‹ Introduction à l'esthétique; les méthodes de l'esthétique, beauté naturelle et beauté artistique, l'impressionnisme et le dogmatismeChapitre 63 sur 99 · Ihid., p. 214; voir le Jardin d'Épicure · texte numérisé non relu

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222 l'impressionnisme ET LE DOGMATISME

11 n'est qu'un seul style, dit-il ailleurs, qui, parmi les variations universelles, ait jamais eu quelque chance de survivre : « le style naturel )).

Il y a donc, au moins sur quelques faits esthétiques, d'ailleurs importants, des critères définitifs ? S'il y a des évolutions, il y a des lois dans l'évolution ? Nous verrons qu'à un dogmatisme bien compris, il ne faut pas davantage. L'absolu des modernes n'est qu'une relativité élargie.

Et peut-être, pour sortir de l'impressionnisme, suffit-il d'être encore plus complètement relativiste que lui ; car sa raison d'être la plus philosophique, c'est assurément la survivance d'une foi inavouée en un absolu qu'on désespère d'atteindre, mais dont on persiste à croire (\\]i il faudrait l'atteindre. Les grandes hérésies et les grandes incroyances viennent toutes les deux des grandes superstitions, dès qu'elles n'osent plus s'avouer.

Gomme Anatole France s'est attaché surtout aux divergences collectives, Jules Lemaître a surtout insisté, de son côté, sur les variations individuelles. Il frémit, et non sans raison, à l'idée de relire aujourd'hui ce qui le transportait d'enthousiasme à quinze ans. Mais ces variations ne sont-elles pas elles-mêmes à peu près nécessaires, et soumises à des lois multiples, mais des lois? Je gage qu'un physiologiste saurait nous en dire plus d'une. Or cela suffit à une critique scientifique : au besoin, elle construira assez facilement et assez sûrement

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l'esthétique d'un jeune homme de quinze ans, dont on devine aisément les principales tendances ; moins facilement et moins sûrement sans doute, mais cependant selon des lois encore, Festhétique d'un homme mûr, instruit, et familier d'une société délicate, c'est-à-dire Festhétique tout court : car il est sans doute, pour Fesprit comme pour le corps, un point de maturité et de stabilité relative, et ce n'est pas en vain, encore une fois, que tout le long de notre vie nous sommes solidaires avec nous-même.

Aussi bien Jules Lemaître concède-t-il lui-même, fort dogmatiquement, qu' « il y a des règles nécessaires, dont la violation empêche une œuvre de valoir tout son prix ». Il ajoute seulement cette restriction, que les plus dogmatiques des hommes trouveront à peine suffisante : « encore Finterprétation de ces règles peut-elle être plus ou moins rigoureuse ^ » .

Il y a donc moyen et nécessité de classer tant bien que mal les mérites. « Il est juste et nécessaire, dit notre critique, de commencer, autant que possible sans idée préconçue, par une lecture sympathique des œuvres )). Mais il n'est pas toujours facile, — même pour un savant, assurent Claude Bernard et Poincaré, — de faire abstraction de soimême au point de n'avoir pas d'idées préconçues ; ce qui, pour un impressionniste, serait véritablement

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