‹ Introduction à l'étude clinique et à la pratique des accouchements. Anatomie, présentations et positions, mécanisme, toucher, manoeuvres, extraction du siège, version, forcepsChapitre 33 sur 71 · A. L’INSTRUMENT · texte numérisé non relu

A. L’INSTRUMENT

Le Forceps ordinaire est une pince à branches croisées destinée à être appliquée sur la tête fœtale encore contenue dans le bassin, et à entraîner cette tête au dehors en lui laissant ou au besoin en lui faisant exécuter les différents mouvements (inclinaison, flexion, extension, rotation) qu’elle exécute spontanément pendant l’accouchement naturel.

Le forceps moderne est grêle et léger, rigide et élastique parce qu’il est en acier trempé.

Le forceps usuel se compose essentiellement :

De deux branches croisées en X, articulées de telle façon qu’on peut les séparer pour les manier isolément, et les réunir pour constituer l’instrument (Fig. 236).

Chaque branche comprend un manche ou poignée, une fartie articuculaire, une cuillère ou partie prenante.

Les manches sont généralement droits et terminés ou non par des crochets mousses.

Entre les cuillères et les manches se trouvent les parties articulaires aplaties dans le sens perpendiculaire au plan des cuillères, c’est-à-dire à l’inverse des cuillères, et appliquées à plat Vune sur l'autre là même où se fait le croisement. En ce point, l’une des branches, celle qui est dessus, présente sur son bord une profonde encoche dont le fond est un œillet fraisé ; sur le plat de l’autre, celle qui est dessous, s’élève un pivol tournant, à tête maniable et à pied vissé. Ce pivot s’engage dans le fond de l’encoche, se serre dessus et s’y imprime pour appliquer l’une à l’autre les deux parties plates articulaires de chaque branche qui, comme des ciseaux, doivent jouer exactement.

LE FORCEPS

Nécessité de donner une concavité double, longitudinale et transversale, aux faces prenantes des cuillères . — L’ovoïde céphalique est la partie que doivent saisir les cuillères. A ce point de vue celles-ci doivent être et sont minces, longues et relativement étroites. Quoique largement fenêtrées, on y reconnaît, en long et en large, deux concavités (courbures céphaliques) calculées sur la rotondité de la tête du fœtus, de sorte qu’elles s’y appliquent comme le feraient les deux mains (mains de fer).

La fenêtre, sans compromettre la solidité de l’instrument, réduit le volume total de la cuillère et consolide sa prise.

La cuillère a la forme d’une spatule plutôt que d’une cuillère à soupe ; le bec est large et arrondi, le talon au contraire se rétrécit sans le moindre ressaut pour se continuer avec le pédicule. La fenêtre a la forme de la cuillère; c’est une longue boutonnière béante terminée par deux œillets arrondis. L’œillet terminal, voisin du bec, est le plus large, et l’œillet voisin du pédicule, le plus étroit.

A la double concavité, qui s’applique à la tête, correspond évidemment une double convexité qui regarde les parois maternelles et les menace aussi peu que possible.

Utilité de courber sur le champ les cuillères et leurs pédicules. — Mais un forceps qui serait tel étant une pince droite {forceps droit) ne peut, par le canal pelvi-génital courbe, aller très profondément saisir la tête dans 1 étage supérieur de l’excavation, sans refouler, déchirer peut-être, la fourchette vulvaire et l’anus jusqu’au coccyx.

G est pour cela qu’au delà de la partie articulaire, les pédicules des cuillères et les cuillères elles-mêmes se coudent insensiblement sur le

champ. Le forceps en reçoit une courbure arquée qui, introduite sous la symphyse, 1 embrasse à distance dans sa concavité et conduit les cuillères jusque dans le détroit supérieur sans heurter les parois de l’excavation ni le contour de ce détroit.

