‹ Introduction à l'esthétique; les méthodes de l'esthétique, beauté naturelle et beauté artistique, l'impressionnisme et le dogmatismeChapitre 80 sur 99 · F. Brunetière, L'Evolution des Genres, p · texte numérisé non relu

F. Brunetière, L'Evolution des Genres, p

2. Brunetière, Évolution de la poésie lyrique, 1893, t. II, p. 287 et suiv. — Études sur la littérature française, Série VI : La doctrine évolutive et l'histoire de la littérature, 1898, p. 24 et suiv.

LE DOGMATISME EVOLUTIONNISTE 269

compare elle-même avec une autre. Zaire serait une belle tragédie si Bajazet n'existait pas; et nous lirions sans doute avec avidité le Doyen de Killerine ou Cleveland, si nous ne connaissions pas les romans de George Sand et de Balzac ».

Pour mesurer leur valeur on nous parle de Foriginalité des grands hommes, qu'on dit irréductible. Mais elle n'est que leur place personnelle dans révolution. L'originalité d'un écrivain, dit Brunetiëre, ne se définit pas par rapport à lui, ce qui impliquerait contradiction; ni par [rapport à moi, qui ne suis sans doute pas plus original que lui; mais par rapport à ses devanciers, « lesquels sont dans l'histoire ; et par rapport à ce qu'ils ont euxmêmes fait des lois de leur genre, ce qui est également dans l'histoire ^ ».

Elle se définit même encore, outre le passé et le présent, par l'avenir de ce genre, ce qui, bien entendu, n'a de portée positive que pour les œuvres d'autrefois. « Une certaine connaissance du Cid et de Polyeucte fait donc ainsi partie de la définition même dCAiidromaque ou de Phèdre, et cette définition à son tour a besoin d'être complétée par quelque connaissance de Zaïre et de Mérope. » Ainsi la valeur de toute œuvre est essentiellement relative à son passé, à son présent et même à son avenir ! Brunetière appuie ce relativisme décidé

1. Brunetière, La critique impressionniste, Revue des Deux Mondes, 1" janvier 1891, p. 217, 219.

sur Tautorité de Pascal, de Comte et de Kant, dont il se refuse à ignorer les œuvres, ces « chasses gardées » des philosophes professionnels. Il est donc en droit d'ajouter, non sans amertume : (c N'était-il pas juste après cela, qu'ayant travaillé depuis vingt ans à faire pénétrer dans la critique et dans l'histoire littéraire le sentiment de cette (( relativité de la connaissance », on me reprochât l'étroitesse de mon « dogmatisme » ^ ?

Que Brunetiëre ait souvent, dans la pratique, oublié ce sage relativisme, il est bien possible. Mais cela n'empêche pas ce relativisme d'être fort sage en principe. Retenons donc l'intention, qui est excellente : il y a une évolution, en partie interne, de l'art; une classification naturelle des œuvres ou des genres peut et doit en être l'expression.

Il ne reste plus qu'à retrouver dans l'évolution de chaque art ou de chaque genre les principaux facteurs familiers à Darwin. C'est ici que Brunetiëre s'est livré à un décalque minutieux, parfois même puéril: différenciation, fixation, modification, transformation des genres, concurrence vitale, persistance du plus apte, sélection naturelle, rôle des variations utiles et accidentelles ou des individualités : nulle pièce n'y manque ^

Veut-on un exemple de l'évolution d'un art à

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