‹ Introduction à l'esthétique; les méthodes de l'esthétique, beauté naturelle et beauté artistique, l'impressionnisme et le dogmatismeChapitre 95 sur 99 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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quer les nombres à ces divers degrés de valeurs. Nous considérons le patrimoine esthétique de l'humanité comme le domaine d'une sorte de souveraineté nationale : le jugement le plus pleinement (( humain » sera celui oii chaque fraction de l'humanité sera représentée pour sa part. Si l'individu le plus éminent ne peut parler qu'au nom d'une partie infinie de l'humanité, mettons 1/100, il n'y a pas d'autre expression sincère de cette a souveraineté humaine » transportée dans l'art, que la consultation sincère de tous les hommes. Seulement, la fiction du suffrage universel, du moins en France, c'est de ne pas tenir compte des influences ou des autorités très différentes dont chaque individu dispose sur les autres : pour être sincère, il convient au contraire de la mettre ici en relief. « C'est le suffrage universel, mais avec vote plural ». Ne peut-on exprimer, en gros, et sans prétendre à autre chose qu'à une approximation lointaine, que l'opinion de tel écrivain sur un objet défini a deux fois plus de valeur que celle de tel autre ; ou en d'autres termes, qu'elle est deux fois plus typique ? Il suffira d'affecter le nom de cet auteur, d'un coefficient double.

Cette méthode très délicate est naturellement fort difficile à manier, puisque sa caractéristique est de mettre en plein relief les difficultés d'évaluation diverses que toutes les autres méthodes rencontrent aussi, mais s'efforcent de cacher au contraire, et

l'esthétique expérimentale : les enquêtes 313

dont elles triomphent aisément dans le mystère et par l'arbitraire.

Aussi a-t-elle été en général mal accueillie et mal comprise. On a voulu n'y voir que le triomphe de la compilation la plus inintelligente; puisqu'elle ne consent à laisser nul témoignage de côté ; le renoncement du critique à tout jugement personnel; et enfin le scepticisme le plus complet. Alors que l'auteur, bien au contraire, pèse soigneusement tous ses matériaux ; que son opinion personnelle, loin de s'effacer, se met modestement, mais justement, au môme rang que toutes les autres ; qu'enfin son prétendu scepticisme n'est qu'un relativisme bien informé.

Et sans doute cette première application au Faust de Gœthe, l'auteur le déclare volontiers, est encore grossière. Mais, si on le dégage de l'appareil provisoire des chiffres, qui n'est que l'échafaudage et non la construction, ce procédé de notation impartiale, complexe, toujours mobile, toujours en adaptation nouvelle, est un utile instrument de travail : sans supprimer aucun des autres, il Fait donner, au contraire, le maximum de rendement à chacun d'eux.

Sa plus profonde signification, et elle n'est pas médiocre, c'est de se présenter comme une introduction, à la fois très modeste et très ambitieuse^ des méthodes et des points de vue de la sociologie scientifique dans l'esthétique. A ce titre, quels que

doivent être ses perfectionnements futurs et ses formes plus complètes, elle n'a certainement pas dit son dernier mot.

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