Le forceps présente donc une courbure pelvienne, c’est-à-dire accommodée à l’axe pelvien maternel, dont la concavité est tournée en avant, quand cet instrument est dans le bassin, en position ordinaire, à peu pres transversale, une cuillère à gauche et l’autre à droite. Par suite, on décrit aux cuillères deux bords : l’un postérieur plus long, convexe, qui

LE FORCEPS

répondra à la concavité de la paroi postérieure de l’excavation et du canal pelvi-génital ; l’autre antérieur, un peu moins long et concave, qui contournera l’arc pelvien antérieur et le dessous de l’arcade des pubis.

Chaque branche du forceps courbe, seul employé de nos jours, a son nom. Quand le forceps est articulé, on voit bien comment il faut l’appliquer ou l’amener en définitive : concavité de la courbure pelvienne en avant, cavité des cuillères de chaque côté de la tête, une cuillère à gauche de la femme, et une cuillère à droite de la femme. Il n’y a pas deux manières d’articuler l’instrument : il faut bien que les cuillères se regardent par leur concavité ! Si l’on retourne le forceps, articulé et en position rationnelle dans le bassin, l’on fait passer à droite la cuillère qui était à gauche et inversement ; en même temps l’on renverse la concavité qui, d’abord rétropubienne, regarde à la fin en arrière. Ainsi placé, l’instrument est on ne peut plus mal dirigé pour pénétrer dans les parties maternelles : il serait bien pire qu’un forceps droit.

Donc, quand le forceps est bien placé, on se convainc aisément que la cuillère qui est à gauche de la femme ne peut jamais être introduite qu’à gauche, que la cuillère qui est à droite de la femme ne peut jamais aller qu’à droite. (Pour la lecture des alinéas suivants, reportez-vous à chaque instant à la figure 236, p. 277.)

C’est pour cela que les cuillères du forceps, dénommées d’après le côté de la femme auquel elles correspondent, s’appellent l’une gauche, et l’autre droite; que la branche dont la cuillère gauche fait partie s’appelle par cela même branche gauche (quoique son manche croise, et passe à droite) ; et que la branche dont la cuillère droite fait partie s’appelle branche droite (quoique son manche croise et passe à gauche).

C’est la cuillère qui donne son nom, gauche ou droite, à la branche qui la supporte.

L’articulation des forceps est construite de manière que la branche gauche, c’est-à-dire celle dont la cuillère est appliquée à gauche de la femme, passe sous l’autre et porte le pivot. La branche droite, c’est-à-dire Galle dont la cuillère est appliquée à droite de la femme, doit nécessaire- ^^ent croiser sur la première, c’est-à-dire sur la gauche, pour offrir son encoche au pivot de celle-ci.

LE FORCEPS

Supposez le forceps articulé, placé dans le bassin, la branche gauche directement à gauche (de la femme), la branche droite directement à droite (de la femme) et vous, l’accoucheur, placé entre les jambes, faisant face au détroit inférieur du bassin. Dans ces conditions, remarquez : le manche de la branche gauche G, en passant à droite de la femme, vient s’offrir naturellement à votre main gauche et de même la branche droite D à votre main droite (Fig. 236). Désarticulez et retirez chaque branche avec la main qui la tient : rien n’est plus facile. Réintroduisez chaque branche isolément, avec la main qui la tient : rien n’est plus facile.

Au contraire, si vous saisissiez de la main droite la branche gauche, et de la main gauche la branche droite, vos mains seraient croisées. Sans changer cette attitude éminemment défavorable, si vous essayiez de retirer et de réintroduire successivement ou simultanément chaque branche, vous seriez convaincu des difficultés de manœuvrer dans ces conditions, et tout seul vous concluriez :

La branche gauche du forceps, celle dont la cuillère doit être introduite à gauche de la femme, doit toujours être tenue par la main gauche de l’opérateur.

La branche droite du forceps, celle dont la cuillère doit être introduite à droite de la femme, doit toujours être tenue par la main droite de l’opérateur.

Pour articuler l’instrument, la branche gauche, qui toujours porte le pivot, doit être sous la branche droite. Gravez la figure 236 dans votre mémoire.

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