que la vérification par les sens, la raison ou la conscience d'autrui, faute de quoi rien ne nous garantit que nous ne sommes pas dans une illusion, comme il arrive dans tout rêve ou toute suggestion, faute d'un contrôle extérieur à notre conscience ?

C'est ce qui fait la part très réelle de vérité qu'il y a dans le vieux dogmatisme traditionaliste, sous cette réserve capitale, que seul un relativisme intégral et bien informé échappe au reproche de se faire la tradition qu'il veut, parmi toutes les traditions possibles et réelles : c'est-à-dire de subor-

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donner arbitrairement la tradition à son goût personnel, pour le plaisir de le justifier après coup. <c Les vraiment belles choses, dit Sainte-Beuve, paraissent de plus en plus telles en s'avançant dans la vie et à mesure qu'on a plus comparé. » Bien de mieux que les sentiers pour Tenfance et Tadolescence, disait-il encore ; mais il faut tôt ou tard passer, comme tout ce qui compte y a passé, par les grands chemins, c'est-à-dire par « les admirations légitimes et consacrées^ ».

Boileau indiquait encore le vrai point de vue lorsqu'il disait des anciens : « En réalité, Testime que Ton fait d'eux ne se règle point par le temps qu'il y a que leurs ouvrages durent, mais par le temps qu'il y a qu'on les admire* ».

En définitive, la valeur esthétique d'une œuvre n'est pas ; elle devient y elle se fait, elle vit ou meurt perpétuellement. Elle n'est, dans l'individu qui la pense, que la manifestation d'une pression exercée par un milieu social : vraie aux yeux du public qui r impose actuellement; illusoire ou simplement vraisemblable, si elle ne se fonde, chez l'individu qui la pense, que sur la représentation d'un public idéal, possible» futur ou même passé. Mais dans tous les cas, il n'y a valeur que s'il y a représentation d'un public. En dehors, il y a plaisir,

1. Sainte-Beuve, De la Tradition en Littérature : Caitseries du Lundi, t. VI. — Portraits littéraires, 1844, t. I, p. 465.

2. Boileau, Vil* Réflexion critique sur Longin. Introduction a l'icithétique. 22

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attrait, caprice individuel, conviction, volonté réfléchie, tout ce que Ton voudra, et qui peut être fort intense, très conforme à notre nature et même irrésistible, comme la pente de la moindre résistance ; mais il n'y a pas ce sentiment spécial d'une obligation, d'une autorité qui nous dépasse, d'un idéal à conquérir qui nous résiste, auquel nous nous subordonnons et nous sacrifions au besoin, qui nous tire hors de nous et au-dessus de nous, en exprimant d'ailleurs de notre nature personnelle ce qu'elle a de meilleur, ce qui la fait se dépasser ellemême.

L'universalité prétendue des dogmatiques absolus, l'unité de nature d'êtres personnels, c'est-àdire par définition sans commune mesure entre eux, cette chimère antinomique des individualistes, devient donc pour le relativisme bien compris une généralité organisée, sanctionnée, socialisée. L'absence d'exceptions n'a rien de respectable par ellemême. C'est l'organisation et la solidarité qui fournissent seules les sources d'un sentiment impératif, c'est-à-dire d'une valeur.

La conclusion de notre recherche peut se résumer brièvement. — Dans notre âge scientifique y l'esthétique, cette philosophie de la critique d'art ^ ou ne sera pas y ou, dépassant l'impressionnisme, elle sera dogmatique. — Le dogmatisme ne sera qu'une survivance attardée du traditionalisme, s'il ne devient, d'absolu, relativiste. — Le relativisme esthétique

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enfin ne sera complet que s'il s'étend vraiment à toutes les relations ; et il en est d'autres qu'individuelles ou même inter^individuelles : c'est-à-dire qu'il impliquera nécessairement de plus en plus le point de vue sociologique.

Telle est la signification la plus haute que dégage à la fois l'œuvre de nos historiens et de nos grands critiques contemporains, — dfepuis les plus impressionnistes jusqu'aux plus dogmatiques, — et celle des esthéticiens récents les plus méthodiques. C'est pourquoi il faut espérer de la convergence nouvelle de ces trois disciplines, unies en une Philosophie de la critique d'art ^ le véritable avenir de l'esthétique moderne.

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