J. Lemaître, Les Contemporains, Série I, p
224 l'impressionnisme et le dogmatisme
une contradiction dans les termes. De là vient dans la pratique la nécessité d'une petite opération singulièrement dogmatique : « Cela ne revient point à mettre, au début, par fiction naïve, tous les écrivains sur le même rang. Cette étude sympathique doit être précédée d'une espèce de déblaiement et de triage, qui se fait naturellement. Il est visible qu'il y a des livres qui ne sont pas matière de critique, des livres non avenus (et le nombre des éditions n'y fait rien). D'autre part, sauf quelques cas douteux, on sent très bien et il est établi entre mandarins vraiment lettrés, que tels écrivains, quels que soient d'ailleurs leurs défauts et leurs manies, « existent », comme on dit, et valent la peine d'être regardés de près^ »
En d'autres termes, Jules Lemaître veut bien faire, « entre mandarins », c'est-à-dire en famille, ou dans le cénacle, et sans en donner de raisons, ce que les dogmatiques font ouvertement à la face du monde : une série de jugements sur la valeur esthétique comparée de chaque œuvre. L'impressionniste ne supporte de la faire qu'à la condition qu'elle soit bien arbitraire, et que nul de ses lecteurs, à qui il l'impose au moins pendant sa lecture, n'ait possibilité de la contrôler ! C'est le même procédé que celui des dogmatiques. Mais ce qu'il a d' « impressionniste » n'est vraiment pas défendable.