‹ Introduction à l'esthétique; les méthodes de l'esthétique, beauté naturelle et beauté artistique, l'impressionnisme et le dogmatismeChapitre 68 sur 99 · LE DOGMATISME RELATIVISTE DES CRITIQUES D'ART · texte numérisé non relu

LE DOGMATISME RELATIVISTE DES CRITIQUES D'ART

Il est incontestable que le dogmatisme traditionnel se présente d'ordinaire comme absolu. Tel fut celui des Platoniciens, au nom de l'Idée du Beau; celui des auteurs de règles ou recettes prétendues aristotéliciennes ou classiques depuis la Renaissance ; à l'encontre, celui des romantiques allemands ou français, avec leur dogme révolutionnaire du Génie intangible, qui est bien le pire des absolus, étant le plus arbitraire ; celui de tous les académismes dans les arts plastiques ; celui de presque toutes les écoles en musique : Wagnérisme, Debussysme et dTndysme sont ses derniers noms ; celui enfin de toute esthétique individualiste en général : car il suffît de formuler une conviction personnelle dans l'abstrait, pour qu'elle paraisse aussitôt valable pour tous les esprits et tous les temps.

Mais les théoriciens du beau absolu en arrivent chacun tôt ou tard à réserver en face de cet absolu les droits sacrés de la personnalité, de l'inspiration,

Intp-Oductio.n a. l'f.sthétique. 16

du géîiie, voire les devoirs delà liberté et de Fimagination créatrice. En sorte que leur code esthétique peut toujours se résumer en un seul décret, composé de ces deux articles non dépourvus d'incohérence :

(( Article Premier. — 11 y a dans Tart des lois imprescriptibles (dont le détail suit).

« Art. II. — Personne n'est chargé de l'application du présent décret. »

Et non seulement personne n'en est chargé ; mais tout esprit de quelque valeur est requis de l'enfreindre. Pour les Jacobins aussi, ces impénitents dogmatiques, l'insurrection contre la loi était en permanence « le plus sacré des droits et le plus imprescriptible des devoirs ». Et en effet, à qui manque le sentiment de la relativité universelle, révolution n'apparaît jamais que comme une suite de révolutions. Ainsi, pour tout dogmatisme absolu, il y a des lois immuables du beau ; mais nul n'est tenu d'y obéir ; voire, le génie doit n'y pas obéir.

Point n'est besoin d'une autre réfutation que celle-ci, qui se tire de lui-même; outre les faits, à savoir toute l'évolution, cette antithèse de tout absolutisme.

Mais il règne sur ces notions un malentendu fondamental, qu'il faut dissiper.

« S'il y a une esthétique, écrit Rémy de Gourmont, cela nous oblige à reconnaître qu'il y a un

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