Michal Sobeski, ouvrage cité, cliap. i
2. Cité par R. de la Sizeranne, La Religion de la beauté, 1896-8. — Voir encore par exemple ; Fechner, Vorschule der Aesthetik, 1876, t. II ; Gh. Lalo, L'esthétique expérimentale contemporaine, 1908, p. 137, 191 et suiv.
3. Voir par exemple : L. Bray, Du Beau, 1902, p. 76 : « Entre le beau artistique et le beau naturel se creuse, dans ce système [la théorie kantienne du jeu désintéressé], un abîme infranchissable, qui aurait dû suffire à lui seul pour faire écarter cette conception ».
d'éclectisme, soit extérieurement dans Tobjet luimême, soit au dedans de nous dans les activités spéciales mises en jeu parle sujet pensant, lorsqu'il pense esthétiquement? Mais l'harmonie de nos facultés est évidemment la même et suit les mêmes lois quand nous contemplons un beau spectacle, qu'il soit peint ou qu'il soit réel; et si les objets extérieurs nous paraissent beaux à proportion de la richesse des impressions qu'ils nous procurent, c'est-à-dire en réunissant la plus grande diversité dans la plus grande unité, c'est la même richesse de suggestions que nous dem andons au chef-d'œuvre de l'artiste et à celui de la nature. L'imagination de Pygmalion, animant la statue sortie de ses mains, passait insensiblement de la beauté sculpturale à la beauté vivante, sans changer au fond de qualité, mais seulement d'intensité; et nous sommes tous des Pygmalion ou nous voudrions l'être, au moment où l'intuition divine s'empare de nous.
C'est enfin le sentimentalisme confus, endémique dans le public, chez la plupart des artistes et chez beaucoup de critiques, qui est le meilleur soutien de la théorie unitaire. Toute beauté semble proportionnée à la richesse de sentiments que nous communiquent, par une suggestion irrésistible, des émotions dont nous croyons voir les manifestations dans l'objet beau : toute beauté serait donc un cas de contagion dans la manifestation
des états affectifs, phénomène bien connu des psychologues. C'est la c( sympathie symbolique », VEinfuhlung des Allemands, dans laquelle objet pensé et sujet pensant fusionnent indissolublement en la même et indivisible beauté.
Bien peu de téméraires et de pédants endurcis ont osé pousser les principes scolastiques ou académiques jusqu'à conseiller à Tartiste les œuvres des maîtres plus que les spectacles de la nature. Pour trouver quelques spécimens authentiques de ces rares originaux ennemis de l'originalité, il faut remonter à quelques moines byzantins comme le Théophile du mont Athos, ou au Squarcione, ce maniaque collectionneur d'Antiques à la Renaissance ; ou même aux anciens ministres chinois de j la musique, hypnotisés par les seuls modèles officiels. La caution est bourgeoise !
En dehors de ces exceptions dérisoires, quel est Tartiste qui ne se proclame pas « l'élève de la Nature » ? Écoutez Le Brun aux séances de l'Académie, ou dans leurs conversations d'atelier David, Delacroix ou Manet; parcourez les polémiques des Lullistes, Ramistes, Gluckistes, Wagnériens, Debussystes, et de leurs adversaires ; lisez Boileau, La Harpe, Népomucène Lemercier, Hugo, Zola ou Maeterhnck : ils ont beau être des obéissants ou des réfractaires, des intuitifs ou des raisonneurs, des audacieux ou des poncifs, tous se proclament avec la même candeur « élèves de la nature ! »
A Taurore de la peinture moderne, les Giottesques, désespérant d'obtenir jamais, dans le demijour de leurs cellules, une montagne naturelle, y faisaient porter une grosse pierre bien moussue et bien cabossée, et ils la copiaient naïvement. Ces monts Giottesques, « d'après nature » en dépit de tout, sont tout un symbole ! — un symbole de la plus grande illusion des arts modernes,..
Le prestige de cette idée de nature, qui reste décidément une des « idoles de la foule » dans Festbétique, est tel, que plus d'un auteur y fait entrer de vive force l'art lui-même : ce qui est une agréable façon de supprimer le problème. « Le poète, dit Hugo, insistons sur ce point, ne doit prendre conseil que de la nature, de la vérité, et de l'inspiration, qui est aussi zine vérité et une nature ^ ». Évidemment, pour certains esprits, en principe tout est dans tout ; et ce « tout » il leur plaît de l'appeler parfois la « nature ». Ramené à ces termes, le problème ne serait plus qu'une question de mots, si l'absence d'idées claires suffisait à faire disparaître aussi leurs objets...
Et ce n'est môme plus aux « idoles » baconicnnes, c'est au « Tarte à la crème » de Molière que ferait penser, chez un idéaliste décidé, cette obstination à justifier l'art par la nature. Lévêque exige